Y a-t-il eu faute in­ex­cu­sable de l’em­ployeur ?

Le Télégramme - Lannion - Paimpol - - BRETAGNE - Ju­lien Vaillant

Le 21mars 2014, le corps sans vie de Gwe­naël Le Gof­fic était dé­cou­vert par ses col­lègues, pen­du à la vis de son ca­mion, sur son lieu de tra­vail, l’usine Nu­tréa (au­jourd’hui Tris­ka­lia) de Ploui­sy. Le mot d’adieu à sa femme et ses en­fants, le chauf­feur l’avait écrit sur une éti­quette bleue, pré­le­vée sur un sac de cé­réales trai­tées aux an­ti­bio­tiques, à l’ori­gine d’une in­toxi­ca­tion su­bie par le sa­la­rié au dé­but de l’an­née 2014.

Une al­ter­ca­tion la veille de sa re­prise

Hier, pour la se­conde fois en trois ans, le tri­bu­nal des af­faires de sé­cu­ri­té so­ciale de Saint-Brieuc s’est pen­ché sur le dos­sier Le Gof­fic.

En sep­tembre 2015, la ju­ri­dic­tion brio­chine avait re­con­nu que le sui­cide était bien un ac­ci­dent du tra­vail. Ce jeu­di, c’est la faute in­ex­cu­sable de l’em­ployeur que Fran­çois Laf­forgue est ve­nu de­man­der aux juges. L’avo­cat de la fa­mille de la vic­time a lon­gue­ment dé­crit les condi­tions de tra­vail au sein de l’en­tre­prise : les in­toxi­ca­tions aux pes­ti­cides (re­con­nues par la jus­tice) su­bies par les col­lègues de Gwe­naël Le Gof­fic, « le stress éco­no­mique » dû aux ré­sul­tats de l’en­tre­prise ou en­core la géo­lo­ca­li­sa­tion im­po­sée aux chauf­feurs. L’avo­cat est éga­le­ment re­ve­nu sur le re­tour au sein de l’en­tre­prise du chauf­feur, en juillet 2013, après une dé­pres­sion.

La mé­de­cine du tra­vail pré­co­ni­sait un mi-temps thé­ra­peu­tique pen­dant deux mois. « Il a re­pris à temps plein et a fi­na­le­ment dû tra­vailler vingt-sept heures sup­plé­men­taires les trois jours sui­vant son re­tour », a in­sis­té Me Laf­forgue, avant de re­la­ter l’al­ter­ca­tion entre Gwe­naël Le Gof­fic et son su­pé­rieur hié­rar­chique (au su­jet d’une tour­née sup­plé­men­taire) la veille de son sui­cide.

Dé­ci­sion en sep­tembre

Le con­seil de Nu­tréa a, lui, pré­sen­té un sa­la­rié qui ne s’est « ja­mais plaint » de son sort en vingt ans pas­sés au sein de l’en­tre­prise - « la col­la­bo­ra­tion se dé­rou­lait dans les meilleures condi­tions » -, avant de dé­crire une am­biance de tra­vail « so­li­daire et convi­viale, loin d’être an­xio­gène ». S’ap­puyant no­tam­ment sur les rap­ports des gen­darmes et de l’ins­pec­tion du tra­vail, l’avo­cat de l’en­tre­prise d’ali­ments pour ani­maux a en­suite énon­cé que l’ac­ci­dent de jan­vier 2014 n’avait oc­ca­sion­né qu’une seule jour­née d’ar­rêt de tra­vail et que les dé­pas­se­ments ho­raires n’ex­cé­daient ja­mais trente mi­nutes.

Se­lon lui, « au­cun indice ne lais­sait pré­sa­ger le drame ». La dé­ci­sion du tri­bu­nal a été mise en dé­li­bé­ré au 27sep­tembre pro­chain.

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