Ba­li. Les va­cances virent au cau­che­mar

Ce­la au­rait dû être des va­cances ma­giques, à Ba­li, celles que l’on pré­pare tout au long de l’an­née, mais pour deux fa­milles de la ré­gion van­ne­taise, le rêve a tour­né au cau­che­mar, le 5 août der­nier, lors du séisme de Lom­bok.

Le Télégramme - Lannion - Paimpol - - BRETAGNE - Vé­ro­nique Le Ba­gousse

« Au­jourd’hui, lorsque l’on re­pense à ce que l’on vient de tra­ver­ser avec nos enfants, on a en­core du mal à réa­li­ser que l’on s’en est tous sor­ti ». As­sis dans leur sa­lon, Ca­the­rine et Gré­go­ry, Sa­bine et Thier­ry éprouvent à pré­sent le be­soin ir­ré­sis­tible de se re­trou­ver, de par­ler, parce que c’est in­dis­pen­sable pour éva­cuer le drame qu’ils viennent de vivre. Par­tis avec leurs enfants Ma­rie, Ar­thur, Bap­tiste et Édouard, les deux couples avaient pré­vu de pas­ser des va­cances idyl­liques du cô­té de Ba­li. Ils avaient tout pré­vu. Tout sauf un trem­ble­ment de terre. Des pre­miers jours de va­cances pas­sés à Ba­li entre le 27 juillet et le 5 août, il ne reste que peu de sou­ve­nirs. À croire que la ca­tas­trophe a tout em­por­té avec elle.

Pié­gés dans la ruelle

Pour­tant, tout avait très bien com­men­cé. Dé­cou­verte du centre et du sud de Ba­li… Et em­bar­que­ment pour Gi­li-Tra­wan­gan le 5 août. À peine ar­ri­vées, les deux fa­milles dé­cident de louer des vé­los. « Nous étions en file in­dien- ne quand, tout à coup, nous avons en­ten­du une énorme ex­plo­sion, puis des cris, des pleurs… Nous avons tout de suite ima­gi­né un at­ten­tat », ra­conte Sa­bine. Mais Ar­thur, lui, pense à un trem­ble­ment de terre. Les deux pères de fa­mille qui ferment la marche se re­trouvent pié­gés dans la ruelle, le reste de la troupe est dé­jà sur le bord de mer. « Nous, on rou­lait à droite, mais sur ma gauche j’ai sen­ti des gra­vats, des murs qui s’ef­fon­draient, j’en­ten­dais des tas de trucs qui dé­grin­go­laient et des hur­le­ments mais on ne voyait rien, il fai­sait nuit et l’élec­tri­ci­té s’est éteinte », ajoute Thier­ry.

« Fran­che­ment, je ne sais pas comment on a réus­si à s’ex­traire de là, je n’en ai au­cun sou­ve­nir, mais heu­reu­se­ment on s’est ra­pi­de­ment tous re­trou­vés sur la plage. Les gens cou­raient par­tout, hur­laient, les lo­caux avaient mis leurs gi­lets de sau­ve­tage, tout le monde crai­gnait un tsu­na­mi et sur­tout Ma­rie qui avait pris un pan­neau sur la tête avait le vi­sage en sang », ex­plique Gré­go­ry. Dans la pa­nique, les in­for­ma­tions qui leur par­viennent sont dis­cor­dantes. Tsu­na­mi, pas tsu­na­mi, alerte le­vée ou non… Ils ne connaissent pas l’île mais ils ap­prennent qu’il y a une col­line. Il faut faire des choix. Res­ter de­hors en cas de ré­pliques. Elles se­ront nom­breuses… Mais où ? Sur la plage, en haut ? Ils dé­cident de mon­ter pieds nus à tra­vers les dé­bris qui jonchent le sol.

Le chaos

Dans la ca­tas­trophe, cer­tains ont per­du leurs chaus­sures, et n’ont pas de lu­mière, les por­tables passent mal, et il faut éco­no­mi­ser les bat­te­ries. Ils ar­rivent en haut et re­trouvent des mil­liers de gens dont une cin­quan­taine de Fran­çais. Ils passent une nuit d’an­goisse. Ma­rie est soi­gnée tant bien que mal par un mé­de­cin étran­ger. Le vent gla­cé, la peur, les ré­pliques, peu d’eau, rien à man­ger… Im­pos­sible de dor­mir. Au le­ver du so­leil, il faut re­des­cendre. Après 25 mi­nutes de marche dans les gra­vats, puis en bord de plage, ils re­trouvent leur villa, et leurs ba­gages in­tacts. Ils n’ont alors qu’une idée en tête : ren­trer. Mais là en­core, c’est le chaos.

« Aban­don­nés »

« On n’a vu per­sonne, pas de pom­piers, pas de mi­li­taires, au­cune aide, au­cune in­for­ma­tion, on était sales, sans vivres et l’am­bas­sade de Ja­kar­ta, vi­si­ble­ment, ne me­su­rait pas le dé­nue­ment dans le­quel nous étions. Nous avons eu l’im­pres­sion d’être to­ta­le­ment aban­don­nés à notre triste sort ». Les lo­caux se bat­taient pour em­bar­quer et quit­ter l’île. L’apo­ca­lypse.

Après 36 heures d’an­goisse, les Van­ne­tais, eux, ont fi­ni par trou­ver un fer­ry qui les a ra­me­nés à Ba­li puis un avion pour Pa­ris. « Ce qui nous a sur­pris en li­sant les jour­naux fran­çais c’est la ma­nière dont les évè­ne­ments ont été re­la­tés… Ce­la cor­res­pond si peu à la réa­li­té, au chaos qui ré­gnait au­tour de nous. Au­jourd’hui on pense à tous ces gens qui sont là-bas. C’est un vé­ri­table dé­sastre hu­ma­ni­taire. Nous, nous avons re­trou­vé notre maison, pour eux c’est le dé­nue­ment ».

V.L.B. Pho­to

Ces Van­ne­tais au­raient dû ren­trer le 14 août d’In­do­né­sie mais le séisme de Lom­bok a mis fin à leurs va­cances.

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