Les nou­veaux ho­ri­zons du mar­ché de la plai­sance

2008-2018. Dix ans après la crise de 2008, com­ment se porte le mar­ché de la plai­sance ? En quoi est-il dif­fé­rent de ce­lui de 2008, ? Quelles le­çons peut-on ti­rer de la crise ? Re­vue de dé­tail à l’oc­ca­sion de l’ou­ver­ture du Nau­tic, Porte de Ver­sailles, à P

Le Télégramme - Lannion - Paimpol - - LA UNE - Jean-Mi­chel Si­gnor

Le Sa­lon nautique in­ter­na­tio­nal de Pa­ris se tient à par­tir de ce sa­me­di et jus­qu’au 16 dé­cembre, porte de Ver­sailles. L’oc­ca­sion de faire le point sur le mar­ché de la plai­sance dix ans après la crise de 2008, sur les nou­velles exi­gences des clients et com­ment les pro­fes­sion­nels s’y adaptent…

Des chiffres en trompe-l’oeil.

C’est un fait. L’en­semble de la fi­lière nautique a re­trou­vé un vo­lume d’af­faires équi­valent à ce­lui de 2008, à 4,8 mil­liards d’eu­ros. L’oc­ca­sion pour Yves LyonCaen, pré­sident de la Fé­dé­ra­tion des in­dus­tries nau­tiques (FIN), de sa­luer les bons ré­sul­tats des marques fran­çaises à l’ex­port (816 M€). C’est ou­blier un peu vite l’ef­fon­dre­ment du mar­ché in­té­rieur qui ne re­pré­sente plus qu’un ba­teau sur quatre. En l’es­pace de dix ans, les im­ma­tri­cu­la­tions de ba­teaux neufs ont été di­vi­sées par deux (12 585 uni­tés), et le mon­tant des ventes a bais­sé de 38 % (270 M€).

Le mo­teur dé­mo­cra­tise le mar­ché.

Sur la même pé­riode, la part des ba­teaux à mo­teur a en­core gri­gno­té quelques points pour s’éta­blir à 76 %. Au­tre­ment dit, trois ba­teaux neufs sur quatre sont à mo­teur. Le ti­mo­nier ou le pêche-plai­sance reste une va­leur sûre, tan­dis que les coques open ont ten­dance à mar­quer le pas face aux se­mi-ri­gides. Per­for­mants et fa­ciles d’usage, ces der­niers sé­duisent sur­tout pour leur faible coût d’en­tre­tien, et l’ab­sence de frais d’an­neau. Un suc­cès qui ne se dé­ment pas, confirme Yves Ther­ville (MB Ma­rine) au Croues­ty (56) : « Pour un ba­teau ven­du, ce sont trois pneu­ma­tiques im­ma­tri­cu­lés ! ».

Le voi­lier pour les purs et durs.

Entre 2007 et 2017, les ventes de voi­liers neufs ont bais­sé de 46 %. Elles ont tou­te­fois gé­né­ré un vo­lume de tran­sac­tion de 160 mil­lions d’eu­ros sur le mar­ché in­té­rieur. Il faut y voir le ré­sul­tat de la de­mande tou­jours sou­te­nue des so­cié­tés de lo­ca­tion sur les grosses uni­tés mais aus­si un re­nou­vel­le­ment ac­cé­lé­ré par une clien­tèle de pas­sion­nés qui monte en gamme. « Le gros de nos ventes de voi­liers se fait sur­tout sur des uni­tés de 12 m au lieu de 9-10 m au­pa­ra­vant », in­dique Yann Fer­cot, res­pon­sable com­mer­cial chez Ma­rine West (Port-la-Fo­rêt, Lo­rient).

Une clien­tèle plus exi­geante.

« En dix ans, la clien­tèle est de­ve­nue beau­coup plus poin­tue, té­moigne Marc Hen­ne­quin (Jet Ma­rine). À la re­cherche d’une confi­gu­ra­tion pré­cise plu­tôt qu’un prix, le client sait ce qu’il veut. À nous de ré­pondre à ses exi­gences ». Pour Char­lotte Ma­ri­jon (Oc­que­teau), le cri­tère dé­ter­mi­nant, c’est la nouveauté. « Les gens ont be­soin de se dire qu’ils ont un ba­teau dif­fé­rent ».

Le boom de la lo­ca­tion.

« L’usage plu­tôt que la pro­prié­té ! ». C’est le cre­do des pla­te­formes de lo­ca­tion qui se rêvent en Airbnb de la plai­sance. Inexis­tantes il y a dix ans, elles s’ap­pellent Click and boat, Sam­boat ou Glo­be­sai­lor, et re­ven­diquent dé­jà des di­zaines de mil­liers de ba­teaux dis­po­nibles à la lo­ca­tion. La « plai­sance 2.0 » vise les 89 000 Fran­çais qui ont pas­sé leur per­mis en 2016. Un en­jeu qui n’a pas échap­pé à Bé­né­teau qui vient de mettre la main sur le Nan­tais Hey­cap­tain, via sa fi­liale Band of boats.

Le mar­ché de l’oc­ca­sion dope l’en­tre­tien et l’équi­pe­ment.

Re­dou­tant un phé­no­mène « d’ubé­ri­sa­tion » de la plai­sance, nombre de pro­fes­sion­nels se sont re­cen­trés sur le mar­ché de l’oc­ca­sion, cinq fois plus lourd en vo­lume (61 783 uni­tés). Il suf­fit de consta­ter l’am­pleur prise par le Mille Sa­bords au Croues­ty. À Ar­zon, Yves Ther­ville (MB Ma­rine) évoque d’ailleurs une édi­tion 2018 « ex­cep­tion­nelle ». De quoi do­per l’ac­ti­vi­té en­tre­tien et ré­pa­ra­tion, mais aus­si la vente d’équi­pe­ments (ac­cas­tillage, élec­tro­nique, sé­cu­ri­té). Constat par­ta­gé sur la côte Nord, par Phi­lippe Rouxel qui se fé­li­cite de l’émer­gence d’une nou­velle clien­tèle en pro­ve­nance de Croa­tie, Po­logne ou Rou­ma­nie, mal­gré une nuance de taille : « Le mar­ché an­glais s’est lit­té­ra­le­ment vo­la­ti­li­sé depuis deux ans sous l’ef­fet du Brexit ».

Pho­to Ber­trand Du­quenne

1. Prix du voi­lier eu­ro­péen 2018 au sa­lon de Dus­sel­dorf dans la ca­té­go­rie croi­sière fa­mi­liale, le Sun Odys­sey 440 est une uni­té de 13 m qui peut dis­po­ser de deux, trois, voire quatre ca­bines. Ta­rif : à par­tir de 236 400 €.1

2. Avec sa coque de 4,30 m de long pour 1,70 m de large pour seule­ment 67 kg, le First 14 est à la fois stable, vé­loce et fa­cile à ma­nier. « Plai­sirs et sen­sa­tions ga­ran­tis de 7 à 90 ans ! », pro­met Bé­né­teau qui a pio­ché dans le ca­ta­logue de sa der­nière ac­qui­si­tion : la marque Seas­cape. (Pho­to Be­ne­teau)2

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.