Les Sept Saints fon­da­teurs : un choix a pos­te­rio­ri

Le Télégramme - Loudéac - Rostrenen - - HISTOIRE -

On parle en Bre­tagne des Sept Saints fon­da­teurs : Pol Au­ré­lien à Saint-Pol-de-Léon, Tug­dual à Tré­guier, Brieuc à Saint-Brieuc, Ma­lo à Saint-Ma­lo, Sam­son à Dol-de-Bre­tagne, Pa­tern à Vannes, Co­ren­tin à Quim­per. Pour­quoi ces sept-là, pour­quoi pas d’autres par­mi le grand nombre de saints bre­tons ? Cer­tains avancent l’idée de la sym­bo­lique du chiffre dans la tra­di­tion chré­tienne : les sept dons du Saint-Es­prit ou les sept sa­cre­ments, mais aus­si les sept anges de l’Apo­ca­lypse. Pour l’éru­dit Re­né-Fran­çois Le Men, dans sa « Mo­no­gra­phie de la ca­thé­drale de Quim­per : XIIIe-XVe siècle » en 1877, il ex­plique que « les sept saints sont les fon­da­teurs des sièges épis­co­paux bre­tons ; c’est pour­quoi saint Clair, de Nantes, et saint Amand, de Rennes, ne fi­gurent pas dans ce groupe glo­rieux ; leurs sièges furent d’abord et long­temps oc­cu­pés par des évêques gal­lo-franks. Il est vrai qu’on peut en dire au­tant du siège épis­co­pal de Vannes, mais comme po­li­ti­que­ment il de­vint bre­ton avant les deux autres, saint Pa­tern fut vite as­si­mi­lé, dans la dé­vo­tion po­pu­laire, aux vrais évêques bre­tons ».

Un pè­le­ri­nage - le Tro Breiz, qui re­lie les sept villes leur est d’ailleurs consa­cré de­puis le Moyen-Âge. Pour­tant, les étapes peuvent va­rier au fil du temps, tout comme les dé­vo­tions. Ain­si, au XVIe siècle, Nantes peut rem­pla­cer Quim­per ou Vannes, et Co­ren­tin ou Pa­tern se sub­sti­tuer à l’apôtre saint Pierre. Se­lon l’his­to­rienne Ma­ga­li Cou­mert, le Tro Breiz est une tra­di­tion re­mise au goût du jour au XIXe siècle, au mo­ment de la construc­tion na­tio­na­liste bre­tonne. « On ex­plique sou­vent que les sept saints re­pré­sentent les sept évê­chés où l’on par­lait le bre­ton. Mais cette construc­tion n’existe pas au Moyen-Âge. À l’époque, la langue n’est pas por­teuse d’iden­ti­té po­li­tique dans la ré­gion, on parle le gal­lo ou le bre­ton, les élites uti­lisent le fran­çais. L’idée d’une uni­té lin­guis­tique date du XIXe siècle, avec pour but de re­ven­di­quer l’au­to­no­mie. Pour lé­gi­ti­mer ce­la, cer­tains ont re­cher­ché des racines à la Bre­tagne, c’est pour­quoi on ex­clut des saints fon­da­teurs ceux de Nantes et Rennes ».

Vers l’an­née 550, Ma­lo au­rait ac­cos­té sur l’île de Cé­zembre en face de la ville qui porte au­jourd’hui son nom. Pho­to Le Té­lé­gramme/Li­liane Che­va­lier

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