Ma­cron au pied du mur

Le Télégramme - Loudéac - Rostrenen - - LE FAIT DU JOUR - Vu par Hu­bert Cou­du­rier @Hu­bertCou­du­rier

La crise des gi­lets jaunes confronte le pays à de mul­tiples en­jeux sé­cu­ri­taire, éco­no­mique, dé­mo­cra­tique voire mé­dia­tique. Et la dra­ma­ti­sa­tion est à l’ordre du jour.

Après avoir aban­don­né les me­sures les plus contes­tées, le gou­ver­ne­ment, qui ap­pa­raît flot­tant, est confron­té, ce week-end, à l’in­quié­tude gran­dis­sante de l’opi­nion. Du coup, il mul­ti­plie les ap­pels au calme en sol­li­ci­tant les res­pon­sables po­li­tiques et syn­di­caux. Les­quels se prêtent d’au­tant plus au jeu, hor­mis les ex­ci­tés habituels, qu’ils ont été court-cir­cui­tés par le mou­ve­ment. Hol­lande et Wau­quiez semblent faire amende ho­no­rable pour avoir vou­lu sur­fer, de fa­çon dé­ma­go­gique, sur les évè­ne­ments mais Em­ma­nuel Ma­cron rend pa­ra­doxa­le­ment hom­mage à Ma­rine Le Pen pour sa mo­dé­ra­tion. La classe po­li­tique fran­çaise joue dé­ci­dé­ment avec le feu. Quant au pré­sident de la Ré­pu­blique, les dé­fauts de sa jeu­nesse, comme son in­ex­pé­rience, sont ap­pa­rus clai­re­ment, ce qui n’est guère ras­su­rant. Les der­nières car­touches qui lui res­tent - pro­cla­ma­tion de l’état d’ur­gence, chan­ge­ment de Pre­mier mi­nistre, dis­so­lu­tion de l’As­sem­blée en der­nier res­sort - ap­pa­raî­traient comme de nou­velles preuves de fai­blesse. Ma­cron af­fronte sa pre­mière vé­ri­table épreuve, de celles dont on meurt ou qui forgent les hommes d’État. Il doit s’ins­pi­rer des grands an­ciens comme Mit­ter­rand avec son gé­nie po­li­tique ou Chi­rac qui n’hé­si­ta pas à sa­cri­fier Jup­pé, puis Ville­pin. Mais le chef de l’État doit ti­rer par­ti des États gé­né­raux qui vont se te­nir, du­rant trois mois, dans le pays pour faire évo­luer sa po­li­tique. Tant sur la forme, trop tech­no, que sur le fond puis­qu’elle ne donne pas de ré­sul­tats suf­fi­sants pour apai­ser une co­lère qui monte de­puis des dé­cen­nies et dont il n’est pas le seul res­pon­sable. S’il n’y a pas deux France car le spectre est beau­coup plus frag­men­té, il y a des « classes la­bo­rieuses », comme les qua­li­fie le chef de l’État, qui en ont as­sez de payer pour ceux qu’il est conve­nu d’ap­pe­ler les as­sis­tés.

L’État doit aus­si faire des ef­forts

Va-t-on vers un scé­na­rio à l’ita­lienne et la nais­sance de l’équi­valent du mou­ve­ment cinq étoiles ? L’ave­nir le di­ra mais l’État doit d’abord s’im­po­ser les ef­forts qu’il in­flige aux autres, mettre fin aux gas­pillages in­nom­brables que l’on constate à lon­gueur de rap­ports pour être plus ef­fi­cace.

Il n’em­pêche, on me­sure mal à quel point le sys­tème fran­çais, qui est le plus re­dis­tri­bu­tif du monde, at­té­nue les écarts so­ciaux et per­met des ser­vices pu­blics qui nous sont en­viés. Bref, ne je­tons pas le bé­bé avec l’eau du bain mais soyons plus exi­geants sur la dé­pense pu­blique qui étouffe la crois­sance, seule créa­trice d’em­plois. La­quelle en a pris un sé­rieux coup de­puis trois se­maines.

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