La­nar­vi­ly. Chai­nel, haut en cou­leur

Le Télégramme - Loudéac - Rostrenen - - LES SPORTS -

> L’avant Quel­neuc

« J’étais l’éter­nel se­cond des cham­pion­nats de France (trois fois deuxième), ce­lui qui n’y ar­ri­ve­rait ja­mais. Même moi, je m’étais fait une rai­son. J’étais al­lé voir un psy, j’avais pris une pré­pa­ra­trice men­tale mais, dans la tête, je n’y croyais plus vrai­ment. Je fai­sais un gros com­plexe d’in­fé­rio­ri­té face à Fran­cis (Mou­rey), je me met­tais une pres­sion de fou, je me li­qué­fiais sur la ligne de dé­part.

Et puis, pour la pre­mière fois de ma vie, j’ai eu ce coup dur en août 2017 lorsque Lu­cie (sa femme) m’a an­non­cé qu’elle sou­hai­tait que l’on se sé­pare. Ce­la m’a rap­pro­ché de ma fa­mille, de mes amis et… de mon vé­lo. Je me suis for­gé dans la dif­fi­cul­té. Je me suis en­fin ren­du compte qu’avant le po­dium, la Mar­seillaise, le maillot et le cuis­sard bleu-blanc-rouge, il y avait une course à ga­gner et une dou­leur à al­ler cher­cher. À Quel­neuc, je me suis po­sé zé­ro ques­tion, je n’en avais rien à foutre de la pres­sion. »

> Quel­neuc

« Quel­neuc a chan­gé ma vie. Clai­re­ment, j’y ai vé­cu ma plus belle émo­tion spor­tive. Évi­dem­ment, rien de com­pa­rable avec la nais­sance de mes gosses, mais quand même… Quel « shoot » de ma­lade ! Ce­la fai­sait 18 ans, et mon titre de cham­pion de France ob­te­nu chez les ju­niors, que j’at­ten­dais ce­la. J’ai at­ten­du le Père Noël pen­dant 18 ans, alors quand il m’a of­fert mon ca­deau… Quand je re­vi­sionne cette der­nière ligne droite - ce que je fais beau­coup trop sou­vent d’ailleurs -, elle me donne tel­le­ment en­vie de re­vivre ça. Ma fille qui pleu­rait dé­jà à un tour de l’ar­ri­vée, les gens qui cou­raient dans tous les sens, la Mar­seillaise… Je l’avais chan­té tel­le­ment de fois avant tout seul de­vant ma glace. »

> L’après Quel­neuc

« Quand je me lève tous les ma­tins, je vois ces te­nues bleu-blanc-rouge dans ma pen­de­rie. Je me ré­pète : pro­fite, pro­fite ! Je re­pense aus­si à ces séances d’en­traî­ne­ment que je me suis in­fli­gées, aux mo­ments de doute que j’ai eus chez les pros. Et, au fond de moi, je me dis que je vais avoir la pos­si­bi­li­té de re­vivre ce­la chez Fran­cis (Mou­rey) pour le der­nier cham­pion­nat de France de sa car­rière (à Be­san­çon). Ce se­rait énorme, là en­core. Quoi qu’il ar­rive là-bas, j’au­rai été cham­pion de France au moins une fois. On peut conser­ver mes échan­tillons d’urine pen­dant 40 ans, contrô­ler mon vé­lo au­tant de fois que l’on veut, on ne me re­ti­re­ra ja­mais ce titre. Je l’ai à vie ! »

> La­nar­vi­ly

« J’en garde un très mau­vais sou­ve­nir. Lors de mon pre­mier cham­pion­nat de France pro (en 2007 sous les cou­leurs d’Au­ber), je m’étais mis une pres­sion as­sez folle et j’étais pas­sé com­plè­te­ment au tra­vers (27e). Ce­la me pa­rais­sait in­con­ce­vable de ne pas y ve­nir di­manche. Après ce que le pu­blic bre­ton m’a don­né à Quel­neuc, fran­che­ment, je lui dois bien ça, même si j’ha­bite à mille bornes de là. Je n’ai ja­mais ga­gné à La­nar­vi­ly, je pense que ça peut le faire. Comme chaque sai­son, j’ai eu mon tra­di­tion­nel coup de mou de no­vembre. Mais après un pe­tit stage en Es­pagne, j’es­père que ça va re­par­tir dans le bon sens. Je suis confiant. »

> L’après La­nar­vi­ly

« L’ob­jec­tif de ma sai­son, c’est d’ar­ri­ver à 100 % à Be­san­çon (le 13 jan­vier) afin de faire la meilleure course pos­sible. Je n’ai pas en­vie de lais­ser ce maillot. Après, si je perce ou je pète ma chaîne, je n’au­rai au­cun re­gret. Pour la suite, sin­cè­re­ment, je ne sais pas. Dans cinq ans, je se­rai peut-être en­core sur le vé­lo. Mais peut-être que j’ar­rê­te­rai en fin de sai­son : ce­la vou­dra dire que j’au­rai trou­vé ce mil­lion d’eu­ros qui me manque pour mon­ter le Team Cha­zalCa­nyon chez les pros et j’en se­rai alors le Team ma­na­ger à temps plein. »

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