Dans les yeux de Ju­lie De­be­ver

Le Télégramme - Loudéac - Rostrenen - - FOOTBALL -

Evi­dem­ment, elle sui­vra ça de près. Sa­me­di soir, après le match des Guin­gam­paises à Di­jon, Ju­lie De­be­ver au­ra les yeux ri­vés sur le ti­rage au sort de la Coupe du monde fé­mi­nine, à par­tir de 18 h, à Pa­ris. Et pas uni­que­ment par cu­rio­si­té. Les Bleues, dé­sor­mais, c’est elle aus­si. Parce qu’elle n’a ja­mais lâ­ché. Parce que les aléas d’une vie de spor­tive de haut ni­veau ne sont pas tou­jours que dé­con­ve­nues. Parce qu’elle le mé­rite, aus­si, for­cé­ment.

Ré­sis­ter au tour­billon

Le des­tin de la Nor­diste a bas­cu­lé en avril der­nier lorsque Co­rinne Diacre, la sé­lec­tion­neure de l’équipe de France, fait ap­pel à elle pour af­fron­ter le Ni­gé­ria et le Ca­na­da. De­puis, De­be­ver a été de toutes les listes (deux sé­lec­tions) et reste plus que ja­mais en course pour prendre part au Mon­dial 2019 (7 juin 7 juillet), chez elle, en France. « On ne va pas se men­tir, connaître l’équipe de France à 30 ans, c’était in­es­pé­ré pour moi, confie la dé­fen­seure cen­trale d’En Avant. Alors je vis ça comme un rêve éveillé. Un rêve de gosse. Après, je ne fais au­cun plan sur la co­mète. Je reste très lu­cide, il y a des échéances im­por­tantes avant avec le club ».

La prise de re­cul n’est pas feinte. A 30 ans, l’an­cienne joueuse d’Hé­nin-Beau­mont, de Ju­vi­sy et de Saint-Etienne sait le dan­ger que pré­sente l’eu­pho­rie ex­ces­sive dans un mi­lieu où tout bas­cule pour un rien. Vic­time d’une rup­ture des li­ga­ments croi­sés d’un ge­nou à 25 ans, qui lui a fait perdre presque deux sai­sons, elle a été cou­pée en plein élan au mo­ment même où sa car­rière de­vait prendre un nou­veau vi­rage. Alors elle lutte pour ré­sis­ter à l’as­pi­ra­tion, re­fu­sant de se lais­ser em­por­ter par un tour­billon qui pour­rait la me­ner là où elle ne vou­lait pas al­ler.

« Il y a beau­coup de très bonnes joueuses, rap­pelle celle qui se­ra en fin de contrat à Guin­gamp en juin et qui n’ex­clut pas l’idée d’al­ler vivre un autre chal­lenge ailleurs. J’ai conscience que l’étau se res­serre et que ça se joue à rien. Au­jourd’hui, ça peut être moi, de­main ça peut être une autre… Je sai­sis dé­jà la chance qui est la mienne de faire par­tie de l’aven­ture de­puis avril et on ver­ra pour la suite. Je n’en fais pas une ob­ses­sion. Même si, pour être hon­nête, c’est dif­fi­cile. Je men­ti­rais si je di­sais que je n’y pen­sais pas. Le Mon­dial en France, c’est l’ob­jec­tif de beau­coup de filles. Mais ce que je vis à mon âge est dé­jà beau ».

L’exi­gence per­pé­tuelle

Beau mais dif­fi­cile, aus­si, par­fois. Car le maillot tri­co­lore se mé­rite et les exi­gences qui en dé­coulent ne s’ac­com­modent d’au­cun re­lâ­che­ment. Der­rière la si­tua­tion qui s’élève, der­rière le ni­veau de mé­dia­ti­sa­tion qui enfle et l’ap­pel du pied des spon­sors ou des agences de pub, le ni­veau de per­for­mance au quo­ti­dien ne doit souf­frir d’au­cune baisse de ré­gime. « Il y a les exi­gences que tu te fixes mais aus­si celles des autres qui naissent avec ton nou­veau sta­tut, re­con­naît De­be­ver. Par­fois, c’est lourd à por­ter et je pense qu’il faut un men­tal d’acier pour être per­for­mante tout le temps ».

Elle s’y em­ploie quo­ti­dien­ne­ment, avec le ca­rac­tère et les ver­tus qui sont les siens. « A mon âge, je sais per­ti­nem­ment que je ne vais pas en­core jouer dix ans. Mais tant que mon corps me sui­vra, j’irai au bout. J’ai en­vie d’avoir des en­fants, de fon­der une fa­mille mais je re­mets ça à un peu plus tard. Parce que c’est une chance in­croyable de jouer au foot et de vivre de ce qu’on aime. Il faut en pro­fi­ter au maxi­mum ».

A for­tio­ri lorsque pointe cette Coupe du monde dont le ti­rage ma­té­ria­li­se­ra en­core da­van­tage la proxi­mi­té. Chez les ama­teurs de foot, évi­dem­ment, mais sur­tout dans les yeux de Ju­lie De­be­ver.

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