Quit­ter sa vie de néo-na­zi

Le Télégramme - Morlaix - - MONDE & FRANCE - Da­vid Phi­lip­pot

Grâce à l’as­so­cia­tion Exit, 900 per­sonnes ont réus­si à sor­tir des mi­lieux néo-na­zis al­le­mands. Une tâche la­bo­rieuse et dan­ge­reuse : les re­pen­tis, consi­dé­rés comme des traîtres à la « Ré­vo­lu­tion na­tio­nale », sont la cible de ven­geances par­fois mor­telles. L’Al­le­magne compte 25 000 mi­li­tants néo-na­zis ac­tifs.

De notre cor­res­pon­dant en Al­le­magne. Des punks, des SDF, des po­li­ciers et, bien sûr, des étran­gers, la liste des vic­times des mi­lieux néo-na­zis en Al­le­magne de­puis la Réu­ni­fi­ca­tion s’est su­bi­te­ment al­lon­gée. Après huit ans de re­cherches, le bi­lan des jour­naux « Ta­gess­pie­gel » et « Zeit », pu­blié à la mi-sep­tembre, dé­compte deux fois plus de meurtres que les au­to­ri­tés : 169 vic­times au lieu de 83 en 27 ans. Soixante-et-une autres morts sont sus­pectes mais n’ont pu être for­mel­le­ment at­tri­buées aux skin­heads, hoo­li­gans et autres na­tio­na­listes.

Le chiffre ne sur­prend pas Bernd Wa­gner, an­cien com­mis­saire de po­lice et au­teur de plu­sieurs livres sur le na­tio­na­lisme de droite : « La vio­lence est consub­stan­tielle de ces mi­lieux, elle est même glo­ri­fiée ! La vie de leurs membres est condi­tion­née par l’ado­ra- tion aveugle de quelque chose de su­pé­rieur, la race ou le peuple. Et tout ce qui se trouve en de­hors de cette « vé­ri­té » est con­si­dé­ré comme en­ne­mi ». Bernd Wa­gner parle en connais­sance de cause : le fon­da­teur d’Exit a re­çu plu­sieurs me­naces de mort, dont une fausse bombe par­ve­nue à son do­mi­cile. Il faut mon­trer patte blanche pour le ren­con­trer dans ses bu­reaux ber­li­nois, bar­ri­ca­dés der­rière le por­tail mé­tal­lique d’un im­meuble ano­nyme. L’as­so­cia­tion Exit se pro­tège pour pou­voir pour­suivre sa mis­sion : ai­der les néo-na­zis à tour­ner le dos à leur pas­sé.

« Faire la fête sous des croix gam­mées »

C’est à eux de faire le pre­mier pas, de mon­trer leur mo­ti­va­tion d’en sor­tir. Exit in­ter­vient en sou­tien : « Nous ne leur dé­rou­lons pas le ta­pis rouge. Nous les ai­dons à chan­ger de nom ou d’adresse si leur vie est en dan­ger. Nous tra­vaillons sur leur bio­gra­phie pour com­prendre comment ils en sont ar­ri­vés là mais c’est à eux de s’in­ven­ter une nou­velle per­son­na­li­té ». Le pa­ri semble réus­si pour Falk, fi­ché mi­li­tant néo-na­zi pen­dant quatre ans : il peut dé­sor­mais se pro­me­ner sans ar­riè­re­pen­sée dans les quar­tiers mé­tis­sés de Ber­lin : « Au­jourd’hui, ce­la m’est à peu près égal de croi­ser des femmes juives ou por­tant le ni­qab ». À 28 ans, Falk, pa­pa de­puis trois mois et am­bu­lan­cier, n’a plus rien à voir avec ce­lui qui fai­sait la fête sous des dra­peaux à croix gam­mée.

Un faible taux d’échec

L’as­so­cia­tion Exit l’a ai­dé à ou­vrir les yeux sur ses propres contra­dic­tions : « Je me sou­viens en­core de ma pre­mière dis­cus­sion avec M. Wa­gner. Il m’a po­sé des ques­tions comme : "Peu­ton être an­ti­ca­pi­ta­liste et al­ler au McDo­nald’s ?" ».

Ti­raillé par le doute, las­sé des coups qu’il pre­nait et don­nait, Falk s’est dé­ra­di­ca­li­sé. Mais l’an­cien fa­na­tique du IIIe Reich conti­nue de payer le prix de ce qu’il ap­pelle une « er­reur de jeu­nesse » : « Ré­cem­ment, j’ai croi­sé un an­cien ami qui m’a di­rec­te­ment me­na­cé. Des groupes an­ti­fas­cistes ont dé­cou­vert où j’ha­bi­tais. Ils m’ont at­ten­du en bas de chez moi pour me cas­ser la fi­gure. Des bles­sures graves qui m’ont conduit à l’hô­pi­tal car, pour cer­tains ex­tré­mistes de gauche, être néo-na­zi un jour, c’est l’être toute sa vie. Mais, bon, la vie conti­nue, je ne me laisse pas abattre. » En 18 ans d’ac­ti­vi­té, l’as­so­cia­tion Exit a ai­dé plus de 900 per­sonnes des mi­lieux néo-na­zis. Avec un taux d’échec très faible : 15 re­pen­tis seule­ment sont re­tom­bés dans l’ex­tré­misme : de droite, de gauche ou is­la­miste.

Pho­to d’ar­chives EPA

En 27 ans, les nos­tal­giques du IIIe Reich ont tué au moins 169 per­sonnes en Al­le­magne.

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