Ma­rée rouge à Pa­ris

Hier, sous un so­leil ra­dieux, les or­ga­ni­sa­teurs de la ma­ni­fes­ta­tion de sou­tien à Ar­kéa avaient le sou­rire. Avec plus de 6 000 par­ti­ci­pants, cet évé­ne­ment a mar­qué consi­dé­ra­ble­ment les es­prits. De La Bas­tille à Ber­cy, Pa­ris était aux cou­leurs de la banque

Le Télégramme - Pontivy - - LA UNE - Di­dier Dé­niel

Jeu­di, plus de 6 000 sa­la­riés d’Ar­kéa ont ma­ni­fes­té à Pa­ris, de la Bas­tille à Ber­cy. Ha­billés en rouge, ils avaient fait le dé­pla­ce­ment de­puis la Bre­tagne pour sou­te­nir la banque bre­tonne en plein di­vorce avec sa con­fé­dé­ra­tion na­tio­nale.

La jour­née a été longue pour les sa­la­riés d’Ar­kéa ve­nus ma­ni­fes­ter, jeu­di, à Pa­ris pour que dé­bute la pro­cé­dure de di­vorce de leur en­tre­prise de la Con­fé­dé­ra­tion na­tio­nale du Cré­dit Mu­tuel. Par­tis très tôt de Brest et d’autres villes de Bre­tagne et de France, ils ont conver­gé vers la place de la Bas­tille où était pré­vu le ras­sem­ble­ment. Le col­lec­tif or­ga­ni­sa­teur avait bien fait les choses. Rien ne man­quait. Grosses so­nos, des mil­liers de pa­niers re­pas, et vaste scène mon­tée sous les fe­nêtres du mi­nis­tère de l’Éco­no­mie et des Fi­nances où a pris fin la ma­ni­fes­ta­tion.

Avant que le cor­tège n’en­va­hisse la rue de Lyon et l’ave­nue Dau­mes­nil, des chefs d’en­tre­prise et élus ont pris la pa­role lors d’un point presse. An­toine Mi­chaud, du col­lec­tif, qui se te­nait à proxi­mi­té de Pa­trick Le Lay, an­cien di­rec­teur gé­né­ral de TF1, a plai­dé pour une sor­tie « ra­pide et apai­sée » d’Ar­kéa du gi­ron du Cré­dit mu­tuel. « Nous sommes fiers de nos ori­gines et nous re­ven­di­quons la maî­trise de notre ave­nir. Notre banque a de nom­breux atouts. Elle est par­fai­te­ment adap­tée au mon- de de de­main. Au­jourd’hui, nous sommes vê­tus de rouge. C’est la cou­leur d’Ar­kéa mais aus­si la cou­leur de la co­lère. Si au­jourd’hui notre mes­sage n’est pas com­pris par le mi­nis­tère, la co­lère des sa­la­riés se­ra dif­fi­cile à ca­na­li­ser. »

« Ar­kéa a une avance très forte dans le do­maine du di­gi­tal »

Ch­ris­tian Guille­mot (Ubi­soft) a sou­li­gné qu’il tra­vaillait avec Ar­kéa de­puis plus de 30 ans. « Cette banque a un fonc­tion­ne­ment ba­sé sur la com­pé­tence et la confiance. Elle a une avance très for- te dans le do­maine du di­gi­tal ». Marc Le Fur, lui, craint que de­main toutes les grandes dé­ci­sions soient prises à Pa­ris. « Un vote des caisses est in­ter­ve­nu. Il doit être res­pec­té. » Son ho­mo­logue Er­wan Ba­la­nant et le maire de Plou­gas­tel-Daou­las (29) Do­mi­nique Cap ont rap­pe­lé que le CMB avait ac­com­pa­gné pen­dant des dé­cen­nies les col­lec­ti­vi­tés. Pen­dant ce temps, sous une nuée de dra­peaux, les sa­la­riés d’Ar­kéa et de ses fi­liales pre­naient pos­ses­sion du pa­vé de la ca­pi­tale. Pre­nant le temps d’ex­pli­quer aux cu­rieux l’ob­jet de leur cour- roux. « On a un dé­fi­cit de no­to­rié­té ici, plai­san­tait un sa­la­rié. Mais bien­tôt peut-être, on pour­ra ou­vrir des agences à Pa­ris, dans le cadre de notre fu­tur ré­seau. Jus­qu’alors ça nous était in­ter­dit. »

Une dé­lé­ga­tion à Ber­cy

Lors des temps forts de cette jour­née de mo­bi­li­sa­tion, nulle in­ter­ven­tion de Jean-Pierre De­nis, pour­tant pré­sent dans le cor­tège. « En tout cas, il joue sa place dans cette af­faire », ex­pli­quait en apar­té un cadre du groupe. « Il se dit qu’il quit­te­ra le na­vire s’il ne réus­sit pas à ob­te­nir l’au­to­no­mie. » Ro­nan Le Moal, di­rec­teur gé­né­ral était, lui aus­si, pré­sent. Comme de très nom­breux élus : Fran­çois Cuillandre, maire de Brest, Ber­na­dette Mal­gorn, élue bres­toise, Yo­hann Né­dé­lec, maire du Re­lecq-Ke­rhuon, Mi­chel Ca­né­vet, sé­na­teur du Fi­nis­tère, Maël de Ca­lan, conseiller dé­par­te­men­tal du Fi­nis­tère, et bien d’autres en­core. Tous unis sous le gwenn-ha-du et les dra­peaux d’Ar­kéa. Vers 16 h 30, une dé­lé­ga­tion a été re­çue à Ber­cy par Em­ma­nuel Mou­lin, le di­rec­teur de ca­bi­net de Bru­no Le Maire. « En fé­vrier, on avait été re­çu par un conseiller. Ça vaut le coup de des­cendre dans la rue en masse. On nous écoute da­van­tage », com­men­tait An­toine Mi­chaud.

En pa­ral­lèle, une syn­di­ca­liste CFDT ne ca­chait pas ses états d’âme. « Je suis pour la scis­sion. Mon syn­di­cat est plus que di­vi­sé sur le su­jet. Ce n’est pas évident du tout ». Une si­tua­tion que pour­rait ex­ploi­ter Asi­sa, le syn­di­cat mai­son qui a vu ré­cem­ment le jour au sein du groupe. Outre la dé­fense des sa­la­riés, ce syn­di­cat a l’in­ten­tion de par­ti­ci­per ac­ti­ve­ment à l’ob­ten­tion de l’in­dé­pen­dance.

Pho­to Di­dier Dé­niel

Une ma­rée rouge. Plus de 6 000 ma­ni­fes­tants ont dé­fi­lé dans les rues de Pa­ris pour ré­cla­mer l’in­dé­pen­dance d’Ar­kéa.

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