LE LY­CÉE YVES-THÉPOT BLO­QUÉ

Le Télégramme - Quimper - - QUIMPER - Léa Gau­mer et Loei­za Lar­vor

Ven­dre­di ma­tin, ils étaient en­vi­ron 300 élèves du ly­cée Yves-Thépot, à Quim­per, spec­ta­teurs ou ac­teurs, à dé­fi­ler dans la rue. Alors qu’un groupe de dé­part avait pour vo­lon­té de mar­quer son op­po­si­tion, de ma­nière pa­ci­fique, à la ré­forme du ly­cée, les évé­ne­ments ont ra­pi­de­ment dé­pas­sé les ini­tia­teurs du mou­ve­ment. Plu­sieurs dé­bor­de­ments sur la voie pu­blique (routes bar­rées, feux de pou­belles, jets de cailloux…) ont conduit à l’in­ter­ven­tion des forces de l’ordre.

Des élèves du ly­cée YvesT­hé­pot se sont as­so­ciés, ven­dre­di, à la contes­ta­tion ly­céenne et es­tu­dian­tine. Alors qu’ils n’étaient qu’une di­zaine à 8 h, la moi­tié des élèves de l’éta­blis­se­ment, ac­teurs ou spec­ta­teurs, a fi­na­le­ment re­joint le mou­ve­ment. Plu­sieurs dé­bor­de­ments sur la voie pu­blique ont conduit à l’in­ter­ven­tion des forces de l’ordre.

8 h, ven­dre­di ma­tin. Le ly­cée Yves-Thépot ouvre tout juste ses portes et une di­zaine d’élèves fait dé­jà le pied de grue de­vant l’éta­blis­se­ment. Alors que la mo­bi­li­sa­tion a connu un pic, la veille, au ni­veau na­tio­nal, il a fal­lu at­tendre un ap­pel au ras­sem­ble­ment lan­cé, jeu­di soir, sur l’ap­pli­ca­tion Snap­chat, pour que le mou­ve­ment prenne forme à Quim­per. Par­mi les pre­miers pré­sents sur place, trois jeunes sou­haitent « mar­quer leur op­po­si­tion à la ré­forme du ly­cée ». Trois autres ly­céens consi­dèrent que « Par- cour­sup, c’est hy­per mal fou­tu. Ça de­vient de plus en plus com­pli­qué de se re­pé­rer mais blo­quer les routes, ce n’est pas notre but », af­firment-ils. À l’angle de l’ave­nue et de la rue YvesGuillou, une voi­ture de po­lice veille au grain.

La son­ne­rie re­ten­tit. La moi­tié des élèves de l’éta­blis­se­ment, qu’ils soient ac­teurs ou spec­ta­teurs, viennent bien­tôt ral­lier la di­zaine de ly­céens. « Ma­cron dé­mis­sion ! Ma­cron dé­mis­sion ! ». Alors qu’une pre­mière « Mar­seillaise » s’achève sur le trot­toir, tous se di­rigent vers le rond-point don­nant sur l’ave­nue Léon-Blum. Char­gés de bar­rières, les jeunes se mettent en tête de blo­quer la route. Ça rit, ça chante, ça in­sulte. « Il se passe quoi ? C’est quoi l’ob­jec­tif du truc ? », s’en­quiert un ly­céen, un peu en re­trait. « C’est ça, ma­ni­fes­ter ! », se voit-il ré­pondre du tac-au-tac. Des pou­belles sont cou­chées au sol pour en­tra­ver le pas­sage des voi­tures. « Bande de pe­tits cons là, vous al­lez me dé­ga­ger votre ba­zar ! », s’énerve une au­to­mo­bi­liste qui doit rendre vi­site à sa fille en pé­dia­trie. « Là, ce n’est plus pos­sible de pas­ser ma­dame ». Plus loin, un pe­tit groupe met le feu à ses cours. « C’est tout ce qu’on ne vou­lait pas », se la­mente un élève de pre­mière.

Les cours an­nu­lés ven­dre­di après-mi­di

« Al­lez, klaxonne ! », somment des ados au pas­sage des voi­tures, qui peuvent cir­cu­ler au compte-gouttes dès lors qu’elles pré­sentent un gi­let jaune sur le ta­bleau de bord. Ar­rê­té de­vant une bar­rière, un au­to­mo­bi­liste re­part, sans s’en rendre compte, le coffre vi­dé de ses packs d’eau et char­gé d’un élève, hi­lare. « Depuis le dé­but, je dis qu’ils de­vraient ap­pe­ler les fa­milles pour qu’elles viennent les cher­cher », souffle une membre de l’équipe pé­da­go­gique. Ils sont plu­sieurs à ten­ter, comme elle, de ca­na­li­ser les élèves. « CRS, CRS ! Ça y est, ils sont là ! ». Les ly­céens dé­valent l’ave­nue et at­ter­rissent à quelques en­ca­blures de l’hô­pi­tal. De­vant eux, seuls trois po­li­ciers en te­nue an­ti­émeute, for­cés de re­cu­ler sous les huées. Après un pe­tit quart d’heure, les jeunes re­prennent en­fin le che­min de l’éta­blis­se­ment, de­vant le­quel ils pour­suivent la ma­ni­fes­ta­tion. « Quand vous lan­cez un mou­ve­ment, vous avez une res­pon­sa­bi­li­té ! Vous de­vez veiller à ce qu’il n’y ait pas de dé­bor­de­ments », s’énerve un em­ployé de l’éta­blis­se­ment en s’adres­sant aux plus âgés.

Puis d’ajou­ter, à part : « Ils imitent ce qu’ils voient à la té­lé. Ils ont aper­çu un uni­forme, ils se sont tous mis à brailler. Heu­reu­se­ment que les forces de l’ordre ont été suf­fi­sam­ment in­tel­li­gentes pour ne pas ré­pondre aux pro­vo­ca­tions ».

Vers mi­di, les trois agents ont été re­joints par une quin­zaine d’autres po­li­ciers. L’ave­nue Yves-Thépot est alors blo­quée à la cir­cu­la­tion à cause d’un feu de pou­belle dé­mar­ré par les ado­les­cents. En at­ten­dant l’in­ter­ven­tion des pom­piers, les forces de l’ordre re­çoivent pro­jec­tiles en tout genre : clé­men­tines, mor­ceaux de pain, ba­nanes, mais aus­si des cailloux.

Un peu avant 13 h, les pom­piers éteignent le feu, sous une Mar­seillaise et les ap­plau­dis­se­ments d’une pe­tite di­zaine de ly­céens. Les cours n’ont pas re­pris dans l’après-mi­di. Mis­sion ac­com­plie pour les ly­céens qui vou­laient par­tir en week-end plus tôt.

Les pre­miers re­pré­sen­tants des forces de l’ordre sont ar­ri­vés sur place vers10 h 30, ven­dre­di.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.