Es­pagne. Des centres-villes squat­tés

Le Télégramme - Saint-Brieuc - - MONDE & FRANCE -

C’est un ef­fet in­at­ten­du de la crise im­mo­bi­lière du dé­but des an­nées 2010 en Es­pagne. Des di­zaines d’ap­par­te­ments in­oc­cu­pés, en plein centre-ville de Ma­drid et Bar­ce­lone, sont de­ve­nus des points de vente et de consom­ma­tion de drogues dures.

Ba­garres, portes mu­rées, se­ringues aban­don­nées… Be­goña Se­bas­tian, ex­perte-comp­table de 51 ans, a été l’une des pre­mières voi­sines d’un « nar­co-squat », dans son quar­tier po­pu­laire de La­va­piés, au centre de Ma­drid. Pen­dant trois ans, des tra­fi­quants de ha­schich et de co­caïne ont élu do­mi­cile à l’étage en-des­sous du sien, dans un ap­par­te­ment vide, après sa sai­sie par une banque à une fa­mille en­det­tée. Jus­qu’à ce que cette brune au vi­sage rond par­vienne à faire éva­cuer l’ap­par­te­ment, mi-mai 2016, et mu­rer sa porte, pour évi­ter l’ar­ri­vée de nou­veaux oc­cu­pants.

Des draps rouges aux fe­nêtres

L’im­meuble in­fes­té de pu­naises, le va-et-vient in­ces­sant de clients à toute heure, les ba­garres, la crainte d’une ex­plo­sion au gaz cau­sée par des squat­teurs à l’es­prit em­bué lui ont fait perdre le som­meil. « Tu fi­nis par pleu- rer », dit cette femme qui baisse le ton quand elle passe près d’un des « nar­co-squats » qui ont pro­li­fé­ré à La­va­piés. Elle connaît par coeur l’adresse de cha­cun de ces ap­par­te­ments, qu’elle a ap­pris à re­con­naître de l’ex­té­rieur : porte d’en­trée ta­guée ou en­fon­cée, vitres bri­sées et mal re­cou­vertes par un bout de car­ton… D’autres quar­tiers ont connu le même phé­no­mène de­puis deux ans, comme Puente de Val­le­cas à Ma­drid, ou El Ra­val, un dé­dale de rues dans le centre his­to­rique de Bar­ce­lone, dé­clen­chant des ma­ni­fes­ta­tions de ri­ve­rains, dont cer­tains ont ac­cro­ché à leurs fe­nêtres des draps rouges en signe de pro­tes­ta­tion. Bien que les ma­ni­fes­ta­tions soient nom­breuses, les don­nées sur le phé­no­mène sont em­bryon­naires et le mi­nis­tère de l’In­té­rieur as­sure ne dis­po­ser d’au­cune sta­tis­tique na­tio­nale sur ces « points de vente », ren­voyant aux au­to­ri­tés ré­gio­nales. Dans la ré­gion de Ma­drid, la po­lice na­tio­nale af­firme avoir dé­man­te­lé 105 « nar­cos­quats » en 2017 et ar­rê­té 314 per­sonnes à cette oc­ca­sion. Dans le dis­trict de la vieille ville de Bar­ce­lone, la po­lice ca­ta­lane dé­nom­brait, dé­but avril, 17 ap­par­te­ments per­qui­si­tion­nés en lien avec le tra­fic de drogue et 34 per­sonnes ar­rê­tées de­puis le dé­but de l’an­née.

Ha­bi­ta­tions dé­va­luées

La mul­ti­pli­ca­tion des lo­ge­ments vides hé­ri­tés de la crise de 2008, qui a en­traî­né l’ex­pul­sion de mil­liers de fa­milles de leur lo­ge­ment, ex­pli­que­rait le phé­no­mène, se­lon les au­to­ri­tés. Ces ha­bi­ta­tions dé­va­luées ap­par­tiennent à des banques ou des fonds d’in­ves­tis­se­ment qui évitent de les vendre pour l’ins­tant, at­ten­dant que les prix re­montent, et qui les dé­laissent par­fois très long­temps. « Les im­meubles (sont) dans un état de conser­va­tion dé­plo­rable, ce qui fa­ci­lite les oc­cu­pa­tions », af­firme Ga­la Pin, une élue de la mai­rie de Bar­ce­lone en charge du dis­trict de la vieille ville. « Des ma­fias oc­cupent les ap­par­te­ments, puis elles y vendent, ou elles y ins­tallent des gens qui vendent pour elles », ex­plique une source po­li­cière à Ma­drid. Les tra­fi­quants pro­fitent de l’im­pos­si­bi­li­té de dé­lo­ger une pro­prié­té pri­vée sans in­ter­ven­tion de la jus­tice, ce qui peut prendre des mois, ajoute-t-elle. Bar­ce­lone, di­ri­gée par une an­cienne mi­li­tante du droit au lo­ge­ment, as­sure né­go­cier avec les pro­prié­taires d’ap­par­te­ments vides pour les pous­ser à les louer. Ma­drid, elle aus­si di­ri­gée par la gauche, a aug­men­té les ef­fec­tifs de la po­lice mu­ni­ci­pale et va ins­tal­ler des ca­mé­ras de sur­veillance dans les rues les plus tou­chées. Les as­so­cia­tions d’aide aux toxi­co­manes confirment l’exis­tence de ces ap­par­te­ments.

AFP

La plu­part des ha­bi­ta­tions ou des bu­reaux oc­cu­pés par les tra­fi­quants ap­par­tiennent à des banques ou à des fonds d’in­ves­tis­se­ment qui évitent de les vendre pour l’ins­tant, at­ten­dant que les prix re­montent.

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