St-Brieuc. Il ma­ni­feste contre Ma­cron avec un cou­teau dans la poche : l’af­faire en dé­li­bé­ré

En marge de la vi­site du pré­sident Ma­cron à Saint-Brieuc, le 20 juin 2018, un syn­di­ca­liste était ar­rê­té avec un cou­teau dans la poche. Mar­di, de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Saint-Brieuc, ce tren­te­naire a pu s’ex­pli­quer sur les rai­sons de ce port d’ar

Le Télégramme - Saint-Brieuc - - BRETAGNE - Ca­the­rine Ni­col

Mar­di, Ma­thias Mau­duit, syn­di­ca­liste CGT et en­ga­gé, at­tend pa­tiem­ment dans la salle des pas per­dus du pa­lais de jus­tice de Saint-Brieuc. Au­tour de lui, des mi­li­tants ve­nus le sou­te­nir, alors qu’il doit se pré­sen­ter, d’ici à quelques mi­nutes, de­vant le tri­bu­nal pour avoir été contrô­lé par la po­lice en pos­ses­sion d’une arme blanche, le 20 juin 2018, au Lé­gué, en marge de la vi­site d’Em­ma­nuel Ma­cron. Ce jour-là, cet homme de 38 ans quitte son tra­vail pour la pause dé­jeu­ner, dé­cide de pique-ni­quer sur le pouce, puis de se rendre au ras­semble- ment or­ga­ni­sé par plu­sieurs syn­di­cats sur la rive plé­ri­naise. Dans son sac se trouvent des restes de son re­pas ; dans sa poche, un cou­teau pliable. Le pré­sident de la Ré­pu­blique n’est pas en­core ar­ri­vé sur les lieux, que le pré­ve­nu quitte le port pour re­tour­ner tra­vailler en ville. Une amie pro­pose de l’ac­com­pa­gner en voi­ture jus­qu’à l’ar­rêt de bus le plus proche. Alors qu’ils marchent vers le vé­hi­cule, Ma­thias Mau­duit se fait contrô­ler par la po­lice, char­gée de sé­cu­ri­ser la zone du­rant la vi­site pré­si­den­tielle. Il in­dique dé­te­nir le cou­teau. Un ob­jet qu’il a ache­té, en 2016, et qui le suit au quo­ti­dien. In­ter­pel­lé, le tren­te­naire est pla­cé en garde à vue. Au com­mis­sa­riat, il ne signe pas la no­ti­fi­ca­tion de ses droits, puis re­fuse de se sou­mettre au pré­lè­ve­ment bio­lo­gique. « Pour­quoi ces re­fus ? », l’in­ter­roge la pré­si­dente du tri­bu­nal. « Parce que je n’avais pas com­mis de dé­lit. J’étais in­nocent », ex­plique-t-il sim­ple­ment.

« Ac­ti­viste ne veut pas dire dé­lin­quant »

« Peu im­porte le lieu, du mo­ment que l’on se trouve hors de son do­mi­cile avec une arme blanche, il est pos­sible de por­ter at­teinte à l’in­té­gri­té d’au­trui », lance la pro­cu­reure, pour qui le fait de por­ter même un cou­teau pliable ne se jus­ti­fie pas, l’ex­cuse du pique-nique ne te­nant pas de­bout. Au vu de son ca­sier vierge et de son in­ser­tion dans la so­cié­té, elle re­quiert 300 € d’amende et l’in­ter­dic­tion de pos­sé­der ou por­ter une arme pen­dant trois ans.

Pour Me Ra­bin, conseil du pré­ve­nu, « ac­ti­viste ne veut pas dire dé­lin­quant ». L’avo­cate dé­monte éga­le­ment les ar­gu­ments clas­sant le fa­meux cou­teau en ca­té­go­rie D. « Si le simple fait d’avoir un cou­teau est une in­frac­tion, beau­coup de per­sonnes res­pec­tables se re­trou­ve­raient sous le coup de la loi. » Quant aux re­fus, elle ex­plique que son client s’est re­trou­vé dé­pas­sé par les évé­ne­ments et sol­li­cite la re­laxe. Le tri­bu­nal a mis l’af­faire en dé­li­bé­ré. Le ju­ge­ment se­ra ren­du le 29 juin 2019.

.Pho­to Charles Men­guy

Des syn­di­ca­listes se sont don­né ren­dez­vous de­vant le tri­bu­nal, afin de sou­te­nir Ma­thias Mau­duit.

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