Des­champs. Sous une bonne étoile

Le Télégramme - Vannes - - HIPPISME -

Né le 15 oc­tobre 1968 (49 ans) à Bayonne

Le joueur

Cham­pion de France 1990 et 1992 et vain­queur de la Ligue des cham­pions 1993 avec l’Olym­pique de Mar­seille. Cham­pion d’Ita­lie en 1995, 1997 et 1998, vain­queur de la Coupe d’Ita­lie 1995 et de la Ligue des cham­pions 1996 avec la Ju­ven­tus Tu­rin.

Vain­queur de la Coupe d’An­gle­terre 2000 avec Chel­sea.

103 sé­lec­tions avec l’équipe de France (54 fois ca­pi­taine).

Cham­pion du monde en 1998 et cham­pion d’Eu­rope en 2000.

L’en­traî­neur

Vain­queur de la Coupe de la Ligue 2003 avec et fi­na­liste de la Ligue des cham­pions 2004 avec l’AS Mo­na­co.

Cham­pion de Sé­rie B avec la Ju­ven­tus Tu­rin en 2007.

Cham­pion de France 2010 et vain­queur de la Coupe de la Ligue en 2010, 2011 et 2012 avec l’Olym­pique de Mar­seille.

82 matchs en tant que sé­lec­tion­neur de l’équipe de France et fi­na­liste de l’Eu­ro 2016. Et à la fin, c’est Des­champs qui gagne ? Di­manche soir, le sé­lec­tion­neur fran­çais au­ra rai­son ou tort. Mais il est bien par­ti pour avoir rai­son ! En­vers et contre tous, moins Noël Le Graët, son groupe, son staff, ses proches et quelques autres qui n’étaient plus très nom­breux après le pre­mier tour.

« Le dé­but était la­bo­rieux par mo­ments, mal­gré les ré­sul­tats », a-t-il re­con­nu. Le Bré­sil, l’Es­pagne, l’Uru­guay, la Bel­gique ou la Croa­tie étaient plus sé­dui­sants. Les deux pre­miers n’ont pas te­nu la ca­dence de l’équipe de France, qui a éli­mi­né les deux sui­vants et rencontrera, en fa­vo­rite, la Croa­tie en fi­nale. Tout va très vite en foot­ball. Même les avis.

Ici comme ailleurs, les cri­tiques sont tom­bées drues sur le sé­lec­tion­neur, qui re­çoit au­jourd’hui une pluie d’éloges. Les voix cri­tiques qui ré­son­naient chez ses an­ciens co­équi­piers de France 98 s’éva­nouissent der­rière les marques d’es­time. « Il a construit un groupe, il a im­po­sé un cadre, il a trans­mis une men­ta­li­té. Cette équipe lui res­semble », a twee­té Bixente Li­za­ra­zu.

De la main-d’oeuvre très qua­li­fiée

Qu’on aime ou qu’on n’aime pas le fla­con, plus ré­sis­tant que beau, Des­champs au­ra ap­por­té sa contri­bu­tion si les Bleus donnent l’ivresse à la France en­tière di­manche. Les Fran­çais n’ont pas dé­cou­vert le « style » de leur sé­lec­tion­neur pen­dant le Mon­dial. Le Basque a ga­gné des titres avec l’OM comme ça et il ré­pé­tait sa pro­fes­sion de foi le 11 juin, cinq jours avant France - Aus­tra­lie : « Ah, le pro­jet de jeu… Je construis une équipe pour qu’elle crée des pro­blèmes à l’ad­ver­saire. On est plus per­for­mant dans l’at­taque ra­pide qu’en at­taque pla­cée. »

Cette phi­lo­so­phie n’a pas plu aux Belges, elle fe­rait hur­ler les Al­le­mands et les Es­pa­gnols (qui en at­ten­dant au­ront par­ta­gé leur Coupe du monde entre le ter­rain et leur té­lé­vi­seur), mais la stra­té­gie « des­champ­sienne » a ver­rouillé les ré­sul­tats au pre­mier tour, pu­ni l’in­sou­ciance ar­gen­tine et dé­bran­ché l’Uru­guay et la Bel­gique. Les routes qui mènent à l’échec sont plus nom­breuses que celles vers la réus­site. Même si il y avait peut-être, sû­re­ment, une autre voie pour réus­sir. Des­champs a de la main-d’oeuvre très qua­li­fiée. Ses joueurs évo­luent dans les plus grands clubs, l’un d’eux s’avance en plus ta­len­tueux de sa gé­né­ra­tion. Le sé­lec­tion­neur a Ky­lian Mbap­pé dans son équipe, le ca­pi­taine de 98 avait Zi­dane dans son équipe.

« Il a chan­gé après l’Ar­gen­tine »

La grande force de Des­champs est d’abord d’avoir du « pif », de sen­tir les hommes et les joueurs comme très peu de ses col­lègues. Il a fait des choix forts et sur­pre­nants pour consti­tuer son groupe de 23 joueurs, qui était donc co­hé­rent, puis­qu’il est en fi­nale. Ce groupe était en mis­sion sur le ter­rain et en fa­mille à l’in­té­rieur des murs d’Is­tra. « Di­dier n’est pas seule­ment un en­traî­neur et un sé­lec­tion­neur, il est un ma­na­ger », sou­ligne Guy Stéphan, son ad­joint fi­dèle et pré­cieux.

Le Bre­ton de Plou­mi­liau (22) a trou­vé le Concar­nois d’adop­tion « dé­ten­du » pen­dant cette Coupe du monde. Il y a du vrai, à cô­té d’un peu de pres­sion et de ten­sion. Les cri­tiques le touchent plus qu’il ne le dit. Des­champs a ren­voyé quelques balles dans le camp des jour­na­listes de­puis que l’ob­jec­tif du der­nier car­ré a été at­teint. Et il est beau­coup plus li­bé­ré de­puis que les Bleus ont amor­cé leur mon­tée en puis­sance. « Il a chan­gé après l’Ar­gen­tine, la pres­sion est re­des­cen­due », si­tue An­toine Griez­mann. Le poing ra­geur qu’il a bran­di vers son clan en tri­bunes après le suc­cès sur l’Uru­guay ré­vèle les idées qui ont tra­ver­sé son es­prit. Des­champs est un ga­gneur dans l’âme, mais il sa­vait qu’il pou­vait perdre.

Chance ou ta­lent ?

Le « run­ning gag », qui s’es­souffle, l’af­fuble d’un in­sé­pa­rable ani­mal de com­pa­gnie. Il est cer­tain que le des­tin est fa­vo­rable quand vous jouez l’Uru­guay sans Ca­va­ni et, peut-être, la Croa­tie sans Pe­ri­sic. « Que je sois sou­vent au bon en­droit au bon mo­ment, pro­bable, je n’ai pas à me plaindre, constate le sé­lec­tion­neur des Bleus. Il y a sû­re­ment mieux que moi, il doit y avoir pire aus­si. Mais je sais tout le tra­vail qu’il faut, et j’as­so­cie mon staff. Ça peut ar­ri­ver une fois mais il y a des exi­gences… »

On ne réus­sit pas par­tout tout le temps uni­que­ment par chance. Les in­com­pé­tents ne battent pas le re­cord de matchs sur le banc des Bleus (82) et n’at­teignent pas le seuil d’une porte do­rée, où vivent deux monstres sa­crés cham­pions du monde joueur et sé­lec­tion­neur (Be­cken­bauer et Za­gal­lo).

« On le res­pecte parce qu’il a ga­gné, il sait par où pas­ser », dit Griez­mann. « Il sait par­ler aux joueurs, s’ap­pro­cher de ceux qui sont un peu ti­mides ou nous lais­ser un peu plus de li­ber­té, ex­plique Paul Pog­ba. Il a ga­gné avec la France, il a ga­gné des titres, il a été un grand joueur, je pense qu’il a une étoile. » Mais Des­champs en veut deux.

Di­dier Des­champs pour­rait de­ve­nir, di­manche, le troi­sième homme à rem­por­ter la Coupe du monde comme joueur et comme sé­lec­tion­neur.

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