Un nou­veau dé­cès sème le trouble dans l’ova­lie

Le Télégramme - Vannes - - FRONT PAGE -

Au len­de­main de la mort, sur­ve­nue ven­dre­di soir, de Louis Fa­j­frows­ki à Au­rillac après un match ami­cal, le monde du rug­by s’in­ter­roge de nou­veau sur la dan­ge­ro­si­té de la dis­ci­pline. Même si, pour l’heure, le lien entre le contact su­bi par le jeune joueur, au cours de la ren­contre, et son dé­cès n’est pas éta­bli.

Un sport peut tuer… Le monde du rug­by s’en est rap­pe­lé ven­dre­di soir, après la mort du joueur d’Au­rillac (Pro D2)

Louis Fa­j­frows­ki, 21 ans, à la suite d’un choc su­bi au cours de ce qui était un match ami­cal face à Ro­dez (Fé­dé­rale 1). Même si le lien entre le contact et le dé­cès n’est pas en­core avé­ré (une en­quête est en cours), il s’agit d’une nou­velle ci­ca­trice pour l’ova­lie, confron­tée au mal des com­mo­tions cé­ré­brales mal­gré la mise en place de dif­fé­rents garde-fous. Juillet 2014.

Le Néo-Zé­lan­dais Jor­dan Kemp, 17 ans, perd la vie deux jours après avoir ef­fec­tué un pla­quage avec la tête en mau­vaise po­si­tion. Un rap­port mé­di­cal re­vèle qu’il avait dé­jà été vic­time d’une com­mo­tion cé­ré­brale quelques mois au­pa­ra­vant.

Mars 2017.

Lan­cé à pleine vi­tesse, le Ro­che­lais Le­va­ni Bo­tia per­cute de plein fouet le Tou­lou­sain Alexis Pa­lis­son, qui tombe à la ren­verse, se re­lève, ti­tube et s’écroule par terre. Après avoir pas­sé avec suc­cès le pro­to­cole mé­di­cal, il re­vient ce­pen­dant en jeu. Une dé­ci­sion « scan­da­leuse » se­lon le vice-président de la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de rug­by (FFR) Serge Si­mon.

7 jan­vier 2018.

Le Ra­cing­man Vi­ri­mi Va­ka­ta­wa fonce sur Sa­muel Ezea­la, 18 ans, dont c’est le pre­mier match pro­fes­sion­nel. L’es­poir cler­mon­tois, qui a pris la charge en pleine tête, reste au sol. Les se­cours in­ter­viennent sur le ter­rain, en­tou­rés par des draps blancs ten­dus afin de ca­cher l’opé­ra­tion du pu­blic. Plus de peur que de mal pour l’ai­lier, qui s’est ra­pi­de­ment re­mis.

2 mai 2018.

La fé­dé­ra­tion ita­lienne de rug­by an­nonce le dé­cès de Re­bec­ca Bra­glia, une joueuse de 18 ans bles­sée à la nuque trois jours plus tôt en ayant heur­té le sol avec la tête après un pla­quage.

20 mai 2018.

Un joueur ama­teur de Billom (Puy-de-Dôme), âgé de 17 ans, est re­trou­vé mort dans son lit au len­de­main d’un match. L’au­top­sie acte un dé­cès des suites d’un trau­ma­tisme crâ­nien.

10 août 2018.

Le centre d’Au­rillac Louis Fa­j­frows­ki, 21 ans, dé­cède après un ma­laise dans les ves­tiaires du stade Jean-Al­ric. Sor­ti du ter­rain après avoir été pla­qué, le jeune joueur, son­né, a pu re­joindre seul les ves­taires, où il a per­du connais­sance à plu­sieurs re­prises. Il n’a pas pu être ra­ni­mé par les se­cours.

1. Qu’est-ce qu’une com­mo­tion cé­ré­brale ?

Une com­mo­tion cé­ré­brale est un trau­ma­tisme crâ­nien en­gen­drant un dys­fonc­tion­ne­ment tem­po­raire du cer­veau. Si le KO est le symp­tôme le plus évident (le joueur a les yeux fer­més et ne ré­pond plus), il n’est pas le seul : chan­ge­ment de com­por­te­ment évident, convul­sions, étour­dis­se­ments, perte de concen­tra­tion et de mé­moire, confu­sion, maux de tête, vi­sion floue, nau­sées sont au­tant de si­gnaux sur les­quels les mé­de­cins peuvent se ba­ser pour éta­blir leur diag­nos­tic. Ce genre de chocs peut avoir des consé­quences graves sur le fonc­tion­ne­ment du cer­veau, même si des désac­cords per­sistent dans le monde scien­ti­fique sur leur im­pact réel.

2. Quelles sont les mesures de pro­tec­tion mises en place dans le rug­by ?

Un pro­to­cole com­mo­tion a été ins­ti­tué en 2012 pour per­mettre au corps mé­di­cal d’exa­mi­ner chaque joueur sus­cep­tible d’avoir su­bi une com­mo­tion cé­ré­brale pen­dant les ren­contres. Trois ques­tion­naires bap­ti­sés HIA (Head In­ju­ry As­sess­ment) et com­pre­nant no­tam­ment des tests de mé­moire et d’équi­libre sont pré­vus. Dans l’im­mé­diat, « HIA 1 », réalisé au bord du ter­rain, doit per­mettre d’au­to­ri­ser ou d’in­ter­dire le re­tour du joueur dans le match. Dans les trois heures qui suivent, « HIA 2 » per­met au mé­de­cin de ré­éva­luer l’exa­men neu­ro­lo­gique mais la gravité de la com­mo­tion ne peut être éta­blie qu’après 48 heures, et deux nuits de re­pos, avec « HIA 3 ».

Ce socle a été ren­for­cé ré­cem­ment par plu­sieurs dis­po­si­tions : de­puis 2017, un joueur sor­ti sur pro­to­cole com­mo­tion a in­ter­dic­tion de re­ve­nir avant 10 mi­nutes de jeu et, en juillet, la Fé­dé­ra­tion fran­çaise (FFR) et la Ligue (LNR) ont an­non­cé que les équipes pro­fes­sion­nelles pour­raient ef­fec­tuer jus­qu’à douze chan­ge­ments par match, contre huit ac­tuel­le­ment, afin de li­mi­ter les bles­sures. L’ar­bitre pour­ra éga­le­ment adres­ser un car­ton bleu à un joueur qui pré­sente un signe évident de com­mo­tion.

3. Pour­quoi y a-t-il mal­gré tout plus de cas graves ?

Les com­mo­tions cé­ré­brales confir­mées ont dou­blé (+92 %) entre 2012-2013 (53) et 20162017 (102). L’at­ten­tion por­tée au phé­no­mène y est pour beau­coup. Mais, dans un sport tou­jours plus exi­geant phy­si­que­ment, avec des ath­lètes de plus en plus mus­clés, la vio­lence des chocs aug­mente lo­gi­que­ment. Le pro­fes­seur Jean Cha­zal es­time in­suf­fi­santes les mesures pro­po­sées par les di­ri­geants fran­çais. « On aug­mente les rem­pla­çants. Est-ce qu’on n’aug­mente pas les risques de bles­sure ? », in­ter­roge le neu­ro­chi­rur­gien de Cler­mont-Fer­rand, qui vient de prendre sa re­traite. En sep­tembre, après une phase fi­nale de Top 14 mar­quée par la vio­lence des chocs, Cha­zal avait dé­jà ti­ré la son­nette d’alarme, di­sant craindre un dé­cès en plein match. « On se rap­proche de la mort sur le ter­rain. J’avais tris­te­ment rai­son », dé­plore-t-il.

4. Les jeunes joueurs sont-ils par­ti­cu­liè­re­ment en dan­ger ?

Les cas les plus mar­quants cette an­née concernent tous des jeunes joueurs : avant Louis Fa­j­frows­ki, dé­cé­dé ven­dre­di à l’âge de 21 ans, le Cler­mon­tois Sa­muel Ezea­la, 18 ans, avait dû être soi­gné au mi­lieu du ter­rain en jan­vier après un choc avec Vi­ri­mi Va­ka­ta­wa, et un joueur de Billom âgé de 17 ans avait été re­trou­vé mort en mai dans son lit au len­de­main d’un match. « En moyenne, le corps n’est com­plè­te­ment ar­ri­vé à ma­tu­ri­té qu’à l’âge de 21 ans. Et puis, la ma­tu­ri­té cé­ré­brale n’est to­ta­le­ment ac­quise qu’à l’âge de 25 ans. Donc, à 21 ans, on a un pro­blème de ma­tu­ri­té phy­sio­lo­gique, même s’ils ont com­men­cé très tôt et sont su­per en­traî­nés », ex­plique Cha­zal, qui a sui­vi Ezea­la.

Les chocs s’in­ten­si­fient dans le rug­by ces der­nières an­nées. Et cer­taines images ont ten­dance à se ba­na­li­ser, comme celle du Sud-Afri­cain Pat Lam­bie (ci-contre), joueur du Ra­cing 92, soi­gné après avoir été vio­lem­ment per­cu­té en 2016, lors d’un match international.

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