GA­BART, UN PRO­FIL DE VAIN­QUEUR

Le Télégramme - Vannes - - LA UNE - Phi­lippe Eliès

En tête de la Route du Rhum, Fran­çois Ga­bart (Ma­cif), pour­sui­vi par Fran­cis Joyon, est at­ten­du à Pointe-à-Pitre, di­manche soir (heure mé­tro­pole). Un re­dou­table com­pé­ti­teur et « un per­son­nage as­sez ma­gique », confient les proches de ce­lui qui est à la fois ma­rin et chef d’en­tre­prise.

Ca­hier Sports,

On connaît le ma­rin, re­dou­table. Qua­si im­bat­table. On ignore presque tout du chef d’en­tre­prise qui gère 33 sa­la­riés dans son écu­rie de course au large. Avant l’ar­ri­vée en Gua­de­loupe, nous sommes al­lés à la ren­contre de celles et ceux qui cô­toient Fran­çois Ga­bart au quo­ti­dien. > L’homme

Sté­pha­nie An­dré, son at­ta­chée de presse, a ren­con­tré Fran­çois Ga­bart en 2010 au dé­part de la Bar­ce­lo­na World Race. A l’époque, la star, c’était Mi­chel Des­joyeaux. « Je me suis re­trou­vée avec Fran­çois que je ne connais­sais pas. Au­cun média ne de­man­dait d’in­ter­view », se sou­vient-elle. Les temps ont chan­gé, l’élève a éga­lé le maître. « C’était très fa­cile de tra­vailler avec Mi­chel Des­joyeaux et c’est éga­le­ment très fa­cile de tra­vailler avec Fran­çois parce que c’est un homme simple. C’est quel­qu’un de sain, de bien­veillant, ajoute Sté­pha­nie An­dré. Fran­çois sème ce qu’il ré­colte, je pense que c’est un homme qui aime pro­fon­dé­ment la vie, il aime les gens. Il prend les choses telles qu’elles s’offrent à lui. Il a un ins­tinct, une sorte d’in­tel­li­gence ani­male. Une in­tel­li­gence prag­ma­tique dans l’ana­lyse des choses. Tout ce­la en fait un per­son­nage as­sez ma­gique ». Vain­queur de la Tran­sat Jacques Vabre 2015 à bord du tri­ma­ran Ma­cif, Pas­cal Bi­de­gor­ry se dit, lui, im­pres­sion­né par « l’in­tel­li­gence de l’homme. Il est brillant, pige tout vite et a tou­jours un coup d’avance dans sa tête ».

> Le ma­rin

A Bar­ce­lone, la veille du dé­part du tour du monde en double 2010, Des­joyeaux avait dit ce­ci à pro­pos de son équi­pier : « Il m’énerve tel­le­ment, il est par­fait. Rien, je n’ai rien à re­dire. En mer, il pige tout vite. A terre, il est po­li, bien éle­vé ».

Sur l’eau, Fran­çois Ga­bart est ef­fec­ti­ve­ment un ma­rin heu­reux. L’an­née sab­ba­tique pas­sée en fa­mille, alors qu’il n’avait que 6 ans, l’a trans­for­mé : « Fran­çois a cette fa­cul­té d’être heu­reux quand il est sur l’eau, qu’il ré­gate ou pas d’ailleurs, ajoute Bi­dé­gor­ry. J’ai na­vi­gué avec pas mal de types et j’en connais un pa­quet qui sont contents lors­qu’ils gagnent des courses, c’est mon cas. Qu’il y ait bas­ton, qu’il fasse froid, Fran­çois a la ba­nane, il est tou­jours content. Oui, il est heu­reux de mettre son cul sur un truc qui flotte ». Mais qu’on ne s’y trompe pas, le skip­per né le 23 mars 1983 à Saint-Mi­chel d’Entraygues (Cha­rente), est sur­tout un re­dou­table com­pé­ti­teur, qui adore mettre au point et ex­ploi­ter sa ma­chine : « Il est concen­tré à la de­mi-se­conde sur ce qui se passe sur le ba­teau, il vit très bien l’ins­tant pré­sent. Dans nos vies, on a ten­dance à tout vou­loir or­ga­ni­ser, à tout gé­rer et on passe sou­vent à cô­té des choses. Fran­çois, lui, ar­rive à jouir de tous les ins­tants pré­sents, c’est pour ça qu’il a tou­jours la pêche ».

> Le pa­tron

Le vain­queur du Ven­dée Globe 2011-2012 est au­jourd’hui un chef d’en­tre­prise. In­gé­nieur de for­ma­tion, il gère son écu­rie de course au large, Mer Concept, qui compte 33 sa­la­riés, ce qui en fait l’une des plus grosses équipes de la voile tri­co­lore avec Banque Po­pu­laire et Gi­ta­na.

« Fran­çois donne toute sa confiance aux gens qui l’en­tourent mais il faut en prendre soin et ne pas la cas­ser, ex­plique Tho­mas Nor­mand, di­rec­teur gé­né­ral de Mer Concept de­puis six mois. Ja­mais il n’élève la voix. Fran­çois n’est pas san­guin, il n’a pas be­soin de mon­ter dans les tours pour se faire en­tendre parce que c’est un lea­der na­tu­rel. Mais c’est quel­qu’un de très exi­geant et il ne lâche rien ».

« Qu’il y ait bas­ton, qu’il fasse froid, Fran­çois a la ba­nane, il est tou­jours content. Oui, il est heu­reux de mettre son cul sur un truc qui flotte. »

Pas­cal Bi­de­gor­ry, vain­queur de la Tran­sat Jacques Vabre 2015 à bord du tri­ma­ran Ma­cif.

Des­joyeaux : « Il m’énerve tel­le­ment, il est par­fait. Rien, je n’ai rien à re­dire. En mer, il pige tout vite. A terre, il est po­li, bien éle­vé. »

> La pé­pite

Ven­dée Globe 2012, Route du Rhum 2014 en Imo­ca, Tran­sat Jacques Vabre 2015, Tran­sat an­glaise 2016, re­cord au­tour du monde en so­li­taire… Ga­bart ne laisse que des miettes à ses ad­ver­saires. Son spon­sor, la Ma­cif, lui donne les moyens de bien faire. Elle injecte dans le pro­jet 5,5 mil­lions d’eu­ros HT par an. Son maxi-tri­ma­ran a coû­té 10 mil­lions d’eu­ros. La construc­tion d’un deuxième mul­ti­coque a dé­jà été an­non­cée avec une mise à l’eau pré­vue en 2020. Coût es­ti­mé : 14 mil­lions d’eu­ros.

Fran­çois Ga­bart est une pé­pite que la Ma­cif dor­lote. De­puis neuf ans, il trans­forme tout ce qu’il gagne en or. « On ne se lasse pas de ga­gner avec lui, avoue Jean-Ber­nard Le Bou­cher, di­rec­teur des ac­ti­vi­tés mer chez Ma­cif. C’est un homme de convic­tion qui marche à l’en­vie. Il ne laisse rien au ha­sard. Il est très dé­ter­mi­né et a une vi­sion claire des choses ».

Le Bou­cher :

« On ne se lasse pas de ga­gner avec lui. »

Le re­cord en so­li­taire au­tour du monde au­rait rap­por­té 21 mil­lions d’eu­ros en équi­valent achats pu­bli­ci­tés. « Et 60 % des re­tom­bées presse du Groupe Ma­cif pro­viennent de la course au large. Oui, Fran­çois Ga­bart est un su­per am­bas­sa­deur ».

».Pho­to Alexis Cour­coux

Pas­cal Bi­de­gor­ry : « A terre comme en mer, Fran­çois ar­rive à jouir de tous les ins­tants pré­sents, c’est pour ça qu’il a tou­jours la pêche

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