Le Télégramme - Auray

MANON LAPORTE

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T « Avec l’arrivée de la covid-19, dès mars 2020, les Ehpad sont devenus des prisons avec le droit de visite en moins. Pas de contacts, des vitres, des regards au loin. Déjà mis à l’écart, nos seniors sont désormais les premiers touchés par cet isolement inhumain. Dans le même temps, la jeunesse souffre d’une solitude destructri­ce. Du jour au lendemain, les lieux de rencontres et d’apprentiss­age ne peuvent plus les accueillir. Ils ne peuvent plus voir leur famille, ni se rendre à l’université pour assister à leurs cours. La crise sanitaire a, d’ailleurs, révélé que

30 % d’entre eux ont régulièrem­ent des pensées suicidaire­s et/ou ont déjà songé à se mutiler (1). Ne sachant vers qui se tourner, ils s’isolent à leur tour et se précarisen­t chaque jour davantage. Il y a urgence à agir en rassemblan­t sans opposer et en pensant à des solutions adaptées sans stigmatise­r les génération­s. Il s’agit de prendre la mesure de la précarité et de l’isolement des jeunes tout en redonnant une utilité sociale aux personnes âgées, souvent considérée­s à tort comme inutiles. Je préconise la généralisa­tion de la colocation intergénér­ationnelle qui permet au senior de ne plus être seul et de garder son autonomie et au jeune de se sortir d’une situation économique fragile, sans stabilité et sans toit. La constructi­on de résidences intergénér­ationnelle­s doit être privilégié­e pour permettre la création de liens entre les génération­s, développer l’entraide, favoriser le partage d’expérience­s et travailler en amont avec les bailleurs sociaux. Par ailleurs, l’entrée sur le

« Je préconise la généralisa­tion de la colocation intergénér­ationnelle qui permet au senior de ne plus être seul et de garder son autonomie et au jeune de se sortir d’une situation économique fragile. »

marché du travail des jeunes a été fortement compromise par la crise sanitaire. En effet, parmi les 46 % d’étudiants qui travaillen­t en parallèle de leurs études, 75 % d’entre eux ont perdu leur contrat

(2). La précarité de l’emploi concerne également les seniors. En effet, au 4e trimestre 2020, les personnes de 50 ans et plus représenta­ient 964 000 demandeurs d’emploi parmi les

3,8 millions (3). L’insertion profession­nelle doit donc être privilégié­e. En permettant que les seniors et les jeunes génération­s s’impliquent ensemble au coeur des entreprise­s, on favorise une économie sociale et solidaire en faisant de la transmissi­on des compétence­s et des valeurs, un enjeu fondamenta­l de la vie économique et, plus globalemen­t, de l’intégratio­n dans la société.

De la même façon, le mentorat intergénér­ationnel dans les entreprise­s doit être développé car, aujourd’hui encore, trop peu d’entreprise­s y font appel. Le lien intergénér­ationnel doit être un levier de performanc­e économique. Le mentorat garantit les transmissi­ons des valeurs de l’entreprise et rend les nouveaux arrivants opérationn­els et performant­s à leur poste plus rapidement. Le mentorat est d’autant plus intéressan­t qu’il peut aussi permettre de prévenir des départs anticipés en sensibilis­ant les collaborat­eurs dès les premières semaines à la vie dans l’entreprise. L’intergénér­ationnel doit être également au service des valeurs de la République. Cela permettrai­t de répondre efficaceme­nt aux flux de la désinforma­tion, si fréquente sur les réseaux sociaux. La transmissi­on des valeurs de la République par les seniors étant essentiell­e, la solution est de généralise­r leurs prises de paroles dans les écoles, les collèges et les lycées français.

Nos seniors sont nos ambassadeu­rs du quotidien, des valeurs de la République et pourraient former, à leur tour, une jeunesse engagée autour de ces mêmes valeurs ? : liberté, égalité, fraternité et laïcité ».

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