Le Télégramme - Auray

La force Barkhane privée de son plus fort soutien

- Patrick Forestier

T L’étrange mort le jour de sa réélection du président Deby, officielle­ment tué au combat face à une colonne de pick-ups rebelles venue de Libye, risque de priver à moyen terme l’opération Barkhane du soutien des forces tchadienne­s pour combattre les groupes armés terroriste­s. Elles pourraient être rapatriées au Tchad, pour renforcer le combat contre les rebelles qui vont essayer de pousser leur avantage en lançant d’autres rezzous comme en 2006 et surtout en 2008, où le soldat Déby a été sauvé de justesse dans son palais grâce aux tirs d’hélicoptèr­es français. En 2019, ce sont deux Mirage 2000 qui ont décimé une colonne rebelle qui s’approchait de N’Djamena. Depuis la semaine dernière, drones et avions français de reconnaiss­ance fournissen­t « seulement » des renseignem­ents sur les positions rebelles dans le désert sans, a priori, intervenir, Paris craignant d’être accusé par l’opinion africaine et l’opposition tchadienne de sauver le maréchal Déby, le jour de sa réélection au bout de trente ans de règne.

La France dans une position très délicate

Après la mort du chef, qui a tétanisé la population, la révolte risque de gronder bientôt au sein des différente­s régions et ethnies du pays. Chef de guerre courageux, Idriss avait la main lourde sur ses opposants et une population très pauvre qui n’a jamais bénéficié de la manne pétrolière, aujourd’hui tarie.

Le Sud chrétien n’a jamais admis d’être gouverné par les nomades du Nord ou de l’Est, qui ont pris le pouvoir après des coups d’État successifs. C’est désormais au sein des Zaghawas, l’ethnie du Président défunt, et de leur allié Goranes, qu’une rébellion armée tente de renverser le régime, plaçant la France dans une position très délicate.

Contestée au Sahel, sa présence militaire risque, comme en 2019, après le bombardeme­nt des Mirage, de l’être ouvertemen­t au Tchad, maintenant que Déby est mort. Un de ses fils, général quatre étoiles à 37 ans, commandant la garde présidenti­elle, a été désigné chef d’État par intérim par un conseil militaire qui a promulgué « une charte de transition », dissout le gouverneme­nt et l’Assemblée nationale en annonçant des élections dans dix-huit mois. Barkhane et son état-major établi à N’Djamena se retrouve, du jour au lendemain, allié d’une junte sur la défensive, qui n’a pas la légitimité du président défunt, qui était déjà très contesté, sinon haï, sans que le gouverneme­nt français en tienne compte.

Du coup, les autorités françaises risquent d’être accusées par la population de soutenir la dynastie Déby et les militaires tchadiens désormais au pouvoir, plus enclins à renforcer leurs effectifs pour le garder en cas d ‘émeutes, plutôt que disperser ses troupes à l’extérieur du pays pour mener une guerre contre le terrorisme qui n’est peut-être plus leur priorité.

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