Le Télégramme - Auray

Elle puise ses succès dans notre quotidien

Agnès Martin-Lugand, la romancière malouine à succès, sonde les coeurs de ses contempora­ins pour en faire des personnage­s touchants et attachants. Son neuvième roman, « La Datcha », sorti en mars, en est un nouvel exemple.

- Philippe Delacotte

« Un jour, j’aimerais bien raconter des histoires. » Cette pensée trottait dans la tête de l’étudiante rennaise puis parisienne, qui s’attelait alors à son mémoire de maîtrise débouchant sur un DESS de psychologi­e. Mais, avant d’arpenter les chemins de la littératur­e, la jeune diplômée a sillonné les sentiers mouillés de Normandie pour exercer son métier dans la protection de l’enfance.

Premier livre, premier succès

La maternité a sonné le réveil du désir enfoui d’écriture. « Mon superviseu­r de mémoire m’avait dit que j’étais faite pour écrire. C’était resté dans un coin de ma tête. » La jeune maman n’a pas dû chercher bien loin l’inspiratio­n pour son premier roman, « Les gens heureux lisent et boivent du café ». « C’est une scène de la vie quotidienn­e qui m’a amenée à écrire. J’ai pensé en regardant ma famille : " Qu’est-ce que je deviens si je les perds ? ". Je me suis dit que c’était peut-être cette histoire que je devais raconter. »

Bingo ! Paru en décembre 2012 en auto-édition, le roman cartonne sur Amazon : 3 000 livres vendus en trois semaines ! L’éditeur Michel Lafon repère ce succès naissant. Elle doit retravaill­er son manuscrit. Un mois et demi après sa parution, le livre se vend dans 18 pays. Aujourd’hui, on le trouve dans 35 pays !

Derrière l’écrivain la psychologu­e

Les raisons du succès ? D’abord raconter des histoires qui se nourrissen­t de thèmes forts : résilience, amour, amitié, deuil, abandon, choix de vie… « Les lecteurs s’attachent à mes personnage­s et se reconnaiss­ent à travers eux, ajoute l’auteure. Ils sentent passer des émotions. Et puis, il y a le bouche-à-oreille ». Agnès Martin-Lugand ancre son récit dans des tranches de vie du quotidien. « Souvent, les personnage­s arrivent avant l’histoire, relève la romancière. J’écris à la première personne. J’ai besoin de me fondre dans le personnage. L’amener à aller vers le mieux. Examiner ce qui se passe à l’intérieur. C’est sans doute lié à mon premier métier. »

sans musique, pas d’écriture

Un livre chaque année : Agnès Martin-Lugand est un métronome. « C’est mon rythme. Quand un livre est terminé, l’écriture me manque, avoue la Malouine. Avant, je commençais à écrire à 5 h 30. Depuis deux ans, je débute à 9 h et je peux ressortir de mon bureau à 2 h du matin ! Il faut se secouer au départ et se laisser porter. Moi, je suis un diesel. Il faut se laisser envahir par ses personnage­s, l’histoire, l’atmosphère. Quand j’écris, j’écoute de la musique. De tout : tsigane, jazz, Sacha Distel, Placebo, Florence and the Machine… Chaque scène du livre est associée à un morceau. Sans musique, je n’écris pas ».

Le privilège du mari

Aujourd’hui, Agnès Martin-Lugand souffre. Elle est en manque de ses lecteurs. Le virtuel ne remplace pas le contact direct. « Vous savez, sans le lecteur, il n’y a pas d’auteur. On n’est rien. Ils me nourrissen­t », confesse la romancière dont l’écriture séduit aussi bien les femmes que les hommes. De tous milieux, de 15 à 97 ans.

Agnès Martin-Lugand est une femme fidèle. Elle se souvient que les éditions Michel Lafon lui avaient fait confiance à ses débuts et tient à cette relation. « Mais ils ne savent jamais ce que je leur propose comme roman. » En fait, un seul a le privilège de découvrir en avant-première le fruit de son travail : Guillaume, son mari et premier lecteur.

« C’est une scène de la vie quotidienn­e qui m’a amenée à écrire. J’ai pensé en regardant ma famille : " Qu’est-ce que je deviens si je les perds ? ". Je me suis dit que c’était peut-être cette histoire que je devais raconter. »

 ?? Photo Philippe Delacotte ?? « Les lecteurs s’attachent à mes personnage­s et se reconnaiss­ent à travers eux. Ils sentent passer des émotions », confie Agnès Martin-Lugand, la romancière aux trois millions et demi de livres vendus.
Photo Philippe Delacotte « Les lecteurs s’attachent à mes personnage­s et se reconnaiss­ent à travers eux. Ils sentent passer des émotions », confie Agnès Martin-Lugand, la romancière aux trois millions et demi de livres vendus.

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