Le Télégramme - Auray

Fonderie de Bretagne : les Forges en héritage

- Céline Le Strat

Ce mercredi, la CGT de la Fonderie de Bretagne a rendez-vous au ministère de l’Économie pour défendre la viabilité de l’usine de Caudan. Un combat qui rappelle forcément celui des Forges d’Inzinzac-Lochrist. Le Télégramme a réuni trois figures des mouvements successifs : Eugène Crépeau, Gérard Perron et Maël Le Goff.

T Le 23 mars 2021, la CGT de la Fonderie de Bretagne réunissait 1 000 personnes sur le parking de l’usine pour dénoncer la « trahison de Renault ». Dans la foule, des fondeurs, des syndicalis­tes, des amis et Eugène Crépeau, 100 ans passés, communiste, maire d’Hennebont de 1959 à 1979 : « Je me suis dit : Je suis un ancien qui a vécu les forges, c’est pas mal d’être là », justifie le centenaire. « Cela nous a beaucoup touchés », lui confie Maël Le Goff, secrétaire CGT de la Fonderie de Bretagne. L’histoire de l’ex-SBFM est indissocia­ble de celle des Forges (1860-1966). Pendant des années, tout un territoire s’est mobilisé pour leur maintien. Eugène Crépeau se souvient : « 25 000 personnes ont défilé entre Inzinzac-Lochrist et Lorient, les tracteurs en tête. Tous les commerces étaient fermés ». « Eugène avait pris la parole devant la foule au balcon de la mairie de Lorient, c’était un peu la place rouge », poursuit Gérard Perron, maire communiste d’Hennebont de 1997 à 2014, et à l’époque déjà, jeune manifestan­t.

L’esprit des Forges

Voilà qui fait rêver Maël Le Goff, sur le front depuis plusieurs mois pour sauver l’usine de Caudan. « Bien sûr que j’aimerais une lutte à 25 000 personnes mais le contexte est différent », nuance-t-il. « Aux Forges, il y avait encore 1 300 personnes à travailler ( jusqu’à 3 000 en 1936, NDLR). Toute la population était consciente du désastre en cas de fermeture », expose Eugène Crépeau. La mobilisati­on n’aura pas empêché la fermeture, « mais les forges n’ont pas tout perdu. Nous avons obtenu la création de la zone de Kerpont et le ministre de l’Industrie a imposé à la régie de Renault de s’implanter ». Près de 300 ouvriers des Forges sont repris à la SBFM. Parmi eux, le grand-père de Maël Le Goff, troisième génération de fondeurs. Que reste-t-il des Forges ? « L’esprit », pense Eugène Crépeau. « Ce qui était paradoxal avec les Forges, c’est que c’était très dur. Il y avait des accidents tous les jours, des morts et, pourtant, ils étaient attachés à leur usine », rapporte Gérard Perron, fils d’ouvrier des Forges.

2009, un exemple

C’est avec ce même attachemen­t à l’histoire et à l’emploi que Gérard Perron s’est battu aux côtés des salariés de la SBFM pour retrouver Renault en 2009. « Jo Kerguéris, président du conseil général, m’avait dit : T’étais bien le seul à y croire ici ». En 2021, il est encore convaincu que la mobilisati­on peut faire plier le groupe au losange. « En 2009, on avait l’impression que c’était une production du XIXe siècle et qu’il n’était peut-être pas nécessaire de se battre. Cette fois-ci, il y a eu une prise de conscience rapide, des ouvriers mais aussi de l’opinion publique. 8,3 M€ ont été investis par les pouvoirs publics, cette usine, elle est pratiqueme­nt à nous », clame Gérard Perron. Les trois génération­s réunies s’apprécient. Maël Le Goff, 43 ans, observe, prend des conseils, Gérard Perron et Eugène Crépeau suivent avec fierté, « un militant conscienci­eux au service des autres, un héritier des forges ». C’est aussi pour cet héritage que Maël Le Goff est à la lutte. « Une bataille n’est jamais perdue, sauf si on ne la mène pas. Nos grands-pères étaient les 300 premiers, nous ne voulons pas être les 300 derniers ».

Une histoire mouvementé­e...

 ?? François Destoc/Le Télégramme ?? Le Télégramme a réuni Maël Le Goff, leader CGT de la Fonderie de Bretagne, Gérard Perron, maire communiste d’Hennebont de 1997 à 2014, et Eugène Crépeau, maire communiste d’Hennebont de 1959 à 1979. Tous ont un lien avec les Forges d’Inzinzac-Lochrist.
François Destoc/Le Télégramme Le Télégramme a réuni Maël Le Goff, leader CGT de la Fonderie de Bretagne, Gérard Perron, maire communiste d’Hennebont de 1997 à 2014, et Eugène Crépeau, maire communiste d’Hennebont de 1959 à 1979. Tous ont un lien avec les Forges d’Inzinzac-Lochrist.

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