Le Télégramme - Auray

Hydrogène : le pari à 7 M€ de Lorient Agglo

- Régis Nescop

Lorient Agglo se rêve en vitrine de la transition écologique. La collectivi­té entame la conversion de sa flotte des navires en investissa­nt 7 M€ dans l’hydrogène.

Une première pierre dans la constituti­on d’une filière pilote en Bretagne Sud qui n’a pas convaincu l’opposition. 1

Le pari de l’hydrogène

Champion de l’hydrogène ! « Lorient Agglo doit être un pôle de référence dans les années à venir en constituan­t une filière dédiée », affirme Fabrice Loher, qui a déjà maintes fois dit son intérêt pour cette technologi­e écologique. L’agglo ne va pas supprimer du jour au lendemain le recours au carburant fossile. La collectivi­té va, néanmoins, donner un coup d’accélérate­ur à la transition écologique pour ses navires de la rade. La flotte actuelle, composée de cinq unités, est vieillissa­nte. Ce mode de transport est pourtant très largement plébiscité. La fréquentat­ion est passée de 350 000 voyages en 1995 à 900 000 en 2019.

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Deux millions d’euros pour le batobus électrique

« Attention, prévient Fabrice Loher, notre politique ne se résumera pas à une seule énergie. Ce sera de l’hydrogène ou du gaz naturel compressé car le calendrier (2023) est serré ». Cette analyse vaut surtout pour la remotorisa­tion (rétrofit) de l’Ar Vag Tredan, en arrêt technique depuis l’été 2019. L’accident industriel - disons les choses - du batobus électrique est un précédent fâcheux. En substance, la collectivi­té ne veut pas essuyer, à nouveau, les plâtres d’une technologi­e mal maîtrisée. Deux millions d’euros vont être injectés dans cette transforma­tion, avec l’ambition d’en tirer plusieurs bénéfices. Dont une meilleure autonomie et une exploitati­on plus polyvalent­e.

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Un navire à hydrogène à 5 M€

La conversion à une énergie plus verte va conduire l’agglo à construire un nouveau navire à hydrogène qui sera affecté sur les trois lignes régulières. Quand ? Pour l’heure, aucun calendrier n’est posé mais un cahier des charges est en cours d’écriture. En revanche, la question du coût du navire est déjà sur la table : près de 5 M€. Un second navire, doté d’une propulsion identique, est déjà envisagé pour remplacer le Tanguethen, mis en service en 1993. Le choix de ce nouveau mode de propulsion ouvre aussi le débat sur la qualité du service rendu actuelleme­nt. Les dernières acquisitio­ns des navires, pour remédier à la défaillanc­e du batobus électrique, ont fortement, dégradé, de l’avis des passagers, les conditions de traversée. « Des réunions en ce sens ont eu lieu avec le délégatair­e », a informé Maria Colas, en charge des transports.

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« C’est un risque que nous assumons »

Pour l’opposition, cette orientatio­n, juge Damien Girard (Lorient), « est surtout motivée par la captation des subvention­s liées au plan de relance Hydrogène, occultant une réflexion globale. La priorité est de donner l’envie à ses habitants de laisser leur voiture et de monter dans les transports en commun. Ce n’est pas la technologi­e qui les séduira mais bien le service rendu ». Il poursuit : « Quelles sont les assurances de ne pas faire les frais d’une technologi­e non mature ? C’est un pari trop rapide et trop risqué ». Maria Colas réfute toute précipitat­ion. « L’hydrogène est le choix de bien d’autres collectivi­tés. Il n’y a pas plus propre que l’hydrogène ». Et puis, appuie Bruno Paris pour la majorité, « il n’est pas question de rater le coche de cette énergie pour Lorient ». Quant à l’Ar Vag Tredan, « il est impensable de laisser pourrir un bateau qui a coûté 3,70 M€ ». Un autre problème se pose pour Daniel Martin. « Les quais et les pontons seront-ils adaptés à cette nouvelle flotte ? Qui les financera ? Notamment dans la perspectiv­e de l’ouverture d’une quatrième ligne PortLouis-La Pointe vers le Quai des Indes ? » Fabrice Loher a une priorité, « accompagne­r la montée en puissance du trafic passagers dans la rade. Notre défi est aussi de participer à la production d’hydrogène propre. C’est un risque assumé ».

 ?? Photo d’archives Le Télégramme ?? L’Ar vag Tredan, en arrêt technique depuis l’été 2019, est au centre des préoccupat­ions de Lorient Agglo.
Photo d’archives Le Télégramme L’Ar vag Tredan, en arrêt technique depuis l’été 2019, est au centre des préoccupat­ions de Lorient Agglo.

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