Des condi­tions de re­tour qui font re­cu­ler les élus

Le Télégramme - Brest - - LA UNE - Mar­tin Vau­goude

La future loi mo­bi­li­té de­vrait per­mettre aux dé­par­te­ments qui le veulent de re­ve­nir aux 90 km/h sur les routes se­con­daires. Mais si cer­tains élus étaient in­té­res­sés, ils hé­sitent main­te­nant à cause des re­com­man­da­tions du Conseil na­tio­nal de la sé­cu­ri­té rou­tière. Car si ces pré­co­ni­sa­tions ne sont pas ins­crites dans la loi, elles pour­raient tou­te­fois pe­ser de­vant la jus­tice en cas d’ac­ci­dents.

Le re­tour aux 90 km/h sur les routes se­con­daires au­rait-il du plomb dans l’aile ? Face aux freins qui se font jour, les élus lo­caux se montrent de plus en plus fri­leux sur la ques­tion.

La loi mo­bi­li­té, tou­jours en dis­cus­sion au Par­le­ment, de­vrait au­to­ri­ser les dé­par­te­ments qui le sou­haitent à dé­ro­ger à la li­mi­ta­tion de vi­tesse à 80 km/h. Cet as­sou­plis­se­ment se veut l’une des ré­ponses à la crise des gi­lets jaunes. Sauf que le re­tour aux 90 km/ h pour­rait avoir moins d’am­pleur qu’ini­tia­le­ment es­comp­té.

La faute aux pré­co­ni­sa­tions faites par le Conseil na­tio­nal de la sé­cu­ri­té rou­tière pour sa mise en place : des tron­çons d’au moins dix ki­lo­mètres, sans tra­ver­sée de ha­meau, sans ar­rêt de car en bord de route et sans vé­hi­cule agri­cole. Un sa­cré casse-tête en zone ru­rale ! Le se­cré­taire d’État aux Trans­ports, Jean-Bap­tiste Dje­bar­ri, a beau cer­ti­fier que « les pré­co­ni­sa­tions ne sont pas liantes et ne sont pas ins­crites dans la loi », de plus en plus d’élus lo­caux doutent. Car ils craignent d’être at­ta­qué en jus­tice s’ils font fi de ces re­com­man­da­tions.

« Une res­pon­sa­bi­li­té que je ne re­pren­drai pas »

En mai der­nier, le pré­sident du conseil dé­par­te­men­tal du Mor­bi­han, Fran­çois Gou­lard, n’était pas fer­mé à exer­cer un pou­voir de mo­du­la­tion. Ce n’est plus le cas dé­sor­mais. « Je me vois as­sez mal re­mettre une sec­tion à 90 km/h et avoir un ac­ci­dent mor­tel dans les se­maines qui suivent », a-t-il dé­cla­ré fin sep­tembre au mi­cro d’Eu­rope 1. « Je pense que ceux qui fe­ront ce­la se­ront as­sez gê­nés. Plus la vi­tesse est éle­vée, plus les ac­ci­dents sont graves. C’est une res­pon­sa­bi­li­té que je ne re­pren­drai pas à titre per­son­nel ». Le risque ju­ri­dique n’est pas le seul frein au re­tour des 90 km/h. L’autre écueil ma­jeur est le coût de l’opé­ra­tion (la règle gé­né­rale res­tant la li­mi­ta­tion à 80 km/h, il fau­dra bien ré­ins­tal­ler des pan­neaux de li­mi­ta­tion à 90 km/h sur les por­tions re­te­nues). Sans ou­blier les pro­blèmes d’har­mo­ni­sa­tion quand une route tra­verse plu­sieurs dé­par­te­ments…

« S’il le faut, on ira en jus­tice ! »

Ré­sul­tat, seuls les plus mo­ti­vés de­vraient se lan­cer dans l’opé­ra­tion. Le pré­sident LR du conseil dé­par­te­men­tal du Can­tal, Bru­no Faure, est de ceux-là. « S’il le faut, on ira en jus­tice ! Et il fau­dra alors dé­mon­trer que la vi­tesse a été la cause de l’ac­ci­dent », a-t-il lan­cé crâ­ne­ment à nos confrères du Fi­ga­ro. Comme lui, une tren­taine de pré­si­dents de dé­par­te­ment, se­lon les der­niers dé­comptes, ont l’in­ten­tion d’al­ler au bout. Au­cun Bre­ton ne fi­gure par­mi eux.

Fran­çois Des­toc

Le re­tour aux 90 km/h sur les routes se­con­daires pour­rait avoir moins d’am­pleur qu’ini­tia­le­ment es­comp­té.Pho­to

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