Le Ja­pon, terre d’exil pour les dif­fu­seurs de haine 2.0

Bo­ris Le Lay in­carne cette cy­ber-vio­lence que veut contrer la pro­po­si­tion de loi na­tio­nale. Ori­gi­naire du Sud-Fi­nis­tère, il s’est exi­lé au Ja­pon, comme d’autres iden­ti­taires ou su­pré­ma­cistes blancs. Pour­quoi au Ja­pon ? Re­por­tage.

Le Télégramme - Carhaix - - LE FAIT DU JOUR - Agnès Re­don

De notre correspondante au Ja­pon. Deux four­gons noirs sur­mon­tés de haut-par­leurs crachent une musique mi­li­taire, ce ma­tin d’hi­ver, dans une pe­tite rue de Shin-Oku­bo, le quar­tier co­réen de To­kyo. Sou­dain, une voix na­sillarde vo­ci­fère : « Co­réens ! Re­tour­nez d’où vous ve­nez ! ». Dans un pays gan­gre­né par le na­tio­na­lisme, le dis­cours de haine de ces grou­pus­cules ul­tra­na­tio­na­listes, proches du gou­ver­ne­ment ac­tuel, ne sur­prend pas les pas­sants. L’im­mi­gra­tion reste un su­jet sen­sible et l’extrême droite, nos­tal­gique du pas­sé mi­li­taire de la Se­conde Guerre mon­diale, conti­nue de se nour­rir des ten­sions avec la Chine et la Co­rée du Sud.

Seul le droit du sang s’ap­plique

Cette af­fir­ma­tion iden­ti­taire nip­pone n’est pas sans sus­ci­ter l’ad­mi­ra­tion de cer­tains Fran­çais, en exil au Ja­pon. Bo­ris Le Lay en fait par­tie. Il n’est pas le seul. « Les Ja­po­nais ne se sou­mettent pas de­vant l’étran­ger. Contrai­re­ment aux Fran­çais, ils re­ven­diquent une iden­ti­té na­tio­nale forte, avec un pro­fond res­pect pour l’empereur, leur sou­ve­rain et leur pa­trie », tente de jus­ti­fier Jonathan Mor­te­lec, autre iden­ti­taire exi­lé au Ja­pon qui se po­si­tionne sur l’échi­quier po­li­tique « à droite de la droite ». Il mi­lite pour « le re­tour du roi en France et la pré­ser­va­tion de l’Église ca­tho­lique face aux me­naces des ré­pu­bli­cains et de la phi­lo­so­phie des Lumières ». Ce Fran­çais an­ti­ré­pu­bli­cain de 33 ans, ori­gi­naire de Seine-Saint-De­nis, loue une so­cié­té nip­pone « ho­mo­gène, éloi­gnée de l’is­lam et de l’im­mi­gra­tion ».

Ce­ci avant de re­con­naître qu’en s’exi­lant au Ja­pon, il de­vient lui-même… un mi­grant. Un pa­ra­doxe criant que re­lève Ryô­ma Ta­keu­chi, un mi­li­tant an­ti­ra­ciste fran­co-ja­po­nais : « Cer­tains veulent ve­nir au Ja­pon, loin des gens de cou­leur qu’ils mé­prisent, pour créer une bulle de sé­cu­ri­té qu’ils ima­ginent ba­sée sur l’entre-soi eth­nique alors qu’ils vont eux-mêmes se re­trou­ver en si­tua­tion de mi­no­ri­té ! ». Et le Ja­pon semble être de­ve­nu le calque de tous les fan­tasmes iden­ti­taires, dont l’extrême droite fran­çaise aime aus­si chan­ter les louanges. Cer­tains exi­lés font no­tam­ment la cor­ré­la­tion entre le haut ni­veau de sé­cu­ri­té du pays, une im­mi­gra­tion très faible, l’ho­mo­gé­néi­té pré­sup­po­sée de la po­pu­la­tion et l’ab­sence de droit du sol. Au Ja­pon, seul le droit du sang s’ap­plique. Des points qui sé­duisent les ex­tré­mistes même si le pays peut connaître une ou­ver­ture pro­gres­sive à l’im­mi­gra­tion. La pé­nu­rie de main-d’oeuvre liée à la chute dé­mo­gra­phique de la po­pu­la­tion ja­po­naise est une réa­li­té et en­gendre un be­soin de tra­vailleurs étran­gers.

Pas de quoi re­froi­dir les fan­tasmes des ex­tré­mistes fran­çais exi­lés, qui y voient « une im­mi­gra­tion en­core contrô­lée ». Bo­ris Le Lay y coule-t-il en­core des jours pai­sibles ? In­ter­ro­gée, l’am­bas­sade de France au Ja­pon se contente de ré­pondre qu’elle ne donne pas d’in­for­ma­tions sur les res­sor­tis­sants fran­çais.

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