« Il au­rait été ins­pi­ré par les gi­lets jaunes »

Le Télégramme - Carhaix - - BRETAGNE - Gwen Ras­toll

En cette fin avril 2019, Gérard Ou­ry au­rait fê­té ses 100 ans. Le réa­li­sa­teur de la Grande Va­drouille, du Cor­niaud ou des Aven­tures de Rab­bi Ja­cob mé­ri­tait bien un livre hom­mage, écrit par sa fille, Da­nièle Thomp­son, avec la com­pli­ci­té du jour­na­liste Jean-Pierre La­voi­gnat. Da­nièle Thomp­son, que le pu­blic de Qui­be­ron (56) re­trou­ve­ra ce diman­che pour une pro­jec­tion­ren­contre.

> Pour­quoi ce livre ? Pour­quoi main­te­nant ?

L’idée d’écrire un livre sur mon père est ve­nue des édi­tions de La Mar­ti­nière. Il a fal­lu deux ans de ré­flexion, d’échanges et de tra­vail avec Jean-Pierre La­voi­gnat pour par­ve­nir à l’écrire. Il sort le 16 mai pro­chain mais il se­ra pré­sen­té ce wee­kend à Qui­be­ron… C’est un livre par­lé, pas un ou­vrage lit­té­raire. C’est ce que l’on sou­hai­tait pour évo­quer la vie de mon père. Je vou­lais évo­quer l’homme et l’ar­tiste qu’il était. Je me sou­viens de mon père comme de quel­qu’un de très drôle, de très cul­ti­vé, et, en même temps, de très an­gois­sé par son tra­vail.

> Vous y évo­quez vos sou­ve­nirs, cette re­la­tion fu­sion­nelle et vos propres dé­buts dans le cinéma, pro­pul­sée dans l’écri­ture du Cor­niaud ou de La Grande Va­drouille…

Mon père avait cette force de récupération. Moi, je me di­ri­geais vers des études de droit et d’his­toire de l’art… J’au­rais sans doute tra­vaillé dans un mu­sée. J’aimais lire, écrire… J’avais été bercé dans une fa­mille qui était une sorte de rou­lotte de co­mé­diens. Je connais­sais une vie de bo­hème dé­li­cieuse. Mais je n’avais en­core rien pro­duit. Mal­gré tout, mon père pen­sait que j’étais prête. L’idée était sans doute aus­si de me faire re­ve­nir en France, car je vi­vais alors aux États-Unis. J’ai été sou­dai­ne­ment pro­pul­sée dans quelque chose de très in­time mais j’ai eu la sa­gesse de com­prendre que j’avais tout à ap­prendre de ce mé­tier qui me pas­sion­nait. Je me suis donc retrouvée au mi­lieu d’une pièce, dans la fu­mée de ci­ga­rettes, à ap­por­ter mon point de vue de jeune femme - j’avais alors 22 ans sur l’écri­ture de ce qui est res­té très long­temps (pen­dant trente ans) le plus grand suc­cès sur le ter­ri­toire fran­çais.

> Avec des ré­pliques cultes, que se trans­mettent des gé­né­ra­tions de ci­né­philes. L’alchimie Ou­ryDe Fu­nès-Bour­vil a-t-elle ja­mais été éga­lée ?

Mon père a re­trou­vé cette mer­veilleuse com­pli­ci­té avec Jean-Paul Bel­mon­do, avec d’autres… Mais cette re­la­tion était vrai­ment par­ti­cu­lière. Une vraie co­mé­die, c’est un art ci­né­ma­to­gra­phique. C’est tou­jours très dif­fi­cile d’avoir la vision de ce qui va faire rire les gens. Mais avec ce trio, ce­la fonc­tion­nait tel­le­ment bien qu’on ne se po­sait pas de ques­tions. Cette com­pli­ci­té in­croyable était née sur le Cor­niaud. Et elle au­rait pu durer de nom­breuses an­nées.

> Était-ce le plus grand re­gret de votre père de ne pas avoir re­cons­ti­tué le trio pour la Folie des gran­deurs ?

Pour la Folie des gran­deurs, on avait re­fu­sé d’ad­mettre que Bour­vil était ma­lade, qu’il ne nous re­join­drait pas. Nous avions mis la pro­duc­tion en dan­ger car nous avions conti­nué en l’ima­gi­nant avec Bour­vil. L’idée de Mon­tand a fi­na­le­ment sau­vé le film, et on a conti­nué à tra­vailler, avec l’ombre de notre ami. C’était un tour­nage entre rires et larmes.

> Pen­sez-vous qu’un film comme Rab­bi Ja­cob pour­rait se faire au­jourd’hui, dans le contexte que l’on connaît ?

Je ne sais pas si ce film pour­rait se tour­ner de nos jours et avoir un tel suc­cès. Il y avait une telle lé­gè­re­té, une telle dé­sin­vol­ture… Même s’il faut tout de même se rap­pe­ler le contexte, qui n’était pas beau­coup plus fa­vo­rable. On sor­tait de la guerre du Kip­pour. Rab­bi Ja­cob est un film an­cré dans la réa­li­té de l’époque. Mais pour faire ce film, il fal­lait de l’au­dace…

> Il en fau­dra pour faire la suite, Rab­bi Jac­que­line ? Est-ce tou­jours d’ac­tua­li­té ?

Je ne sais pas si ce­la va se faire… Ce­la dé­pend un peu de l’écri­ture, si on trouve le ton. Ce n’est sur­tout pas un re­make, c’est une suite, 40 ans après, avec les en­fants des hé­ros. Ce n’est pas aban­don­né, on conti­nue à y tra­vailler avec le des­si­na­teur Jul.

> Quel film fe­rait Gérard Ou­ry en 2019 ?

Je crois qu’il en fe­rait un au­tour des gi­lets jaunes. Oui, je crois qu’il au­rait des choses à ra­con­ter… Même dans ce contexte très lourd.

Pro­jec­tion, diman­che soir, de la Folie des gran­deurs au cinéma Le Pa­ra­dis, à Qui­be­ron, à 20 h 30, en pré­sence de Da­nièle Thomp­son et de Jean-Pierre La­voi­gnat. Le livre « Mon père, l’as des as », aux édi­tions de La Mar­ti­nière, se­ra en vente le 16 mai.

Pho­to DR

Da­nièle Thomp­son et son père Gérard Ou­ry.

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