UNE JOUR­NÉE DÉ­TER­MI­NANTE CE LUN­DI

Le Télégramme - Carhaix - - LA UNE - Hervé Cham­bon­nière

Com­ment se sont dé­rou­lés les dra­ma­tiques évé­ne­ments qui ont conduit à la mort de la fa­mille Troadec, à son do­mi­cile d’Or­vault (44), le 16 février 2017 ? La reconstitution des faits est or­ga­ni­sée ce lun­di, sur place, en pré­sence d’Hubert Caouis­sin, prin­ci­pal sus­pect du qua­druple meurtre.

Le 16 février 2017, Hubert Caouis­sin s’est-il in­tro­duit dans la mai­son de la fa­mille Troadec, à Or­vault (44), pour en éli­mi­ner ses quatre membres ? Ou a-t-il fait face à l’ir­rup­tion de la fa­mille, lors d’une « lutte à mort » quand il a été sur­pris dans son do­mi­cile en pleine nuit ? C’est à ces ques­tions que doit ré­pondre la dé­ter­mi­nante étape de la reconstitution des faits or­ga­ni­sée ce lun­di à Or­vault.

Deux thèses op­po­sées. Le seul ré­cit de la soi­rée du drame, dans la nuit du 16 au 17 février 2017, est ce­lui de l’au­teur pré­su­mé des faits, Hubert Caouis­sin. Il sou­tient être ve­nu à Or­vault pour épier une nou­velle fois la fa­mille de son beau-frère, Pas­cal Troadec. Il cherche à trou­ver la preuve d’un tré­sor fa­mi­lial que les Troadec au­raient ac­ca­pa­ré, et la preuve que la fa­mille cherche à nuire à la sienne parce qu’elle a dé­cou­vert le pot aux roses. Il est équi­pé d’un sté­tho­scope pour ten­ter d’écou­ter à l’in­té­rieur de la mai­son. En vain. La suite ? Il s’in­tro­duit dans la mai­son un peu avant mi­nuit. Un bruit tra­hit sa pré­sence et fait des­cendre le couple « à pas de loup ». Pas­cal Troadec se se­rait alors je­té sur lui, ar­mé d’un pied de biche. S’en suit une « lutte à mort ». Hubert Caouis­sin ra­conte avoir été sai­si par « une ter­reur ab­so­lue », « une peur pa­nique ». Il ar­rache le pied de biche à son beau-frère, le frappe en­core et en­core. Puis frappe son ne­veu qui a ac­cou­ru. Puis sa nièce. Et pour­suit sa belle-soeur, jusque dans la salle de bain où elle s’est ré­fu­giée.

Les par­ties ci­viles, elles, ne croient pas à cette ver­sion qu’elles qua­li­fient de « fan­tai­siste ». Elles es­timent qu’Hubert Caouis­sin a mi­nu­tieu­se­ment pré­pa­ré et per­pé­tré l’éli­mi­na­tion de la fa­mille.

Pour­quoi cette étape est-elle cru­ciale ? La reconstitution est « un acte in­dis­pen­sable quand des di­ver­gences ap­pa­raissent entre la ver­sion de l’au­teur pré­su­mé et les consta­ta­tions tech­niques », ex­plique Me Cé­cile de Oli­vei­ra, avo­cate re­pré­sen­tant les deux soeurs et la mère de Bri­gitte Troadec.

La confron­ta­tion du ré­cit à la réa­li­té des lieux est gé­né­ra­le­ment d’une re­dou­table ef­fi­ca­ci­té et ré­vèle sou­vent ins­tan­ta­né­ment toute in­co­hé­rence. « Nous al­lons vi­sua­li­ser sur le ter­rain, ce qui a pu se pas­ser pour ces quatre per­sonnes qui se sont trou­vées prises dans un piège », es­time Me de Oli­vei­ra.

Hubert Caouis­sin a-t-il pu ap­pro­cher la mai­son et s’y in­tro­duire de la fa­çon qu’il a dé­crite ? Si quatre per­sonnes hurlent dans la mai­son, les cris ne sont-ils pas au­dibles de l’ex­té­rieur, en pleine nuit ?

Pre­miers in­dices : les ex­per­tises psy. Jus­qu’à pré­sent, seules deux ex­per­tises psy­cho­lo­gique et psy­chia­trique ont per­mis d’ap­pré­cier la cré­di­bi­li­té du ré­cit d’Hubert Caouis­sin. Celles-ci semblent cré­di­ter sa ver­sion. Qu’im­porte si le tré­sor, et la me­nace vi­sant son fils et sa fa­mille, aient exis­té ou pas, ont ex­pli­qué les ex­perts : Hubert Caouis­sin en avait la convic­tion ab­so­lue. Les mêmes ex­perts ont par ailleurs conclu que l’au­teur pré­su­mé des faits souf­frait de « pa­ra­noïa dé­li­rante ». Une pa­tho­lo­gie qui au­rait al­té­ré son dis­cer­ne­ment, et qui pour­rait conduire en théo­rie les ju­rés d’une cour d’as­sises à mi­no­rer la peine en­cou­rue (évi­ter la ré­clu­sion cri­mi­nelle à per­pé­tui­té).

Les par­ties ci­viles, elles, sont per­sua­dées qu’Hubert Caouis­sin est un ma­ni­pu­la­teur. Elles ont de­man­dé une contre-ex­per­tise, dont les conclu­sions n’ont pas en­core été ren­dues.

Les en­sei­gne­ments d’une mor­phoa­na­lyse des gouttes de sang. Cette ex­per­tise était at­ten­due de­puis long­temps. Ses conclu­sions sont en­fin ar­ri­vées sur le bu­reau des juges d’ins­truc­tion, il y a près de quatre mois. Cette ex­per­tise très poin­tue des gouttes de sang trou­vées sur une scène de crime per­met de dé­ter­mi­ner qui, où et dans quelle po­si­tion une vic­time a été frap­pée, et avec quelle arme. Dans un corps à corps ? Dans son lit ? Où était pla­cé l’au­teur des faits, et dans quelle po­si­tion ? L’hy­po­thèse d’un Hubert Caouis­sin lut­tant si­mul­ta­né­ment contre trois ou quatre per­sonnes est-elle te­nable ? L’en­chaî­ne­ment des faits dé­crit est-il com­pa­tible avec les consta­ta­tions re­le­vées ?

Des in­co­hé­rences re­le­vées. Se­lon nos in­for­ma­tions, l’ex­per­tise au­rait ré­vé­lé des in­co­hé­rences, qui ont dé­clen­ché des ex­per­tises com­plé­men­taires, tou­jours en cours. La reconstitution des faits pour­rait confir­mer ces in­co­hé­rences et éventuellement les ex­pli­quer. L’in­sou­te­nable scène de crime ra­con­tée pen­dant plus de quatre heures par Hubert Caouis­sin aux en­quê­teurs (près de six de­vant les juges d’ins­truc­tion) de­vrait don­ner lieu à une très longue reconstitution. Celle-ci doit dé­bu­ter à 21 h, en pré­sence d’Hubert Caouis­sin. Elle de­vrait se pour­suivre jusque très tard dans la nuit.

Pho­to ar­chives AFP/Loïc Ve­nance

Ce lun­di soir, une reconstitution du qua­druple meurtre va être réa­li­sée au do­mi­cile des Troadec, à Or­vault.

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