Vio­lences gra­tuites : un an et six mois ferme

Le Télégramme - Carhaix - - QUIMPER. TRIBUNAL - Thier­ry Char­pen­tier

Les deux jeunes hommes in­ter­pel­lés di­manche ma­tin, au Mou­lin-Vert, à la suite d’une vio­lente agres­sion gra­tuite, ont été ju­gés, mar­di, en com­pa­ru­tion im­mé­diate, par le tri­bu­nal de Quim­per. Les dé­bats ont mis en évi­dence qu’ils étaient cou­tu­miers des pe­tits ma­tins blêmes. Ils ont res­pec­ti­ve­ment été con­dam­nés à un an et six mois ferme.

Leur âge ? 20 et 21 ans. Le pro­cu­reur ex­hume plu­sieurs pro­cé­dures dans les­quelles les deux pré­ve­nus ont fait l’ob­jet de plu­sieurs contrôles, sou­vent au pe­tit ma­tin. « Vous traî­nez ré­gu­liè­re­ment en­semble ? », in­ter­roge le ma­gis­trat. « Oui », concèdent les deux amis. Jus­qu’alors, au­cune condam­na­tion à leur ac­tif. Mais les voi­là dans le box, mar­di après-mi­di, un peu éba­his.

« Vas-y, fi­nis-le ! »

Ils en re­mon­traient da­van­tage, di­manche ma­tin, com­plè­te­ment ivres, bou­teille de whis­ky à la main, di­va­guant au Mou­lin-Vert. Il est 9 h. Ils ha­ranguent trois filles qui prennent la poudre d’es­cam­pette. Ar­rive un qua­dra­gé­naire qui boîte. Il souffre d’une scia­tique. Son doc­teur lui a conseillé de marcher un peu. Alors il a dé­ci­dé d’al­ler cher­cher son pain à pied. Les deux fê­tards lui lancent : « Yo Fratre ! ». Il ne re­lève pas, pour­suit son che­min. L’un des deux pré­ve­nus tra­verse la route, lui sai­sit le bras. Le pié­ton le re­pousse. Le jeune homme tombe. Vexé, il se re­lève et lui as­sène un violent coup de poing au vi­sage. Le qua­dra­gé­naire s’écroule. L’agres­seur ap­pelle son co­pain : « Vas-y, fi­nis-le ! ». Leur vic­time se re­lève, tente de fuir. Le pre­mier lui fait une ba­layette. Nou­velle chute. Il par­vient à se re­mettre de­bout et se ré­fu­gie dans la su­pé­rette Proxi, rue du Pon­ti­gou. Les deux le rat­trapent. Le per­son­nel s’in­ter­pose. Le gé­rant est co­pieu­se­ment in­sul­té, comme le se­ra un des policiers ap­pe­lés sur place. Le pré­ve­nu de 20 ans pro­met de re­ve­nir brû­ler le ma­ga­sin tan­dis que l’autre dé­verse sa bou­teille de whis­ky sur la tête d’un re­trai­té de 75 ans. Le qua­dra­gé­naire agres­sé se ver­ra pres­crire dix jours d’ITT.

« Ce n’était pas un don spon­ta­né non plus… »

Le dé­but de la scène n’a pas échappé au pro­cu­reur. Car le plus jeune com­pa­raît aus­si pour une pré­cé­dente agres­sion, com­mise le 21 sep­tembre 2018. Il est alors 5 h du ma­tin, aux abords de la dis­co­thèque Les Naïades, à Créac’h Gwen. Là en­core, trois jeunes filles sont im­por­tu­nées par un groupe de sept jeunes noc­tam­bules. Elles par­viennent à s’éclip­ser. Un étu­diant passe à proxi­mi­té. Le groupe l’in­sulte. Il se met à cou­rir. Deux in­di­vi­dus se dé­tachent de la bande et le rat­trapent. L’un le fait tom­ber et le frappe à coups de poing et de pied. Il tente même de l’étran­gler. La vic­time réus­sit à s’ex­tir­per, court de nou­veau, est re­jointe. Nou­veau dé­luge de coups. Son­né, il réa­li­se­ra plus tard que son té­lé­phone por­table a dis­pa­ru. L’en­quête re­mon­te­ra jus­qu’au plus jeune des deux pré­ve­nus. « Je ne lui ai ja­mais de­man­dé de me don­ner son té­lé­phone ! Il vou­lait tout me fi­ler pour que je le laisse tran­quille ! », s’ex­clame-t-il. La pré­si­dente, sans ciller : « Ce n’était pas un don spon­ta­né non plus… ».

« Il y a une vo­lon­té d’hu­mi­lier »

Le pro­cu­reur com­mente : « Il ne fait pas bon les croi­ser dans la rue en fin de soi­rée… ». Il se dit par­ti­cu­liè­re­ment cho­qué par une phrase : « Fi­nis-le ! ». Pour le ma­gis­trat, « c’est in­nom­mable ! Il y a une vo­lon­té de faire mal, d’hu­mi­lier. Ils sont tout à fait conscients qu’ils s’en prennent à des per­sonnes faibles ». Il re­quiert deux ans de pri­son, dont six mois avec sur­sis et mise à l’épreuve à l’égard du plus jeune ; et 18 mois, dont six avec sur­sis et mise à l’épreuve pour son com­parse. Il ré­clame le man­dat de dé­pôt à l’au­dience pour les deux.

« Il y a un tour­billon quand ces deux-là sont en­semble », re­con­naît Me Lau­ret, dé­fen­seur du pré­ve­nu de 21 ans, mais il mar­tèle : « C’est la pre­mière fois qu’il com­pa­raît. Il est to­ta­le­ment in­sé­ré et on vou­drait un man­dat de dé­pôt ? Les faits sont graves mais n’y a-t-il pas une al­ter­na­tive à l’in­car­cé­ra­tion ? ». Me Bui­sine lui em­boîte le pas, re­pro­chant au pro­cu­reur de for­cer le trait : « Ils sont dé­crits comme de vé­ri­tables sau­va­geons ! ».

Après dé­li­bé­ré, Pierre Joi­selle, 20 ans, est condam­né à 18 mois de pri­son, dont six avec sur­sis et mise à l’épreuve. Son com­plice écope de 12 mois, dont six avec sur­sis. Le man­dat de dé­pôt n’est pas pro­non­cé.

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