Ju­lie Dé­nès, écri­vaine d’ori­gine bre­tonne

Son combat en fa­veur de l’éga­li­té femmes-hommes

Le Télégramme - Carhaix - - LA UNE - Jean-Noël Po­tin

« (Dé)charge men­tale », deuxième ro­man de l’au­teure d’ori­gine ca­rhai­sienne Ju­lie Dé­nès, évoque la dif­fi­cul­té des mères cé­li­ba­taires de trou­ver leur place dans une so­cié­té mo­de­lée par et pour les couples. Avec l’as­so­cia­tion qu’elle a fon­dée, MauxDElles, elle mi­lite pour l’éga­li­té femmes-hommes.

Si elle vit en ré­gion pa­ri­sienne de­puis des lustres, l’au­trice Ju­lie Dé­nès reste très at­ta­chée à Ca­rhaix (29), sa ville na­tale. Elle avait même te­nu à re­ve­nir ex­près de Nan­cy (Meurthe-et-Mo­selle), en 2010, pour y don­ner nais­sance à son pre­mier fils, suite à la tour­mente pro­vo­quée par la menace de fer­me­ture de la ma­ter­ni­té. « J’y te­nais parce qu’on est tous nés ici dans ma fa­mille. Je suis constam­ment l’ac­tua­li­té de ma ville, et j’avais sen­ti que c’était un vrai cas d’ur­gence ! Mes pa­rents m’ont ap­pris qu’il faut tou­jours al­ler de l’avant et sa­voir s’in­di­gner. Ça fait par­tie de notre iden­ti­té bre­tonne », ex­plique-t-elle.

Pas une plainte

Son pre­mier ro­man pu­blié en 2017, « Une poule sur un mur », ré­cit pé­tri­fiant d’une re­la­tion amou­reuse toxique, avait connu un certain re­ten­tis­se­ment. Une his­toire de sou­mis­sion vé­cue à Bor­deaux, à l’is­sue de ses études de droit à Brest. « Ce livre n’était pas une plainte. J’ai vou­lu me sai­sir de ma douleur per­son­nelle pour faire avan­cer le dé­bat. J’avais sen­ti d’em­blée que l’ou­vrage pour­rait avoir un im­pact au-de­là de ma propre his­toire. Mais je ne pouvais pas de­vi­ner qu’il se­rait pu­blié en plein coeur de la tem­pête #Me­Too et #Ba­lance ton porc. Ce­la m’a ame­née à en­chaî­ner les in­ter­views », sou­ligne-t-elle. C’est Yves Mi­cha­lon, son fu­tur éditeur, qui l’avait en­cou­ra­gée à li­vrer son té­moi­gnage : « J’ai écrit pen­dant 15 jours, pra­ti­que­ment sans dor­mir. Ça a don­né 45 pages de souf­france qu’il a fal­lu ha­biller. C’était in­dis­pen­sable de don­ner de la res­pi­ra­tion pour que ça ne soit pas trop dur ». Ses pa­rents, qui vivent tou­jours à Ca­rhaix (son père y a été gen­darme pen­dant 17 ans avant d’ache­ter une li­cence de taxi, une af­faire te­nue avec son épouse pen­dant 20 ans), ont dé­cou­vert le livre en même temps que tout le monde. « Ils ont été su­per-com­pré­hen­sifs. Je ne les re­mer­cie­rai ja­mais as­sez pour ça », confie-t-elle.

« Une par­tie de moi qui est morte »

Dans le pre­mier livre, Ju­lie Dé­nès a choi­si de ra­con­ter son his­toire à tra­vers le per­son­nage d’Ève, son deuxième pré­nom. « C’est une par­tie de moi qui est morte au­jourd’hui, c’est pour ça que j’ai uti­li­sé la troi­sième per­sonne. Le nou­vel ou­vrage, « (Dé)charge men­tale », en re­vanche, est écrit à la pre­mière per­sonne, car c’est bien ma vie que je ra­conte », in­dique-t-elle. Ju­lie Dé­nès y re­late sa pre­mière ex­pé­rience dans une en­tre­prise pri­vée à Pa­ris et les vi­cis­si­tudes d’une mère cé­li­ba­taire suite à son di­vorce. Dif­fi­cile en ef­fet de trou­ver sa place dans une so­cié­té mo­de­lée par et pour les couples. Com­ment jon­gler, quand on est seul à s’oc­cu­per de ses en­fants (elle a au­jourd’hui deux gar­çons, Ya­nis et Thi­baut, âgés res­pec­ti­ve­ment de 5 et 8 ans), entre transport, tra­vail, ren­dez-vous mé­di­caux, école ? L’ex­pres­sion « charge men­tale », née il y a peu, prend ici tout son sens. « Je com­pare la mo­no­pa­ren­ta­li­té à un nu­mé­ro de fu­nam­bule per­ma­nent, lance-t-elle. Mais aus­si in­vi­vable que mon ex­pé­rience puisse pa­raître dans le livre, j’ai conscience de faire par­tie du haut du panier de la mo­no­pa­ren­ta­li­té. Je suis cadre, j’ai des di­plômes, je ne suis pas en si­tua­tion de han­di­cap, mon ex-ma­ri n’est pas violent… Pour cer­tains, c’est en­core plus dur ! ».

Re­pen­ser la so­cié­té

Pour l’au­teure, « il est urgent de re­pen­ser la so­cié­té, cal­quée sur le couple hé­té­ro­sexuel. Les fa­milles mo­no­pa­ren­tales sont au­jourd’hui deux mil­lions en France, et sur ce nombre, on compte 85 % de femmes. Il fau­drait les ai­der à s’or­ga­ni­ser », es­time-t-elle. Ju­riste de for­ma­tion, Ju­lie Dé­nès évoque par exemple le code du tra­vail, « ab­so­lu­ment pas adap­té » à ces si­tua­tions nou­velles. De na­ture com­ba­tive, la Ca­rhai­sienne ne veut pas se conten­ter d’écrire. Avec l’as­so­cia­tion MauxDElles, qu’elle a co­fon­dée, elle en­tend pro­po­ser un accompagnement aux femmes. L’idée a ger­mé après la sor­tie de son pre­mier ro­man, lorsque de nom­breuses per­sonnes vic­times de vio­lences psy­cho­lo­giques l’ont contac­tée et que la pa­role s’est li­bé­rée. « Ce que je sou­haite, c’est in­ter­ve­nir au­près d’elles, entre le mo­ment où l’on parle et l’instant où on se ré­in­sère ». L’as­so­cia­tion pro­pose des ate­liers où on uti­lise l’écrit, le corps, et la voix « pour re­bâ­tir le puzzle in­té­rieur et se re­con­nec­ter à tout ce qu’on nous a vo­lé. On veut don­ner de l’es­poir à tra­vers des modèles de réus­site et de ré­si­lience ».

▼ Pra­tique

« (Dé)charge men­tale », sor­ti le 2 mai aux édi­tions Mi­cha­lon.

Pho­to J.-N. P.

Ju­lie Dé­nès, qui a lan­cé, en marge de son ac­ti­vi­té d’au­teure, une mi­croen­tre­prise de conseil et d’accompagnement lit­té­raire, prête aus­si de­puis peu sa plume à des per­sonnes sou­hai­tant ra­con­ter leur his­toire.

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