Six mois après Mar­seille pare au plus pres­sé

Plus de 2 500 ha­bi­tants éva­cués, 310 im­meubles vi­dés, comme au­tant de ba­lafres dans la deuxième ville de France : six mois après l’ef­fon­dre­ment de deux im­meubles dé­la­brés, Mar­seille doit conti­nuer de gé­rer une crise in­édite.

Le Télégramme - Carhaix - - FRANCE -

Le 5 no­vembre 2018, deux bâ­ti­ments de la rue d’Au­bagne s’écroulent, fai­sant huit morts dans le quar­tier de Noailles, coeur bat­tant et po­pu­laire de la ci­té pho­céenne, à deux pas du VieuxPort. De­puis la ca­tas­trophe, des cen­taines d’im­meubles me­na­çants ont été éva­cués en ur­gence, ré­vé­lant l’am­pleur du pro­blème de l’ha­bi­tat dé­gra­dé ou in­sa­lubre. Comme un sym­bole, la lo­ca­taire d’un stu­dio in­sa­lubre a d’ailleurs de­man­dé ré­pa­ra­tion, jeu­di, de­vant la jus­tice à son pro­prié­taire… ad­joint au pa­tri­moine à la mai­rie. « On est tou­jours dans une si­tua­tion de crise et d’ur­gence. Le temps est long, sur­tout pour les dé­lo­gés », dé­plore Florent Houd­mon, di­rec­teur ré­gio­nal de la Fon­da­tion Ab­bé Pierre. Les éva­cua­tions d’im­meubles se pour­suivent, me­nant de nou­velles fa­milles dans des hé­ber­ge­ments tem­po­raires, même si « le re­lo­ge­ment s’ac­cé­lère et qu’on ar­rive dé­sor­mais à re­lo­ger plus vite qu’on éva­cue », re­con­naît-il. Au­jourd’hui, 700 per­sonnes dorment en­core à l’hô­tel.

Cer­tains ha­bi­tants ont re­trou­vé, après plu­sieurs mois d’in­oc­cu­pa­tion for­cée, des ap­par­te­ments « plus in­sa­lubres qu’ils ne les avaient quit­tés », les pro­prié­taires s’étant, par exemple, conten­tés d’étayer la struc­ture de l’im­meuble sans trai­ter le reste, ajoute-t-il.

Un ave­nir pré­caire

Ce n’est pas le cas de Zi­na Mos­te­fa, sou­la­gée d’en avoir fi­ni avec les nuits à l’hô­tel. De­puis que cette mère de fa­mille est re­lo­gée dans un T3 en bon état du centre-ville, ses quatre en­fants ne font plus de crises d’asthme comme dans son an­cien lo­ge­ment, per­clus d’hu­mi­di­té. Quant à l’ave­nir, « tout est pré­caire et pro­vi­soire », dé­plore-t-elle. Des an­nées de tra­vaux sont à re­dou­ter dans son an­cien im­meuble, et per­sonne ne peut dire jus­qu’à quand la fa­mille pour­ra res­ter dans le nou­veau. Im­pos­si­bi­li­té de se pro­je­ter dans l’ave­nir, ab­sence d’in­ti­mi­té à l’hô­tel… La si­tua­tion à Mar­seille a eu un lourd im­pact psy­cho­lo­gique, « et les an­goisses res­sur­gissent sou­vent au mo­ment du re­lo­ge­ment », ex­plique Eve­lyne Ba­choc, psy­cho­logue membre d’un groupe de 18 bé­né­voles qui offrent leur aide aux per­sonnes tou­chées. Dé­bor­dée par la crise dans les pre­mières se­maines, la mai­rie, épau­lée par la mé­tro­pole, as­sure faire face dé­sor­mais. Le maire LR Jean-Claude Gau­din, qui a en­ta­mé sa der­nière an­née de man­dat après un quart de siècle à l’hô­tel de ville, as­sure qu’il « pen­se­ra sans cesse » aux vic­times de la rue d’Au­bagne.

Un per­mis de louer

La mé­tro­pole a pris une sé­rie de me­sures pour s’at­ta­quer, en­fin, au pro­blème, qui avait pour­tant dé­jà été sou­le­vé, il y a plu­sieurs an­nées, par un rap­port of­fi­ciel. Le per­mis de louer, no­tam­ment, va être ex­pé­ri­men­té. L’État a pro­mis de dé­blo­quer 240 mil­lions d’eu­ros pour des « tra­vaux de ré­ha­bi­li­ta­tion d’ur­gence » de l’ha­bi­tat. Mais, pour la Fon­da­tion Ab­bé Pierre, la so­lu­tion ne pour­ra pas­ser que par la construc­tion de « suf­fi­sam­ment de lo­ge­ments so­ciaux dans le centre ». D’au­tant que la crise a en­core ag­gra­vé la « pé­nu­rie de lo­ge­ments dignes et ac­ces­sibles », re­grette Florent Houd­mon.

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