Une pa­tho­lo­gie mé­con­nue

Le Télégramme - Carhaix - - SPORTS -

Se­lon l’INPES*, l’ad­dic­tion au sport est consi­dé­rée comme une vé­ri­table ad­dic­tion com­por­te­men­tale à l’ins­tar de l’ad­dic­tion au jeu, à la nour­ri­ture (bou­li­mie) ou au tra­vail (wor­ka­ho­lism).

« Il y a une dé­pen­dance qui s’ins­talle à tra­vers les en­dor­phines dans le cer­veau. Le sport est connu pour li­bé­rer ces hor­mones du plai­sir », pré­cise Fran­çois Pon­da­ven, mé­de­cin du sport à Brest. Des symptômes qu’il re­trouve par­ti­cu­liè­re­ment chez les en­fants : « Il leur est pré­co­ni­sé de ne pas ex­cé­der deux heures de sport par jour. Ils de­viennent ra­pi­de­ment dé­pen­dants. Sou­vent, ils sont condi­tion­nés par leurs pa­rents qui ne réa­lisent pas les dan­gers que ce­la peut en­gen­drer. Cette pa­tho­lo­gie est pour­tant mé­con­nue, voire igno­rée en France. « Dès que l’on est dans l’ordre du be­soin com­pul­sif, c’est une ad­dic­tion com­por­te­men­tale, pré­cise Jo­na­than Bel Le­groux, coach men­tal pour la per­for­mance spor­tive. Ça peut avoir des com­pli­ca­tions car si le spor­tif se blesse, der­rière, il va avoir une chute d’en­dor­phines, sé­cré­tées lors de ses séances, et peut en­trer dans un état dé­pres­sif ».

Une ad­dic­tion va­lo­ri­sée so­cia­le­ment

En marge de la dé­mo­cra­ti­sa­tion du « sport pour tous », les cultes du corps et du bien-être oc­cupent une place tou­jours plus pro­émi­nente. Un phé­no­mène in­ti­me­ment cor­ré­lé à l’émer­gence de cette pa­tho­lo­gie : « L’ad­dic­tion au sport a ce pa­ra­doxe d’être va­lo­ri­sée so­cia­le­ment, ex­plique Bel Le­groux. C’est conjonc­tu­rel : la mode est à l’es­prit sain dans un corps sain. L’exemple le plus per­ti­nent est le cross-fit qui est de plus en plus pré­sent dans les villes et les mi­lieux sé­den­ta­ri­sés. Il y a une ad­dic­tion à l’ef­fort et à l’in­ten­si­té et on ob­serve des néo-spor­tifs qui passent d’au­cune ac­ti­vi­té phy­sique à six séances par se­maine ». Dès lors, le spor­tif va « s’iden­ti­fier à son sport ». L’ adepte du tri­ath­lon de­vient un tri­ath­lète, un joueur de ten­nis, un ten­nis­man, etc. « On est un spor­tif avant d’être un homme ou une femme ».

* Ins­ti­tut na­tio­nal de pré­ven­tion et d’édu­ca­tion pour la san­té

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