Blan­din : « Pas du tout dé­goû­tée ! »

Le Télégramme - Carhaix - - VOILE - Re­cueilli par Philippe Eliès

Après des an­nées de voile olym­pique, Cas­sandre Blan­din, 28 ans, s’est je­tée dans le grand bain de la course au large sur le cir­cuit Fi­ga­ro. La Sa­blaise, qui fait par­tie du Team Klaxoon gé­ré par Marc Guille­mot, se sou­vien­dra long­temps de son bap­tême du large en so­lo…

> Vous n’aviez ja­mais pas­sé au­tant de temps seule en mer ?

Ja­mais, je n’avais été seule en mer. En tout et pour tout, j’avais dû faire deux se­maines d’ha­bi­table, ja­mais une nuit en mer. En Fi­ga­ro 2, j’avais juste pas­sé une nuit en mer et là, deux nuits avant de par­tir sur cette grande étape.

> Avez-vous pen­sé à aban­don­ner ?

Non ja­mais. Je n’ai pas eu en­vie de pous­ser la barre. Je veux être au dé­part de la So­li­taire Ur­go - Le Fi­ga­ro en juin et pour avoir le droit d’y par­ti­ci­per, je suis obli­gée de fi­nir mes deux courses, la So­lo Maître Coq et la So­lo Con­car­neau. J’ai tou­jours eu en­vie d’al­ler jus­qu’au bout. A moins d’un gros problème tech­nique ou d’une bles­sure, il n’y avait au­cune rai­son d’aban­don­ner.

> Même quand on se re­trouve loin der­rière toute la flotte, que la nuit tombe, qu’il fait froid ?

Non, j’étais là pour fi­nir. Bon, la fin fut plus longue que pré­vu….

> … C’est-à-dire ?

Je de­vais ar­ri­ver vers 20 h sa­me­di mais j’ai pas­sé la ligne à 23 h 30 (ndlr : le vain­queur Martin Le Pape a cou­pé la ligne à 16 h 30). Lors des 35 der­niers milles, j’ai pris 30-35 noeuds avec ra­fales à 38 noeuds, une mer for­mée et des creux énormes. Mon foc s’est dé­ra­lin­gué, il a fal­lu que je dé­monte tout, j’ai pris des pa­quets d’eau. Bref, j’ai ga­lé­ré pen­dant 45 mi­nutes. En­suite, j’ai na­vi­gué pen­dant quatre heures avec 30 noeuds de vent. En ar­ri­vant de­vant Les Sa­blesd’Olonne, le vent est com­plè­te­ment tom­bé, j’étais sous-toi­lée, je n’avan­çais plus (rires). Et j’ai dû at­tendre une heure de­vant le port que la ma­rée re­monte, il n’y avait pas as­sez d’eau pour ren­trer dans le che­nal. Du coup, je me suis cou­chée à 3 h du ma­tin, après avoir pris une douche et man­gé un mor­ceau car je cre­vais de faim.

> Comment avez-vous gé­ré votre som­meil ?

Plu­tôt bien. Je pense que j’ai un peu trop dor­mi… Il va falloir que je lutte un peu contre la mar­motte qui est en moi. J’ai dû lou­per deux-trois trucs parce que je dor­mais (rires) mais bon ce­la m’a per­mis d’être un mi­ni­mum lu­cide quand je me suis ta­pé ma grosse ga­lère.

> Êtes-vous dé­goû­tée ?

Ab­so­lu­ment pas ! Bon, j’avoue que lorsque j’étais à l’avant en train de réparer mon foc, avec 35 noeuds, à me faire rin­cer car le ba­teau plan­tait dans les vagues, là, j’ai ver­sé une pe­tite larme. Je me suis dit « pu­rée mais qu’est-ce que tu fais là ? » Mais à part ce mo­ment-là, tout s’est bien pas­sé.

> Que pen­sez-vous du Fi­ga­ro 3 ?

Je n’avais ja­mais en­voyé le spi dans 15-20 noeuds et, dès le dé­part, quand j’ai vu les autres concur­rents l’en­voyer, je me suis dit qu’il fal­lait que je le fasse. Je n’avais ja­mais em­pan­né sous spi donc j’ai fait plein de co­cottes que j’ai mis du temps à dé­faire. Mais j’ai fi­ni par trou­ver une tech­nique pour em­pan­ner sans faire des co­cottes mais ça m’a coû­té trois dé­parts au tas. Main­te­nant, mes em­pan­nages passent ni­ckel.

».Pho­to Ch­ris­tophe Bres­chi

Cas­sandre Blan­din : « Je n’ai pas eu en­vie de pous­ser la barre

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