Glucks­mann croit à son re­bond

Le Télégramme - Carhaix - - FRANCE - Pro­pos re­cueillis par Pas­cal Bo­dé­ré

Chef de file de la liste « En­vie d’Eu­rope » (Place pu­blique - Par­ti so­cia­liste - Nou­velle Donne), Ra­phaël Glucks­mann se­ra à Brest ce mar­di. Lun­di, il a pré­sen­té son pro­gramme à Paris « pour ré­con­ci­lier écologie et so­cial ». En­li­sé dans les son­dages, l’homme veut néan­moins croire au re­bond de la gauche. > Votre pro­gramme eu­ro­péen veut « ré­con­ci­lier l’écologie et le so­cial ». Com­ment re­lève-t-on ce pari ?

On fait de la trans­for­ma­tion éco­lo­gique, on monte un pro­jet de jus­tice so­ciale et on com­prend que la gauche du XXIe siècle, c’est ça ! L’écologie, on la pré­sente tou­jours sous forme de taxes. Or, ce sont des pactes d’avenir. Par exemple, nous vou­lons lan­cer un pacte de la ré­no­va­tion ther­mique des lo­ge­ments en Eu­rope pour les foyers mo­destes. Ce­la per­met­tra de lut­ter contre les dé­rè­gle­ments cli­ma­tiques et les foyers éco­no­mi­se­ront jus­qu’à 800 eu­ros par an de chauf­fage ! C’est donc une me­sure éco­lo­gique, so­ciale et aus­si un enjeu de san­té pu­blique car les gens qui ne sont pas bien pro­té­gés, d’un point de vue ther­mique, tombent plus fa­ci­le­ment ma­lades.

> Et com­ment fi­nance-t-on un tel pro­jet ?

No­tam­ment en fai­sant par­ti­ci­per les ac­tion­naires des grands groupes eu­ro­péens, via un im­pôt sur les bé­né­fices des so­cié­tés.

> Vous dites vou­loir « réformer to­ta­le­ment la Po­li­tique agri­cole com­mune » (Pac). Écologie et so­cial, là aus­si ?

Oui : il y a un mil­lion d’es­pèces me­na­cées sur Terre ! On pro­pose une re­fonte de la Pac pour, et avec les agri­cul­teurs car, ac­tuel­le­ment, le sys­tème marche sur la tête. La Pac sub­ven­tionne à l’hec­tare alors qu’elle de­vrait ré­mu­né­rer les ser­vices ren­dus à l’en­vi­ron­ne­ment. Il faut ré­orien­ter la dé­pense pu­blique qui, au­jourd’hui, est in­juste et des­truc­trice de la na­ture. Il faut en­cou­ra­ger l’agri­cul­teur qui em­ploie du per­son­nel et non plus l’ai­der via des sub­ven­tions. Il faut fa­vo­ri­ser les pe­tits agri­cul­teurs et non plus seule­ment les gros. Et il faut aus­si en fi­nir avec le libre-échange à tous crins, en im­po­sant un pro­tec­tion­nisme aux fron­tières de l’Eu­rope.

> L’ac­ti­vi­té ma­ri­time est un autre pan fort de l’éco­no­mie bre­tonne et na­tio­nale. Quel est votre pro­jet pour le ma­ri­time eu­ro­péen ?

On veut ren­for­cer la pêche ar­ti­sa­nale et du­rable pour que la sub­ven­tion pu­blique mette fin à la sur­pêche et fa­vo­rise la pro­tec­tion des océans, les éco­sys­tèmes et, par là même, les ma­rins. Les grands ba­teaux de pêche néer­lan­dais ou es­pa­gnols qui ra­vagent les fonds, ce n’est plus pos­sible !

> Dans le do­maine so­cial, que dit la crise des gi­lets jaunes ? Y a-t-il des re­mèdes à trou­ver au ni­veau eu­ro­péen ?

Cette crise dit la frac­tu­ra­tion des ter­ri­toires, elle dit que nos classes so­ciales existent en­core et que les frac­tures se sont creu­sées… Oui, l’Eu­rope a des ré­ponses à ap­por­ter, même si elle n’est pas res­pon­sable des choix po­li­tiques d’Em­ma­nuel Macron. Ce n’est pas l’Eu­rope qui im­pose la CSG sur les pe­tites re­traites et qui n’im­pose pas les grandes for­tunes en France… Ce­ci dit, l’Eu­rope doit sor­tir du moins­di­sant so­cial. Nous, on pré­voit un fonds pour tes­ter les bonnes pra­tiques de cer­tains pays eu­ro­péens. Exemple : en Al­le­magne, quand une en­tre­prise veut li­cen­cier, elle peut ins­tal­ler un sys­tème de ré­duc­tion du temps de tra­vail et la puissance pu­blique in­ter­vient alors pour main­te­nir un ni­veau sa­la­rial et forme les sa­la­riés. Ce sys­tème ne coûte pas plus cher que nos coûts so­ciaux. Pour­quoi ne pas l’ap­pli­quer chez nous ?

> Votre liste stagne à 5-6 % des in­ten­tions de vote pour l’instant. Quelle stra­té­gie comp­tez-vous adop­ter pour pro­gres­ser ?

La cam­pagne ne fait que dé­bu­ter. Jus­qu’à pré­sent, on était dans le grand dé­bat. Les eu­ro­péennes ne pou­vaient pas vrai­ment com­men­cer. Dé­sor­mais, on va faire un tour de France pour s’adres­ser à tous les gens de gauche qui veulent qu’une gauche de gou­ver­ne­ment re­vienne au pre­mier plan. L’exemple es­pa­gnol est très parlant : il y a deux ans, tous les ob­ser­va­teurs di­saient le Par­ti so­cia­liste es­pa­gnol mort. Or, au­jourd’hui, il triomphe. Nous, on en­tend po­ser la pre­mière pierre de la re­fon­da­tion de la gauche en France et lan­cer une grande « re­mon­ta­da » !

> Pour ce­la, il faut être unis. Entre ral­lie­ments et dis­sen­sions, vous avez vé­cu un dé­but de cam­pagne dif­fi­cile. Où en est votre groupe à main­te­nant trois se­maines du scru­tin eu­ro­péen ?

Là, ça y est, on est lan­cés. En­fin ! On est heu­reux que des per­son­na­li­tés comme Ch­ris­tiane Tau­bi­ra vienne avec nous por­ter ce message simple : au mo­ment où la gauche est dite faible, il faut re­trou­ver les convic­tions fon­da­men­tales. On y croit. La pé­riode des re­non­ce­ments et des com­pro­mis­sions est fi­nie. Je veux mon­trer que, lorsque la gauche fait une po­li­tique de gauche, elle peut ga­gner des élec­tions.

▼ Sur le­te­le­gramme.fr

Les prin­ci­pales pro­po­si­tions de Ra­phaël Glucks­mann pour l’Eu­rope.

« Oui, l’Eu­rope a des ré­ponses à ap­por­ter, même si elle n’est pas res­pon­sable des choix po­li­tiques d’Em­ma­nuel Macron ».

Ra­phaël Glucks­mann

Pho­to IP3 PRESS/MAXPPP

Ra­phaël Glucks­mann, lea­der de la liste pré­sen­tée par Place Pu­blique et le PS.

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