Macron, le faux li­bé­ral

Le Télégramme - Carhaix - - FRANCE - Vu par Hu­bert Cou­du­rier @Hu­bertCou­du­rier

En bon po­li­tique qui fête ses deux ans à l’Ély­sée, Em­ma­nuel Macron se dé­fend d’être un sé­duc­teur, la bonne blague, et a écar­té toute idée de chan­ge­ment de cap à l’oc­ca­sion de sa confé­rence de presse.

Or, comme le di­sait, avec jus­tesse, le car­di­nal de Retz, en amour comme en po­li­tique, on ne sort de l’am­bi­guï­té qu’à ses dé­pens. Plus en­core qu’avec Ni­co­las Sarkozy, qu’il a su flat­ter avec ta­lent, ceux qui se sont lais­sés fas­ci­ner, no­tam­ment par­mi les pa­trons, l’ont amè­re­ment re­gret­té. François Hollande, le pre­mier éna­mou­ré d’entre eux, an­non­çait, lors du dis­cours du Bour­get, que son en­ne­mi était la fi­nance. À juste titre, puis­qu’elle l’a tué, sous les traits du sé­millant jeune ban­quier qu’il s’était choi­si comme hé­ri­tier. Si l’on en croit un an­cien de Marianne, dans un es­sai po­li­tique au titre pro­met­teur,

« Le ma­ni­pu­la­teur », donne de nom­breux exemples de l’ac­tuel chef de l’État pour tour­ner le dos à ses pro­messes. Ain­si, ce­lui que l’on consi­dé­rait gé­né­ra­le­ment comme un li­bé­ral à tous crins qui al­lait en­fin réformer le pays s’est fait dé­bor­der par le mou­ve­ment des gi­lets jaunes au point d’aban­don­ner la po­li­tique de l’offre mise en oeuvre la­bo­rieu­se­ment par Hollande, pour en re­ve­nir à la tra­di­tion­nelle po­li­tique de la de­mande consis­tant à dis­tri­buer du pou­voir d’achat afin d’ache­ter des produits « made in Chi­na ». Tout ce­la n’est évi­dem­ment pas bon pour la pro­duc­ti­vi­té de l’ap­pa­reil in­dus­triel et le dé­fi­cit du com­merce extérieur. La non-suppression de

1 20 000 postes de fonctionnaires (alors que Fillon vou­lait en sup­pri­mer 500 000) sonne le glas de la mo­der­ni­sa­tion du pays et des es­poirs de ré­duire sub­stan­tiel­le­ment le chô­mage. Certes, le conflit des gi­lets jaunes, qui dure de­puis six mois, est ré­vé­la­teur de

« l’ar­chi­pel­li­sa­tion » de la so­cié­té fran­çaise, pri­vée de pro­jet fé­dé­ra­teur, comme l’écrit le son­deur Jé­rôme Four­quet. Mais, en né­gli­geant les corps in­ter­mé­diaires qui avaient plu­tôt be­soin d’être re­lé­gi­ti­més, l’ap­pren­ti-Ju­pi­ter s’est pris un fou­droyant re­tour de bâ­ton. Au fi­nal, il est peu pro­bable que le Pré­sident soit cré­di­té de cette gé­né­ro­si­té dont la France n’a plus les moyens. « Au secours, la gauche re­vient », pour­rait-on écrire, in­ver­sant le slo­gan des mit­ter­ran­diens pour en­tra­ver le re­tour de la droite en 1986. À l’époque ve­nu de la gauche, Mit­ter­rand avait fait le contraire de Macron, au­jourd’hui, avec une po­li­tique de ri­gueur vi­sant à qua­li­fier la France pour l’Eu­rope dont nous sommes de­ve­nus l’homme ma­lade.

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