« Rien ne bouge »

Le Télégramme - Carhaix - - BRETAGNE - Thierry Le Corre

Les deux éle­veurs vic­times de sur­mor­ta­li­té bo­vine à La Pré­nes­saye et à Al­li­neuc, dans les Cô­tesd’Ar­mor sont « dé­pi­tés ». La ré­ponse des ser­vices de l’État à leur cas ne les sa­tis­fait pas. Et pen­dant ce temps-là, le phé­no­mène se pour­suit. Cette fois, c’est un veau sans pieds qui vient de naître sur l’une des fermes.

De­puis plu­sieurs an­nées, deux éle­veurs du Centre-Bre­tagne souffrent du même mal sur leur ex­ploi­ta­tion. Pa­trick Le Né­chet, agri­cul­teur à Quer­rien (com­mune de La Pré­nes­saye) a per­du 130 bêtes en trois ans, et son col­lègue d’Al­li­neuc, Sté­phane Le Bé­chec, plus de 200. La rai­son de cette sur­mor­ta­li­té bo­vine ? Se­lon les deux hommes, ce se­rait la pré­sence de cou­rant élec­trique dans le sol ou à proxi­mi­té des ex­ploi­ta­tions.

Mal­for­ma­tion

Pour re­mé­dier au pro­blème, l’ex­ploi­tant de Quer­rien a ins­tal­lé 600 mètres de cuivre au­tour de la ferme. « La si­tua­tion s’est amé­lio­rée mais est loin d’être ré­glée », confie-t-il, en mon­trant l’état d’un jeune veau. L’ani­mal est né, il y a quelques jours, sans pieds ar­rière. Une mal­for­ma­tion qu’il at­tri­bue au même phé­no­mène. « Et je viens d’en­voyer six veaux à l’équar­ris­sage », ajoute-t-il.

« On est à bout, pour­suit Sté­phane Le Bé­chec. L’af­faire est grave et rien ne bouge ». L’agri­cul­teur fait ré­fé­rence aux deux courriers re­çus en mai­rie de La Pré­nes­saye et qu’il tient en main.

Des ad­mi­nis­tra­tions qui s’es­timent «pas com­pé­tentes »

Dans le pre­mier, l’Agence ré­gio­nale de san­té (ARS), après avoir été aler­tée, rap­pelle que les pan­neaux pho­to­vol­taïques proches ne sont pas à l’ori­gine des pro­blèmes mais que « la Saur a néan­moins re­le­vé l’exis­tence de cou­rant pa­ra­site dans l’en­vi­ron­ne­ment de l’ins­tal­la­tion et de l’élevage ». L’agence af­firme qu’elle n’est pas com­pé­tente pour réa­li­ser un diag­nos­tic tech­nique et in­vite le maire à se re­por­ter à un guide édi­té par le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture sur le su­jet, et à une bro­chure pu­bliée par l’As­so­cia­tion des maires de France.

Dans le se­cond cour­rier, la DDPP (Di­rec­tion dé­par­te­men­tale de la pro­tec­tion des po­pu­la­tions) an­nonce, elle aus­si, « qu’elle ne dis­pose pas de com­pé­tence spé­ci­fique pour la me­sure, l’ana­lyse ou le trai­te­ment des si­gna­le­ments ». Là en­core, le ser­vice pré­cise que plu­sieurs ac­tions sont pos­sibles : « aler­ter en prio­ri­té le vé­té­ri­naire », re­cou­rir au ser­vice d’in­for­ma­tion et de mesures spé­cia­li­sé RTE (Ré­seau de trans­port d’élec­tri­ci­té) ou au GPSE, le Grou­pe­ment per­ma­nent pour la sé­cu­ri­té élec­trique en mi­lieu agri­cole. Ce der­nier n’ac­cepte d’in­ter­ve­nir qu’à la condi­tion d’être sai­si à la fois par l’agri­cul­teur et la chambre d’agri­cul­ture. Se­lon Pa­trick Le Né­chet, un ac­cord de la chambre d’agri­cul­ture se­rait dif­fi­cile à ob­te­nir, ce « pour des rai­sons fi­nan­cières ».

« On n’a rien ob­te­nu »

« On est com­plè­te­ment dé­pi­tés. On at­tend de l’État qu’il prenne des mesures et on n’a rien ob­te­nu », se déses­père Sté­phane Le Bé­chec. L’ex­ploi­tant tient à aler­ter : « L’ani­mal est un in­di­ca­teur. Les hu­mains su­bissent comme les bêtes. On a aus­si des pro­blèmes de san­té et nous ne sommes pas les seuls. »

Pho­to T. L. C.

Pa­trick Le Né­chet dé­plore des mal­for­ma­tions : ce veau est né sans pieds ar­rière.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.