Trois femmes tou­jours dans le vent

Le Télégramme - Carhaix - - SPORTS - Aline Mer­ret

La wind­sur­fer est de re­tour. En un peu plus mo­derne. La cé­lèbre planche a réus­si le tour de force de faire re­ve­nir sur le plan d’eau du Grand Prix Guya­der à Douar­ne­nez des an­ciens cham­pions et sur­tout cham­pionnes : la cham­pionne olym­pique bres­toise Faus­tine Mer­ret, et les « Ma­louines » Maud Her­bert et sa soeur, Anne.

Elles n’ont ja­mais na­vi­gué sur la wind­sur­fer, elles ont plu­tôt dé­cro­ché des titres en Lech­ner, Open ou Mis­tral. Mais à Paris, en dé­cembre der­nier, quand elles ont dé­cou­vert que cette planche fai­sait son re­tour, elles se sont lan­cé un dé­fi : ve­nir dis­pu­ter le Na­tio­nal au Grand Prix Guya­der. « On a été sé­duite par l’ini­tia­tive. Et on vou­lait être là pour la sou­te­nir », lance Maud Her­bert (45 ans), quin­tuple cham­pionne du monde (1991, 1992, 1993, 1994, 1995). « C’est su­per sym­pa de se re­trou­ver là. Et cette planche a été lan­cée dans d’autres pays et quand je re­garde les clas­se­ments des ré­gates, je re­trouve les noms des an­ciens de la Mis­tral, comme Aa­ron McIn­tosh (3e aux JO de 2000) ou Ric­car­do Gior­da­no. Ce se­rait ma­gique de les re­trou­ver sur un plan d’eau… », ajoute Faus­tine Mer­ret, 41 ans.

Il y a une ving­taine d’an­nées, les trois Bre­tonnes ré­gnaient sur les plans d’eaux du monde en­tier. Ac­cro­chées à leur wi­sh­bone, elles trus­taient les podiums. « Anne et Maud na­vi­guaient dans les an­nées 90 et moi, j’ai in­té­gré l’équipe de France en 1998. Mais c’était des ré­fé­rences. Sur le plan d’eau, je trou­vais tout de suite Maud. Elle avait un style re­con­nais­sable. Et bien là, tout à l’heure, elle avait la même at­ti­tude ! », ra­conte la cham­pionne olym­pique, en 2004, à Athènes.

Bou­lot, en­fants et tri­ath­lon

Alors, bien sûr, les an­nées ont pas­sé et entre les en­fants et le bou­lot, elles n’ont plus tel­le­ment le temps de s’en­traî­ner. Maud avoue être tout juste re­mise d’une en­torse au ge­nou. Faus­tine, elle, ex­plique pas­ser plus de temps à cou­rir ou sur son vé­lo pour pré­pa­rer le tri­ath­lon de Cro­zon, en juin. « Ce ma­tin, quand je suis ar­ri­vée, je me suis dit : "Ça va le faire même sans en­traî­ne­ment". C’est une planche large, sans trop de ré­glages. C’est ac­ces­sible à tous. Je n’avais même pas pris de chro­no. » Sauf que lors de la pre­mière jour­née du Grand Prix Guya­der, il y avait 20-25 noeuds et de la mer : « Ce qui est éton­nant, c’est qu’il n’y a pas de pa­lan au wi­sh­bone, pas de pa­lan au guin­dant, pas de pied de mât ré­glable et pas straps. Tu dis : "Tu grées et t’y vas". Au fi­nal, il y a plein de pe­tits trucs, de po­si­tion­ne­ments. Tout est libre. Tu as tous tes re­pères à construire. Tu te re­trouves finalement comme à tes dé­buts : tu luttes avec le ma­té­riel et avec toi-même. Le par­cours, c’est se­con­daire. Les ad­ver­saires, n’en par­lons pas. L’objectif, c’est de fi­nir la manche sans tom­ber. Pour le pre­mier dé­part, j’étais en­core en train de me de­man­der si je met­tais des chaus­sons parce que je n’ar­ri­vais pas à des­cendre la dé­rive ». Et c’est une plan­chiste qui est mon­tée sept fois sur le podium des Mon­diaux qui parle ! Mal­gré la dé­cou­verte du ma­té­riel le ma­tin même et des condi­tions spor­tives, il n’a pas fal­lu long­temps pour que les trois femmes soient dans le coup.

« Ça ne s’ou­blie pas »

« Les ré­flexes sont re­ve­nus vite et les positions au largue et au pum­ping aus­si. Finalement, ça ne s’ou­blie pas », lâche Anne, 47 ans. Et ef­fec­ti­ve­ment, Maud n’a rien ou­blié puis­qu’elle a rem­por­té les deux pre­mières manches du cham­pion­nat ! La troi­sième re­ve­nant à… Faus­tine Mer­ret : « Pour la der­nière manche, je me suis dit : "Un peu de sérieux". J’ai mis le chro­no en marche, j’ai repéré la ligne et je suis par­tie boutde-ligne bâ­bord et j’ai ga­gné la manche ». Mais ce qu’elle ne dit pas, c’est que sur les deux autres, elle avait ter­mi­né 3e et 5e. « J’étais en mode : "On ré­gate avec les co­pains". J’ai pro­gres­sé parce que j’ar­rive à ne plus être à fond dans la ré­gate. Même si c’est quand même chouette de ga­gner. » Cham­pionnes un jour, cham­pionnes tou­jours.

Pho­to Si­mon Jour­dan

Faus­tine Mer­ret en­tou­rée des soeurs Maud (à droite) et Anne Her­bert.

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