Une crise sans pré­cé­dent

Sciences Po Rennes vit une crise sans pré­cé­dent. D’un cô­té, l’éta­blis­se­ment doit faire face à des groupes d’étu­diants aux mé­thodes ra­di­cales. De l’autre, la di­rec­tion, en fin de man­dat, est très contes­tée.

Le Télégramme - Carhaix - - LA UNE - Claire Staes

Une nou­velle fois, mar­di 30 avril, la po­lice a été ap­pe­lée pour dé­blo­quer Sciences Po Rennes, le seul Ins­ti­tut d’études po­li­tiques (IEP) de Bre­tagne. Des pou­belles et des bar­rières em­pê­chaient d’en­trer dans l’école. Ce blo­cage avait pour but de « com­battre la ré­pres­sion qui sé­vit sur nos ca­ma­rades mo­bi­li­sé.e.s, confron­té.e.s à des pro­cé­dures dis­ci­pli­naires », in­dique la page Fa­ce­book « Sciences Po Rennes en luttes ».

De­puis plus d’un an, l’éta­blis­se­ment est en crise. En avril, une sé­rie de sou­bre­sauts a ac­cen­tué la pres­sion qui pèse sur la di­rec­tion. L’IEP de Rennes, qui compte un mil­lier d’étu­diants, est plus di­vi­sé que ja­mais. « Des grou­pus­cules ul­tra-mi­li­tants et ra­di­caux se sont for­més lors des mo­bi­li­sa­tions contre Par­cour­sup, au prin­temps 2018, dé­crypte un étu­diant de 3e an­née. De­puis, il ne se passe pas une se­maine sans qu’il y ait des es­car­mouches. L’exas­pé­ra­tion do­mine ».

« Mé­thodes bru­tales »

« L’IEP craint de de­ve­nir une an­nexe de Rennes 2. Nous avons af­faire à une ving­taine d’étu­diants ca­gou­lés aux mé­thodes ra­di­cales », ex­plique un pro­fes­seur nou­vel­le­ment ar­ri­vé. Aux as­sem­blées gé­né­rales et aux ten­ta­tives de blo­cage par les étu­diants, la di­rec­tion ré­pond par des com­mu­ni­qués, une plainte pé­nale et quatre pro­cé­dures dis­ci­pli­naires. « Les mé­thodes de la di­rec­tion sont trop bru­tales, es­time un maître de confé­rences. Ce­la crée en­core plus de cris­pa­tion ». Des pro­pos qui font sou­pi­rer Pa­blo Diaz, di­rec­teur ad­joint : « Notre unique but, c’est que l’IEP tourne, que les cours et les exa­mens se tiennent. Nous fai­sons res­pec­ter la loi. Les actes pour les­quels nous avons dé­po­sé plainte ou de­man­dé à la com­mis­sion dis­ci­pli­naire de sta­tuer sont graves. Il y a de la dif­fa­ma­tion, des in­sultes ». Dans la ligne de mire de la di­rec­tion : une dis­tri­bu­tion de tracts lors des portes ou­vertes ac­cu­sant l’éta­blis­se­ment de « pa­triar­cat », une ir­rup­tion d’une di­zaine de per­sonnes ca­gou­lées lors d’un conseil ad­mi­nis­tra­tion (CA), des tags dif­fa­ma­toires contre un pro­fes­seur ac­cu­sé de sexisme, des pneus cre­vés sur le vé­hi­cule d’un per­son­nel ad­mi­nis­tra­tif, etc.

Re­fus de dis­cus­sion

Face à ces in­ci­dents qui nuisent à la sé­ré­ni­té de l’éta­blis­se­ment, des étu­diants et bon nombre d’en­sei­gnants re­grettent l’« au­to­ri­ta­risme » de la di­rec­tion. « Les ap­pels aux CRS pour dé­blo­quer l’école, le re­fus de don­ner quelques heures de tra­vail heb­do­ma­daire à la bi­blio­thèque uni­ver­si­taire à deux étu­diantes mo­bi­li­sées sur des blo­cages, la non-ti­tu­la­ri­sa­tion de per­son­nels s’op­po­sant à la di­rec­tion, la plainte au pé­nal et les pro­cé­dures dis­ci­pli­naires en cours ne sont pas la so­lu­tion », re­grette Érik Ne­veu, di­rec­teur de 2004 à 2009.

« La ré­pres­sion qui s’abat sur les étu­diants n’est qu’un épi­sode par­mi beau­coup d’autres, s’agace Ch­ris­tian Le Bart, pro­fes­seur de sciences po­li­tiques à l’IEP de­puis 2005. Plu­sieurs pro­fes­seurs abondent dans le même sens : « Notre éta­blis­se­ment pâ­tit gra­ve­ment des in­suf­fi­sances d’une di­rec­tion qui confisque les le­viers de pou­voir, qui ex­clut, qui clien­té­lise, et qui a re­non­cé à toute concer­ta­tion avec les forces vives de l’en­sei­gne­ment et de la re­cherche ».

Élec­tions en juin

Pour sor­tir de la crise et faire re­ve­nir de la plu­ra­li­té et de la sé­ré­ni­té, plu­sieurs en­sei­gnants ai­me­raient que le rec­to­rat ou Rennes 1, uni­ver­si­té tu­té­laire de l’IEP, dé­signe de nou­velles per­sonnes au sein du CA. For­te­ment cri­ti­qué, le di­rec­teur de Sciences Po Rennes, Pa­trick Le Floc’h achève son deuxième et ul­time man­dat cet été. Ab­sent pour rai­sons de san­té, il n’a pu être joint. Dans les cou­loirs de l’IEP, tout le monde parle d’un « épui­se­ment psy­cho­lo­gique ».

Fin juin, un nou­veau conseil d’ad­mi­nis­tra­tion doit être élu. Pa­blo Diaz, di­rec­teur ad­joint, de­vrait être can­di­dat. Le di­rec­teur ad­joint de­puis 2009 phi­lo­sophe : « His­to­ri­que­ment, les pé­riodes pré­élec­to­rales sont tou­jours com­pli­quées à l’IEP. Ce n’est pas nou­veau ».

Ro­main Roux Pho­to ar­chives

À plu­sieurs re­prises, au prin­temps 2018, les CRS avaient dé­jà été ap­pe­lés pour fil­trer les en­trées à Sciences Po Rennes.

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