Un doc sur le stress post-trau­ma­tique

Le Télégramme - Carhaix - - BRETAGNE - Loïc Ber­thy

Le do­cu­men­ta­riste lar­mo­rien Ri­chard Bois est en passe d’ache­ver son film sur des mi­li­taires qui souffrent d’un stress post-trau­ma­tique.

Son su­jet : le rôle de la pa­role dans la ré­pa­ra­tion, à tra­vers quelques té­moi­gnages poi­gnants. > Comment avez-vous eu l’idée de ce do­cu­men­taire, que vous avez in­ti­tu­lé « Tuer le si­lence » ?

J’avais réa­li­sé un pré­cé­dent film sur le Centre de ré­édu­ca­tion fonc­tion­nelle de Ker­pape. Des membres du col­lec­tif « De­bout Mar­souins », qui ras­semble des bles­sés de guerre du 3e RIMa (ré­gi­ment d’in­fan­te­rie de ma­rine) de Vannes, ont vu mon tra­vail et m’ont de­man­dé si je pouvais me pen­cher sur le su­jet. Je crois qu’ils ont ai­mé le fait que je ne jette pas un re­gard lar­moyant sur les per­sonnes han­di­ca­pées que j’ai vues à Ker­pape. Mon dis­cours était plu­tôt de mon­trer comment on s’en sort, comment on se re­cons­truit.

> C’est aus­si sous le prisme de la re­cons­truc­tion que vous abor­dez ce do­cu­men­taire sur des mi­li­taires trau­ma­ti­sés lors d’opé­ra­tions ex­té­rieures...

Ce film montre des gens qui sont par­tis en mis­sion et en sont re­ve­nus très abî­més. Une femme et quatre hommes aux pro­fils dif­fé­rents. Il y a Cé­cile Trom­pette, une jeune femme qui a été as­sez mé­dia­ti­sée après sa bles­sure en Af­gha­nis­tan. Jean-Louis Zoude, un mi­li­taire du 3e RIMa qui a vé­cu des choses ter­ribles au Rwan­da et qui se sont ré­veillées quand il était en Af­gha­nis­tan. Il y a aus­si un pi­lote d’hé­li­co­ptère, un mi­li­taire qui était pré­sent à la tue­rie de Gwan (Af­gha­nis­tan) et y a éga­le­ment été bles­sé, et en­fin un ex-mi­li­taire du 1er RIMa dont le vé­hi­cule a sau­té sur une mine.

Ce qui m’in­té­resse dans leur té­moi­gnage, c’est le rapport à la pa­role. À quel mo­ment et pour­quoi quel­qu’un qui est en si­tua­tion de stress post-trau­ma­tique se dé­cide à par­ler ? C’est ce­la que ce film montre.

> Comment avez-vous trou­vé vos cinq té­moins ?

Ce­la a été très long. Pour faire ça bien, je suis tout d’abord pas­sé par le Sir­pa (1) mais il n’a pas été très utile. Le col­lec­tif des mar­souins m’a ai­dé, l’Of­fice na­tio­nal des an­ciens com­bat­tants aus­si, no­tam­ment le co­lo­nel Al­la­ve­na, qui y est res­pon­sable du bu­reau des bles­sés et qui a vrai­ment fait beau­coup pour ce film. Je n’ai pas re­te­nu tous ceux qui étaient d’ac­cord pour té­moi­gner, soit parce que leur pro­fil psy­cho­lo­gique ne ren­trait pas dans le su­jet, soit parce qu’ils te­naient un dis­cours re­van­chard sur l’ins­ti­tu­tion. C’était hors-su­jet.

> Vous avez réa­li­sé 5 h 30 d’in­ter­views, alors que ce­la fait dé­jà plus de trois ans que vous tra­vaillez sur ce pro­jet. Pour­quoi est-ce si long à mettre en place ?

Il y a tou­jours un gros tra­vail de pré­pa­ra­tion quand on réa­lise un do­cu­men­taire, parce qu’il faut faire les bons choix. J’ai aus­si beau­coup tra­vaillé avec Jacques Bré­li­vet, psy­cho­logue au sein des com­man­dos de ma­rine de Lo­rient. Et puis il a fal­lu cher­cher des fi­nan­ceurs. France TV, le CNC (2), la Ré­gion Bre­tagne nous aident à hau­teur de 120 000 eu­ros. Mais il manque en­core 70 000 eu­ros pour bou­cler le budget. J’en pro­fite pour pous­ser un coup de gueule contre cer­taines grandes en­tre­prises de l’in­dus­trie mi­li­taire qui brassent des mil­liards d’eu­ros mais n’ont pas un cen­time à don­ner à mon pro­jet, me ré­pon­dant que ce n’est pas leur ob­jet. Elles ont la même at­ti­tude scan­da­leuse de dés­in­té­rêt pour les as­so­cia­tions d’aide aux bles­sés de guerre. C’est tout simplement stu­pé­fiant.

> Quand sor­ti­ra votre do­cu­men­taire ?

Il reste quelques scènes à tour­ner et le mon­tage à ter­mi­ner. Je pense que le do­cu­men­taire de 52 mi­nutes se­ra fi­ni pour oc­tobre, pour une dif­fu­sion dé­but 2020. Mais j’es­père aus­si pou­voir en faire un film long for­mat qui se­ra dis­tri­bué dans les salles.

(1) Ser­vice d’in­for­ma­tion et de re­la­tions pu­bliques de l’ar­mée.

(2) Centre na­tio­nal du ci­né­ma.

▼ Pra­tique

Contact : tuer­le­si­[email protected]­wen­zo­ri.fr

L. B.

Ori­gi­naire de Lar­mor-Plage (56), le do­cu­men­ta­riste Ri­chard Bois a re­cueilli les té­moi­gnages d’an­ciens mi­li­taires sur la ges­tion de leur stress post-trau­ma­tique.Photo

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