Une « mo­der­ni­sa­tion » qui inquiète

Le Télégramme - Carhaix - - LE FAIT DU JOUR - Vu par Sté­phane Bu­gat

Ce n’est pas en­core la mo­bi­li­sa­tion en masse mais tout au moins le ré­vé­la­teur d’une in­quié­tude et d’un ma­laise as­sez pro­fonds. Les fonc­tion­naires ont bat­tu le pa­vé, ce jeu­di. Plus que le nombre de ma­ni­fes­tants ain­si mo­bi­li­sés, ce qui vaut d’être sou­li­gné, c’est leur pré­sence sur tout le ter­ri­toire, la di­ver­si­té des ad­mi­nis­tra­tions concer­nées et sur­tout l’im­pli­ca­tion des neuf syn­di­cats, re­pré­sen­tant les 5,5 mil­lions d’agents pu­blics. Un ex­ploit !

Cible du jour, le pro­jet de loi qui se­ra exa­mi­né par l’As­sem­blée na­tio­nale, à par­tir du 13 mai. Il s’agit, bien en­ten­du, de faire des éco­no­mies bud­gé­taires. Ob­jec­tif dont per­sonne ne conteste le bien-fon­dé et au­quel nos ad­mi­nis­tra­tions doivent contri­buer. En sup­pri­mant 120 000 postes d’ici à 2022 ? Gé­rald Dar­ma­nin, le mi­nistre des Comptes pu­blics, a ré­ité­ré l’ob­jec­tif que le pré­sident de la Ré­pu­blique a pour­tant écar­té, lors de sa confé­rence de presse.

Be­soin d’être com­pris

En fait, ce n’est pas ce­la qui inquiète le plus les syn­di­cats. Ce qu’ils mettent en cause, c’est dé­jà le « pas­sage en force ». Il est vrai que l’on s’est ha­bi­tué à ce que le gou­ver­ne­ment évite de s’at­tar­der avec des né­go­cia­tions un tant soit peu ap­pro­fon­dies. Plus en­core, c’est la te­neur et l’es­prit même du texte qui est en cause. Sous pré­texte de « mo­der­ni­ser », il ins­taure un CDD de six ans, ce qui est une ma­nière évi­dente de ba­na­li­ser le re­cours aux contrac­tuels qui s’est dé­jà gé­né­ra­li­sé. Il pré­voit une plus forte in­di­vi­dua­li­sa­tion des ré­mu­né­ra­tions, ce qui peut per­mettre d’en­cou­ra­ger le mé­rite mais aus­si de faire place à un certain ar­bi­traire. Il aug­mente le temps de tra­vail, ce qui n’a rien de cho­quant si on ne fait pas une gé­né­ra­li­té de cer­taines si­tua­tions par­ti­cu­lières ef­fec­ti­ve­ment fort avan­ta­geuses. Il an­nonce un plan de dé­parts vo­lon­taires, sous pré­texte de flui­di­fier les pas­sages du pu­blic au pri­vé, mais plu­tôt in­ter­pré­té comme an­non­cia­teur d’une ré­duc­tion dras­tique des ef­fec­tifs et, à terme, d’un chan­ge­ment en pro­fon­deur des sta­tuts. Le grand dé­bat a confir­mé l’at­ta­che­ment des Fran­çais à leurs ser­vices pu­blics. De son cô­té, Em­ma­nuel Ma­cron a sou­hai­té, à juste titre, qu’ils ré­pondent plus ef­fi­ca­ce­ment au be­soin de proxi­mi­té. Ce qui est certain, c’est que notre fonc­tion pu­blique, pour ac­cep­ter d’être bous­cu­lée, a d’abord be­soin d’être com­prise.

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