« Illu­soire de pen­ser qu’on va l’éra­di­quer »

Se­lon Quentin Rome, en­to­mo­lo­giste au Mu­séum d’his­toire na­tu­relle de Pa­ris, il va falloir s’ha­bi­tuer à vivre avec le fre­lon asia­tique et concen­trer les re­cherches sur les moyens de pro­té­ger les ruches.

Le Télégramme - Carhaix - - BRETAGNE - Pro­pos re­cueillis par Mar­tin Vau­goude

> Le fre­lon asia­tique est-il pré­sent sur tout le ter­ri­toire ?

Il est pré­sent qua­si­ment sur tout le ter­ri­toire, même si ce n’est pas en forte den­si­té par­tout. Les seuls en­droits où il n’a pas été ob­ser­vé sont le Haut-Rhin, le ter­ri­toire de Bel­fort et la Corse.

> Est-il en­core en phase d’ex­pan­sion ?

Il est en­core en pro­gres­sion, dans les zones qu’il a co­lo­ni­sées de­puis peu de temps. Dans les zones où il est pré­sent de­puis trois-quatre ans, on est dans une évo­lu­tion de po­pu­la­tion stan­dard, comme chez toutes les guêpes. Les po­pu­la­tions os­cil­lent se­lon les an­nées, en fonc­tion du cli­mat. Il y a des an­nées avec fre­lons et des an­nées sans.

> Ob­serve-t-on des phé­no­mènes de ré­gres­sion dans cer­taines zones ?

Quand on en ob­serve, les ré­gres­sions ap­pa­raissent liées à des évé­ne­ments cli­ma­tiques. C’est par exemple ce qui s’est pro­duit en Ven­dée, en 2016. La po­pu­la­tion de fre­lons asia­tiques a chu­té for­te­ment après un épi­sode très plu­vieux, au mo­ment où les fon­da­trices étaient en train de faire leurs nids, la pé­riode fra­gile du cycle de vie.

> Ces chutes de po­pu­la­tion son­telles dé­fi­ni­tives ?

Non. Il suf­fit en­suite d’une an­née fa­vo­rable et le fre­lon re­vient. C’est une espèce qui a une mé­thode de re­pro­duc­tion lui per­met­tant de très bien en­cais­ser les variations cli­ma­tiques. C’est ce qui lui a per­mis de s’im­plan­ter sur tout le conti­nent, alors que la po­pu­la­tion eu­ro­péenne n’est is­sue que d’une seule reine.

> Il n’y a donc au­cun es­poir d’éra­di­quer le fre­lon asia­tique ?

Dans le monde, on n’a ja­mais réus­si à éra­di­quer au­cune guêpe so­ciale invasive. Ce fre­lon étant en­core plus dif­fi­cile à contrô­ler, il est as­sez illu­soire de pen­ser qu’on peut en­core faire quelque chose. C’est une espèce qui pro­li­fère vite. Deux ans après son ar­ri­vée en France, il était dé­jà pré­sent dans 13 dé­par­te­ments. Et, au­jourd’hui, on n’a tou­jours au­cune mé­thode pour ré­gu­ler l’espèce.

> Faut-il tout faire pour le pié­ger ?

C’est quelque chose qui est dis­cu­té et, hé­las, as­sez po­lé­mique. Mal­gré ce qui peut être dit, il n’existe pas au­jourd’hui de piège vé­ri­ta­ble­ment sé­lec­tif, même si ce­la s’amé­liore. Le pro­blème, c’est que beau­coup d’autres in­sectes sont cap­tu­rés. L’im­pact sur la bio­di­ver­si­té n’est pas né­gli­geable. C’est pour ce­la que nous ne re­com­man­dons le pié­geage qu’aux api­cul­teurs, à proxi­mi­té im­mé­diate des ruches.

> Ten­ter d’éli­mi­ner les fon­da­trices au prin­temps est-il in­ef­fi­cace ?

Pour le mo­ment, je ne peux pas vous le dire avec cer­ti­tude. Nous sommes en­core en train de l’éva­luer et nos re­cherches ne sont pas ter­mi­nées. Mais les études scien­ti­fiques sur d’autres guêpes ayant des cycles de vie très proches ont conclu que pié­ger les fon­da­trices au prin­temps était in­ef­fi­cace.

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