PAR­LER DES SOINS PAL­LIA­TIFS

Le Télégramme - Carhaix - - CARHAIX CENTRE BRETAGNE - Claude-Alain Bes­co

La pro­jec­tion du film de Da­vid Roux au Grand Bleu, le 20 mai pro­chain, se­ra sui­vie d’un dé­bat sur un su­jet qui nous concerne tous à plus ou moins brève échéance, la fin de vie. Plus sou­vent évo­quée dans le cadre des dis­cus­sions sur les pro­po­si­tions de lois vi­sant à au­to­ri­ser l’eu­tha­na­sie, c’est un autre de ses as­pects, moins connu, que l’As­so­cia­tion de soins pal­lia­tifs Ar­mo­rique sou­haite abor­der. Le faire connaître au plus grand nombre et, qui sait, sus­ci­ter des vo­ca­tions.

Le pre­mier film de Da­vid Roux, L’ordre des mé­de­cins, se­ra pro­je­té au Grand Bleu le 20 mai. L’oc­ca­sion d’un dé­bat vi­sant à éclai­rer et échan­ger sur les soins pal­lia­tifs. Dans l’es­poir de sus­ci­ter des vo­ca­tions de bé­né­voles à l’as­so­cia­tion ASP Ar­mo­rique.

« Quand j’ai ré­flé­chi à une ac­tion pour nous faire connaître da­van­tage, j’ai pen­sé à une pro­jec­tion de film », ex­plique Ma­rie-Noëlle Coi­gnat, co­or­di­na­trice ca­rhai­sienne bé­né­vole d’ASP Ar­mo­rique de­puis six ans. L’ac­cueil de Lé­na Oli­vier, di­rec­trice du Grand Bleu, a im­mé­dia­te­ment été fa­vo­rable. L’idée d’une confé­rence-dé­bat est ve­nue na­tu­rel­le­ment, de même que le choix du film.

L’hô­pi­tal pour contexte

L’ordre des mé­de­cins est le pre­mier long-mé­trage, sor­ti en dé­but d’an­née, de Da­vid Roux. Una­ni­me­ment sa­lué par la critique pour sa jus­tesse de ton, sa me­sure et sa pu­deur, il est dé­crit comme une re­pré­sen­ta­tion de l’hô­pi­tal aux an­ti­podes de la clai­ron­nante vision don­née par la ma­jo­ri­té des séries et block­bus­ters américains. À tra­vers un jeune mé­de­cin aguerri qui voit sa mère en­trer dans un ser­vice voi­sin, les fron­tières éta­blies par le pra­ti­cien entre vie pro­fes­sion­nelle et in­time va­cillent. Avec sa fa­mille, ses émo­tions font ir­rup­tion dans un cadre qu’il avait jus­qu’alors ri­gou­reu­se­ment ba­li­sé. Con­trai­re­ment à ce que pour­rait lais­ser croire son titre, le su­jet de l’his­toire n’est pas « les mé­de­cins », mais plu­tôt l’Hu­main, avec ses joies, aus­si simples puissent-elles être, ses es­poirs, ses dou­leurs, la cha­leur qu’il peut trou­ver au­près de ses sem­blables… La vie et la mort.

Di­gni­té in­alié­nable

Le film est un bon point de dé­part pour en­ta­mer des échanges sur le thème des soins pal­lia­tifs. Le su­jet, trop méconnu, fait par­tie in­té­grante de la fin de vie qui, sans vou­loir plom­ber l’am­biance, nous concer­ne­ra tous à plus ou moins long terme. Sou­vent oc­cul­té par les dé­bats sur l’eu­tha­na­sie, mou­rir dans la di­gni­té re­lève, pour le pré­sident d’ASP Ar­mo­rique, Hen­ri de Gris­sac, de l’ar­ticle 1er de la Dé­cla­ra­tion uni­ver­selle des Droits de l’Homme de 1948 : « Tous les êtres hu­mains naissent libres et égaux en di­gni­té et en droits », no­tant au pas­sage que la di­gni­té y fi­gure juste avant les droits. Il ajoute qu’une confu­sion est pos­si­ble­ment à l’ori­gine de l’igno­rance à pro­pos des soins pal­lia­tifs. Le concept, né dans les an­nées 60 à l’ini­tia­tive d’une in­fir­mière du Saint Ch­ris­to­pher hos­pi­tal de Londres, a été ex­por­té au Ca­na­da sous le terme de pa­lia­tive care, pour en­fin at­ter­rir en France, en 1987. La pre­mière uni­té dé­diée est créée à l’Hô­pi­tal in­ter­na­tio­nal de la Ci­té uni­ver­si­taire de Pa­ris par le pro­fes­seur fi­nis­té­rien Mau­rice Abi­ven. « Tra­duire care par « soi­gner » et non « prendre soin » a in­tro­duit une am­bi­guï­té. Et « pal­lia­tif », avec la conno­ta­tion de pis-al­ler, n’a pas ai­dé à don­ner une bonne re­pré­sen­ta­tion de ce dont il s’agit », ajoute le pré­sident.

Crise des vo­ca­tions

Hen­ri de Gris­sac ré­sume d’une for­mule : « tout ce qui reste à faire quand il n’y a plus rien à faire ». À nuan­cer du fait que ce­la ne concerne pas seule­ment la fin de vie puisque toutes bles­sures ou ma­la­dies graves peuvent conduire à y avoir re­cours. Plus lar­ge­ment, on peut consi­dé­rer qu’après ou à cô­té de soins cu­ra­tifs, ce­la consiste à sou­la­ger le pa­tient des dou­leurs physiques, des symptômes in­con­for­tables et des souffrances psy­cho­lo­giques, mo­rales et spi­ri­tuelles, par la pré­sence et l’écoute sans pro­sé­ly­tisme re­li­gieux. Au­près des mé­de­cins et soi­gnants d’uni­tés dis­po­sants de lits iden­ti­fiés, la pré­sence de bé­né­voles y contri­bue for­te­ment. Hé­las à Ca­rhaix, l’équipe créée en 2006 dans le sillage de celle ins­tal­lée à Châteaulin l’an­née pré­cé­dente tra­verse ac­tuel­le­ment une crise des vo­ca­tions. Six lits sont bien iden­ti­fiés au sein du ser­vice neu­ro-gé­ria­trie, mais Ma­rie-Noëlle Coi­gnat re­grette de ne co­or­don­ner qu’une équipe de trois per­sonnes, qui ap­porte son sou­tien à près de 200 pa­tients par an.

▼ Pra­tique

L’ordre des mé­de­cin, de Da­vid Roux, avec Jé­ré­mie Re­nier, Marthe Kel­ler, Zi­ta Han­rot. Lun­di 20 mai, à 20 h 30. Ta­rif spécial : 5€. Dé­bat après le film en pré­sence du doc­teur Sa­muel Du­ha­mel et son équipe (soins pal­lia­tifs à l’hô­pi­tal de Ca­rhaux), Hen­ri de Gris­sac, Ma­rie-Noëlle Coi­gnat et deux bé­né­voles d‘ASP Ar­mo­rique. Con­tacts : as­par­mo­[email protected] et 06.45.21.84.83.

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