Cham­pions du monde !

Le Télégramme - Carhaix - - DÉBATS - Re­né Pe­rez

Pour une sor­tie ho­no­rable de la crise des gilets jaunes, on a la so­lu­tion. Il faut mar­quer des buts. Beau­coup de buts. Et que l’équipe de France fé­mi­nine de foot de­vienne à son tour cham­pionne du monde, en fi­nale du Mon­dial qui va bien­tôt dé­mar­rer chez nous. Si l’Hexa­gone se­coué et meur­tri de­ve­nait le pre­mier pays au monde à dé­te­nir les titres, chez les femmes comme chez les hommes, du sport le plus po­pu­laire de la pla­nète, on com­men­ce­rait peut-être à par­ler d’autre chose. Et à moins voir en boucle les images de pou­belles brû­lées et de la­cry­mos ur­baines. Ou celles du royal ba­by ar­ri­vant dans un dé­li­cieux couple prin­cier, com­po­sé d’un ex-ado pa­ra­dant avec bras­sard na­zi et d’une di­vor­cée amé­ri­caine, ac­trice de sé­rie olé-olé et dé­jà sur­veillée de près par le fisc de son pays au titre de contri­buable ex­pa­triée. Un vrai conte de fée.

Mais bon, il va bien fi­nir par grim­per à l’af­fiche, ce Mon­dial en France, car après avoir long­temps vé­gé­té dans l’ano­ny­mat, les foo­teuses font main­te­nant de l’au­dience tant leur ni­veau s’amé­liore. Aux USA, leur cham­pion­nat est d’ailleurs plus mé­dia­ti­sé que ce­lui des hommes. Car elles ont le mé­rite d’évo­luer comme le fai­saient les glo­rieux an­ciens.

En jouant de­bout et sans pas­ser leur temps à faire des rou­lés-bou­lés dans l’herbe, en ap­pe­lant leur mère et en se tenant la jambe comme un nau­fra­gé ac­cro­ché à sa bouée. Avec, en joyeux fond so­nore, les vo­ci­fé­ra­tions des tri­bunes dé­gou­li­nant de vo­ca­bu­laires or­du­riers et par­fois pires en­core. Même si elles sont moins ath­lé­tiques et donc moins spec­ta­cu­laires, les fé­mi­nines nous ba­ladent au temps ja­dis du foot ori­gi­nel.

Et comme les Bleues, où s’illus­trent plu­sieurs Bre­tonnes, fi­gurent par­mi les meilleures équipes de la pla­nète, on peut es­pé­rer les voir réa­li­ser ce sen­sa­tion­nel dou­blé qui tom­be­rait comme un ca­deau prin­cier. Pour re­don­ner un sem­blant de com­mu­nion na­tio­nale, ça nous fe­rait du bien, pauvres de nous qui n’avons pas la chance des Bri­tan­niques, voyant avec ra­vis­se­ment un nou­veau-né pro­vi­den­tiel tom­ber du ciel pour at­té­nuer les ef­fets an­xio­gènes du Brexit. Nous, on n’a pas de ba­by. Juste le ba­by-foot.

Alors on croise les doigts pour que ce Mon­dial fé­mi­nin ait pour nous un ef­fet consen­suel et ré­con­for­tant, après avoir mon­tré à la pla­nète éba­hie que pour ce qui est de la discorde na­tio­nale, la casse ins­ti­tu­tion­na­li­sée et l’au­to­dé­ni­gre­ment per­ma­nent, nous sommes vrai­ment cham­pions du monde !

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