J.-H. Cau­gant, pro­duc­teur bio et pré­sident de chambre d’agri­cul­ture

Le Télégramme - Carhaix - - LA UNE -

Les in­fec­tions graves à mé­nin­go­coques touchent quelque 600 per­sonnes par an en France. Sé­vères, elles sont sou­vent lé­tales ou laissent de graves séquelles. Le point avec le Pr Ch­ris­tèle Gras-Le Guen, du CHU de Nantes, sur ces drames pour­tant évi­tables grâce à la vac­ci­na­tion.

Qu’est-ce qu’une mé­nin­gite à mé­nin­go­coques ?

Pr Ch­ris­tèle Gras-Le Guen : La mé­nin­gite à mé­nin­go­coques est une grave in­fec­tion des fines mem­branes qui en­ve­loppent le cer­veau et la moelle épi­nière due à une bac­té­rie, Neis­se­ria me­nin­gi­ti­dis. Deux tiers des cas concernent des in­fec­tions à mé­nin­go­coque B et le reste à mé­nin­go­coque C. Tou­te­fois, cette der­nière est as­so­ciée à un taux de lé­ta­li­té (jus­qu’à 30 %) et de séquelles sé­vères plus im­por­tant. C’est pour­quoi de­puis une di­zaine d’an­nées, le vac­cin contre cette forme est re­com­man­dé dans le ca­len­drier vac­ci­nal. De­puis l’an­née der­nière, il est de­ve­nu obli­ga­toire pour tous les en­fants à par­tir de 5 mois. La vac­ci­na­tion pour le mé­nin­go­coque B ne bé­né­fi­cie à ce jour d’au­cune re­com­man­da­tion ou prise en charge de l’As­su­rance-ma­la­die.

Qui peut en être vic­time ?

Il y a deux pics de sur­ve­nue pour la mé­nin­gite à mé­nin­go­coques : la pre­mière an­née de vie puis l’ado­les­cence. C’est pour­quoi on pré­co­nise que les mé­de­cins trai­tants soient vi­gi­lants lors des con­sul­ta­tions. Si leur carnet de san­té in­dique qu’ils ne sont pas im­mu­ni­sés contre le mé­nin­go­coque C (seul re­com­man­dé à ce jour), ils peuvent re­ce­voir une in­jec­tion jus­qu’à l’âge de 24 ans.

La couverture vac­ci­nale est-elle suf­fi­sante pour le mé­nin­go­coque C ?

Non, car mal­heu­reu­se­ment, les re­com­man­da­tions ne sont pas res­pec­tées. La vac­ci­na­tion d’une par­tie seule­ment des en­fants d’un an n’a donc pas per­mis de pro­té­ger les plus pe­tits grâce à l’ef­fet trou­peau. En ef­fet, si tous ceux de plus de 12 mois étaient vac­ci­nés, la bac­té­rie ne cir­cu­le­rait plus et les plus jeunes se­raient alors pro­té­gés par ri­co­chet.

Quelles sont les consé­quences de ces in­fec­tions ?

Nous avons pu­blié ré­cem­ment un tra­vail me­né dans tous les ser­vices de ré­ani­ma­tion pé­dia­trique du Grand Ouest (Brest, Rennes, Tours, An­gers, Nantes, Poi­tiers). Nous y avons iden­ti­fié toutes les formes graves d’in­fec­tions à mé­nin­go­coque C et nous avons no­té l’état de vac­ci­na­tion des en­fants. Ré­sul­tat : s’ils avaient été vac­ci­nés confor­mé­ment aux re­com­man­da­tions, au moins 20 % des en­fants dé­cé­dés ou vic­times de séquelles (am­pu­ta­tion de membre, cer­veau dé­truit…) au­raient pu être épar­gnés. Le mé­nin­go­coque B pro­voque éga­le­ment des in­fec­tions po­ten­tiel­le­ment mor­telles.

Fau­drait-il donc re­com­man­der la vac­ci­na­tion contre le mé­nin­go­coque B ? Notre étude se pour­suit afin de dé­ter­mi­ner dans quelle me­sure ce vac­cin pour­rait rendre ser­vice. Nous n’avons au­cune in­quié­tude quant à la to­lé­rance et la sé­cu­ri­té d’uti­li­sa­tion, mais compte te­nu de son prix (le Bex­se­ro coûte plus de 80 € la dose, et il en faut deux, sans prise en charge de l’As­su­rance-ma­la­die), le rap­port bé­né­fice-risque à l’échelle de la po­pu­la­tion doit en­core être éva­lué. Pour le mo­ment, il est pré­co­ni­sé en pé­riode d’épi­dé­mie ou chez les en­fants en dé­fi­cit im­mu­ni­taire.

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