Ex-apprenti, ma­na­ger de pa­lace

Le Télégramme - Carhaix - - BRETAGNE - Mark Mo­reau

Na­tif d’Ar­ra­don (56), Charles-Hen­ri Moëc est, à 26 ans, en charge des nou­veaux pro­jets de l’hô­tel de luxe The Con­naught, à Londres, de­puis quatre ans. Il est, en pa­ral­lèle, bé­né­vole au sein du co­mi­té fran­çais des Olym­piades des mé­tiers, et compte por­ter haut la can­di­da­ture tri­co­lore pour l’ac­cueil des World­skills 2023, sou­te­nue par Em­ma­nuel Ma­cron, qui l’a re­çu mardi 7 mai.

Meilleur apprenti de France en 2010, pen­dant sa for­ma­tion en al­ter­nance avec Alain Du­casse et Denis Cour­tiade. Double mé­daillé d’ex­cel­lence aux Olym­piades des mé­tiers en 2012, puis pré­pa­ra­teur phy­sique et men­tal de la dé­lé­ga­tion fran­çaise de­puis 2014. Maître d’hô­tel dans l’éta­blis­se­ment de luxe The Con­naught à Londres, et au­jourd’hui res­pon­sable des nou­veaux pro­jets du pa­lace cinq étoiles. À 26 ans, Charles-Hen­ri Moëc va vite, et c’est ce qu’il veut : « ra­pide et ef­fi­cace ! », s’amuse-t-il. Une sé­rie d’étapes qu’il ver­rait bien ponc­tuée par le col bleu­blanc-rouge de Meilleur ou­vrier de France.

Ori­gi­naire d’Ar­ra­don, ce­lui qui es­time à qua­torze heures une jour­née ba­nale de tra­vail gra­vit les éche­lons de­puis plus de dix ans. Au­jourd’hui à la tête d’une équipe de 30 per­sonnes dans un pa­lace lon­do­nien, il n’éprouve pas de mal à as­seoir son au­to­ri­té. « C’est ma fa­çon de voir les choses : ce que je de­mande à mon équipe, je l’ai dé­jà fait par le pas­sé. On peut être jeune et avoir de l’ex­pé­rience. » C’est pour cette rai­son qu’il a été pro­mu res­pon­sable des nou­veaux pro­jets de l’hô­tel : « Je me suis nour­ri du sa­voir d’Alain Du­casse et de Denis Cour­tiade. Je ne pen­sais pas avoir au­tant d’ex­per­tise à mon âge, mais je suis al­lé pro­vo­quer la chance : c’est la suite lo­gique du tra­vail que je four­nis. C’est très gra­ti­fiant ».

Cette dé­ter­mi­na­tion, ce ju­do­ka cein­ture noire l’a de­puis long­temps. En­fant, il vou­lait in­té­grer le GIGN. « J’ai tou­jours vou­lu tra­vailler sous pression, je trouve ça ad­dic­tif de cher­cher la sa­tis­fac­tion per­son­nelle et col­lec­tive en per­ma­nence. ».

Va­lo­ri­ser da­van­tage l’ap­pren­tis­sage

Si l’en­trée dans le groupe d’in­ter­ven­tion a été mise de cô­té, Charles-Hen­ri sait tout de même ce qu’il veut en fin de col­lège. « On ne m’a pas conseillé la for­ma­tion en BEP res­tau­ra­tion : je suis al­lé la cher­cher moi-même. Je ne me sen­tais pas com­pris à l’école, et nous avons cette chance, en France, d’avoir des for­ma­tions en ap­pren­tis­sage payées. » Une fi­lière qu’on ne va­lo­rise pas en­core as­sez à son goût. « Je pense qu’on de­vrait être plus sol­li­ci­té par les écoles et les col­lèges. Il faut que la gé­né­ra­tion qui ar­rive comprenne qu’il n’y a que dans le dic­tion­naire que le mot réus­site vient avant le mot tra­vail. » Il glisse au pas­sage un lé­ger ta­quet aux grandes écoles, « qui pro­mettent des choses im­pos­sibles dans la réa­li­té du tra­vail ».

Olym­piade des mé­tiers à Ka­zan en août

At­ta­ché à ses ra­cines bre­tonnes, Charles-Hen­ri Moëc évoque à de­mi-mot ses pro­jets. « Bien sûr que je garde des idées dans un coin de ma tête, mais pour l’instant, je compte res­ter à Londres. » Res­ter n’est peut-être pas le mot adé­quat, tant l’agenda du ma­na­ger est char­gé de voyages. L’Olym­piade des mé­tiers (Word­skills), du 22 au 27 août pro­chain à Ka­zan, en Rus­sie, l’oc­cupe une bonne par­tie du temps libre qui lui reste. Le World­skills est le plus grand des concours de mé­tiers au monde.

« La dé­lé­ga­tion fran­çaise a été re­çue à l’Ély­sée mardi 7 mai, et je se­rais à l’As­sem­blée na­tio­nale jeu­di. Di­manche, je prends un avion pour la Chine, où une ré­pé­ti­tion gran­deur na­ture de la com­pé­ti­tion se­ra don­née. » Le chef de l’État a en­cou­ra­gé la dé­lé­ga­tion pour la com­pé­ti­tion à ve­nir, mais a éga­le­ment ap­puyé son sou­tien à la can­di­da­ture de Lyon pour l’ac­cueil de la com­pé­ti­tion en 2023. « J’avais dé­jà ren­con­tré Ni­co­las Sar­ko­zy et François Hollande dans le pas­sé. C’est un point com­mun entre les trois pré­si­dents : ils re­con­naissent le le­vier que re­pré­sente l’ap­pren­tis­sage, et sou­tiennent les ac­tions qui va­lo­risent la fi­lière. »

Pho­to Ti­mo­thy Evan-Cook

Outre son poste de ma­na­ger dans un pa­lace lon­do­nien, Charles-Hen­ri Moëc est pré­pa­ra­teur phy­sique et men­tal de l’équipe de France qui par­ti­ci­pe­ra aux Olym­piades des mé­tiers, à Ka­zan, en août pro­chain.

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