Un chercheur fi­nis­té­rien porte plainte

Quelques jours après la pu­bli­ca­tion d’un ar­ticle du Monde sur un « fi­chier Mon­san­to », le chercheur ros­co­vite, Ro­bert Bel­lé, pro­fes­seur émé­rite de Sor­bonne Uni­ver­si­té a dé­ci­dé de dé­po­ser plainte contre X en même temps que son uni­ver­si­té.

Le Télégramme - Carhaix - - LA UNE - Cé­cile Re­nouard

> Ro­bert Bel­lé, vous an­non­cez dé­po­ser plainte contre X, ain­si que Sor­bonne Uni­ver­si­té à la­quelle vous êtes rat­ta­ché comme pro­fes­seur émé­rite. Com­ment vi­vez-vous cette si­tua­tion ?

C’est dif­fi­cile. J’ai ap­pris par le Monde, dans un ar­ticle du 9 mai du jour­na­liste Sté­phane Fou­cart, qu’il exis­tait une sorte de liste « noire », des gens fa­vo­rables ou dé­fa­vo­rables à Mon­san­to. J’ai vou­lu sa­voir si j’y étais, compte te­nu du fait que je suis ce­lui qui a dé­cou­vert, en 2002, la toxi­ci­té du Roun­dup et que j’étais dé­jà ci­blé dans les Mon­san­to Pa­pers (2017). En ap­pre­nant que j’y fi­gu­rais, j’ai dé­ci­dé d’écrire à Sor­bonne Uni­ver­si­té afin de le faire sa­voir au pré­sident. Très vite la res­pon­sable ju­ri­dique de l’uni­ver­si­té m’a contac­té et an­non­cé le dé­pôt de plainte de l’uni­ver­si­té, qui signe nos tra­vaux et m’a in­ci­té à le faire éga­le­ment. J’ai dé­po­sé plainte contre X, au­près du pro­cu­reur de la Ré­pu­blique près du tri­bu­nal de grande ins­tance de Pa­ris. Elle porte sur « la col­lecte de don­nées per­son­nelles par un moyen frau­du­leux, dé­loyal ou illi­cite », « la conser­va­tion en mé­moire in­for­ma­ti­sée des don­nées à ca­rac­tère per­son­nel fai­sant ap­pa­raître les opi­nions pu­bliques et phi­lo­so­phiques d’une per­sonne sans son consen­te­ment » et « le trans­fert illi­cite de don­nées à ca­rac­tère per­son­nel fai­sant l’ob­jet ou des­ti­nées à faire l’ob­jet d’un trai­te­ment vers un État n’ap­par­te­nant pas à l’Union eu­ro­péenne ou à une or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale ».

> Pou­vez-vous re­ve­nir sur les Mon­san­to Pa­pers où vous dites être ci­blé ?

En 2017, c’est le Monde qui m’a pré­ve­nu que j’étais ci­blé par les Mon­san­to Pa­pers. Sur les cen­taines, voire mil­liers de pages, de cette cor­res­pon­dance entre les fi­liales de Mon­san­to, il y en a quelques-unes qui me concernent. Ce jour-là, je suis tom­bé des nues. J’y étais nom­mé mais en plus j’étais ci­blé de­puis 1999. J’ai été cho­qué par la vio­lence de cer­tains termes. J’ai dé­jà eu des con­tacts avec Mon­san­to, ils sont venus me voir deux fois à Ros­coff. Des échanges oraux, d’ap­pa­rence très gen­tille, en 1999 et en 2001 ou 2002 jus­qu’à la pu­bli­ca­tion de mes tra­vaux de 2002. J’ai re­çu des lettres de leur part, aux­quelles j’ai dé­ci­dé d’ar­rê­ter d’y ré­pondre. Il y avait quelque chose de dé­gra­dant ou d’hu­mi­liant à re­ce­voir ces lettres avec des men­tions d’autres cher­cheurs qui re­ve­naient sur nos tra­vaux.

> Dans quel état d’es­prit êtes-vous au­jourd’hui ?

Pa­ra­doxa­le­ment, j’ai une cer­taine fier­té à être re­con­nu par Mon­san­to comme une sorte de « lan­ceur d’alerte ». Et en même temps, j’ai été très at­teint par les Mon­san­to Pa­pers. C’est plus qu’un ma­laise, c’est le poids de Mon­san­to. Main­te­nant, je ne me sens pas ras­su­ré, après le dé­pôt de plainte. C’est parce que j’ai l’ap­pui de l’uni­ver­si­té que j’ai ac­cep­té de le faire.

> Quel est votre re­gard au­jourd’hui sur le gly­pho­sate ? Un rap­port parlementaire sur ce su­jet est at­ten­du ce jeu­di, après avoir dé­clen­ché une po­lé­mique.

J’ai un re­gard de chercheur, pas de dé­ci­deur. C’est à eux de décider en bonne connais­sance, avec no­tam­ment des in­for­ma­tions ren­dues par des agences comme l’Agence na­tio­nale de sé­cu­ri­té sa­ni­taire de l’ali­men­ta­tion, de l’en­vi­ron­ne­ment et du tra­vail (ANSES), pour la France. Pour moi, il n’y a pas de contro­verse scien­ti­fique. Je ré­pète que le gly­pho­sate seul est qua­si in­of­fen­sif mais avec les ad­ju­vants il est très toxique. C’est im­por­tant de bien nom­mer les choses, de faire la dis­tinc­tion. Il n’y a pas de contro­verse scien­ti­fique donc mais des groupes de pres­sion sèment le doute dans l’es­prit du pu­blic. Et je consi­dère que la dé­marche du sé­na­teur Pierre Mé­de­vielle re­lève de cette dé­marche. Je suis sur­pris qu’il se soit ex­pri­mé alors que le rap­port est ren­du pu­blic de­main (ce jeu­di NDLR) (*).

* Pierre Mé­de­vielle, sé­na­teur de Hau­teGa­ronne, a confié, lun­di, à la Dé­pêche du Mi­di les conclu­sions de cette en­quête et af­firme que le prin­cipe ac­tif du Roun­dup fabriqué par Mon­san­to est « moins can­cé­ro­gène que la char­cu­te­rie ou la viande rouge ».

Pho­to C. R.

Ro­bert Bel­lé est pro­fes­seur émé­rite de Sor­bonne Uni­ver­si­té et in­ter­vient, no­tam­ment, comme chercheur à la sta­tion bio­lo­gique de Ros­coff.

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