Agroa­li­men­taire. Hé­naff fait sa ré­vo­lu­tion verte

Le Télégramme - Carhaix - - ÉCONOMIE - Phi­lippe Cré­hange

Le cé­lèbre pro­duc­teur de la pe­tite boîte de pâté jaune et bleue de Poul­dreu­zic (29) an­nonce un plan am­bi­tieux pour 2030. Au coeur de sa stra­té­gie : un res­pect ren­for­cé de l’en­vi­ron­ne­ment et du bien-être ani­mal.

De l’aveu même de Loïc Hé­naff, ce­la fai­sait dé­jà quelques an­nées que le pro­duc­teur de pâté de porc n’avait pas pris la pa­role pour évo­quer son am­bi­tion. Ti­mi­di­té et hu­mi­li­té toutes fi­nis­té­riennes, mais pas seu­le­ment. « C’est parce que nous avons été très occupés », sou­rit l’in­dus­triel bre­ton. Et pour cause. De­puis trois ans, l’en­tre­prise oeuvre à sa trans­for­ma­tion. Un « tra­vail qui vient de loin », abou­tis­se­ment des étapes suc­ces­sives de dé­ve­lop­pe­ment de la so­cié­té fa­mi­liale plus que cen­te­naire (1907), qui sonne aus­si comme une ré­vo­lu­tion verte.

« Pro­duire bien, bon et sain »

Face à un chan­ge­ment pro­fond de la so­cié­té et des at­tentes des consom­ma­teurs au­tour des ques­tions de dé­ve­lop­pe­ment du­rable et d’éco­lo­gie, Hé­naff veut dé­sor­mais s’ins­crire comme « un chef de file, un pois­son pi­lote en Bre­tagne, pour sus­ci­ter l’en­vie à d’autres d’avan­cer ».

À tra­vers le plan « Be good » - al­lu­sion à peine voi­lée à ses ori­gines bi­gou­dènes la PME de 281 sa­la­riés a gra­vé dans le marbre 5 grands pi­liers et 14 engagements prio­ri­taires pour le fu­tur, fixant l’échéance de 2030 pour y par­ve­nir. Dans son his­toire, « notre en­tre­prise a eu un im­pact éco­no­mique et so­cial po­si­tif sur son ter­ri­toire. Sur le plan en­vi­ron­ne­men­tal, ce n’est pas vrai. Le bi­lan est né­ga­tif parce que nous sommes tous consom­ma­teurs de car­bone », avoue sans am­bages ce­lui qui se pré­sente comme le pa­tron d’une « in­dus­trie de cam­pagne ». « Il est de notre res­pon­sa­bi­li­té de nous en­ga­ger dans ce chan­ge­ment. Nous sommes dans un nou­veau monde dans le­quel il fau­dra pro­duire bien, bon et sain ».

« On vise les 33 % de bio en 2030 »

Hé­naff ne part pas de zé­ro. Ges­tion de l’eau ver­tueuse en cycle fer­mé, cham­pion de l’achat lo­cal (76 % en Bre­tagne), di­men­sion so­ciale (94 % des sa­la­riés sont en CDI)… Au­tant de cri­tères sur les­quels l’in­dus­triel coche dé­jà les cases. Sans ou­blier le bio, qui re­pré­sente au­jourd’hui 10 % de sa pro­duc­tion to­tale. Mais l’en­tre­prise veut al­ler plus loin, et dans tous les do­maines. Le bio ? « On vise les 33 % à l’ho­ri­zon 2030 ». Les déchets ? « Il faut qu’ils soient va­lo­ri­sés. 84 % le sont dé­jà. Je veux que 100 % de nos pro­duits soient éco-conçus. Ce ne se­ra peut-être pas 100 % en 2030 mais le su­jet c’est agir ! », mar­tèle Loïc Hé­naff, qui ins­crit aus­si son en­tre­prise dans la Breizh Cop lan­cée par le con­seil ré­gio­nal.

En­ga­ger les éle­veurs

Des chan­ge­ments que l’in­dus­triel ne pour­ra pas en­ga­ger seul. Les éle­veurs qui tra­vaillent avec lui pour lui four­nir les 42 000 porcs an­nuels né­ces­saires à son ac­ti­vi­té sont en pre­mière ligne. Des pro­fes­sion­nels qui « ont conscience de vivre dans un nou­vel éco­sys­tème », confirme Thierry Gal­lou, di­rec­teur gé­né­ral de la co­opé­ra­tive Evel Up, pre­mier par­te­naire d’Hé­naff.

Reste qu’en ma­tière de bien-être ani­mal, le pro­duc­teur de pâté af­fiche de grandes am­bi­tions : « On veut veiller à la bien­trai­tance des porcs tout au long de leur vie », af­firme Loïc Hé­naff. Concrè­te­ment, l’en­tre­prise veut par exemple stop­per la coupe des queues, la cas­tra­tion et le meu­lage des dents des por­ce­lets à l’ho­ri­zon 2030 ou en­core re­voir les es­paces de vie des truies. Mes­sage re­çu cinq sur cinq dans le monde agri­cole. « Tout n’est pas par­fait au­jourd’hui, ac­quiesce Thierry Gal­lou. Il faut nous don­ner du temps mais on n’a pas le droit de re­cu­ler face à ces dé­fis-là ». D’abord en­tre­pre­neur, Loïc Hé­naff ne cache pas non plus que son am­bi­tion n’est pas seu­le­ment de faire du vert pour du vert. « On doit ga­gner de l’argent pour être viable ». En 2018, le chiffre d’af­faires du groupe s’est éta­bli à 45,5 M€. Une hausse de 9,1 % sur­tout por­tée par les ré­centes ac­qui­si­tions et le bio. « Le coeur de l’en­tre­prise est en re­cul, on s’est désen­ga­gé des marques dis­tri­bu­teurs ». Il lui faut donc trou­ver de nou­veaux re­lais de crois­sance. Après le pâté en 2018, le lan­ce­ment de sa sau­cisse dans une ver­sion bio d’ici à la fin de l’an­née en est un. Le bio, en­core et tou­jours.

Le Té­lé­gramme/Phi­lippe Cré­hange

Loïc Hé­naff, pré­sident du di­rec­toire de Jean Hé­naff SA.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.