Ch­ris­tine Har­dy. Le braille sous le doigt

Le Télégramme - Carhaix - - TV - Émilie Veys­sié

Dé­fi­ciente vi­suelle, Ch­ris­tine Har­dy a bien failli de­ve­nir aveugle. Cette épreuve l’a pous­sée à se don­ner corps et âme pour ai­der les non­voyants. Cette in­fir­mière à la re­traite consacre son temps à don­ner des cours de braille et à trans­crire des livres en tous genres afin de rendre la lu­mière à ceux qui ne voient plus.

« Vu ce que les mé­de­cins m’avaient dit, c’était une évi­dence pour moi. Il fal­lait que je saute le pas, que je me mette le braille sous le doigt ». Ch­ris­tine Har­dy a vu sa vie bas­cu­ler en 2000 quand le corps mé­di­cal lui a an­non­cé qu’elle ris­quait de de­ve­nir aveugle. Ses nerfs op­tiques trop fins pou­vaient lâ­cher à tout mo­ment et plonger l’in­fir­mière, au­jourd’hui à la re­traite, dans le noir com­plet.

Pen­dant plus de dix ans, Ch­ris­tine Har­dy suit des trai­te­ments très lourds. Un jour, elle dé­cide d’ac­cep­ter cette fa­ta­li­té et d’ap­prendre le braille « pour plus d’autonomie ». À cette pé­riode, elle voit. Mal, mais elle n’est pas aveugle.

« L’ap­pren­tis­sage n’est pas fa­cile »

Ch­ris­tine Har­dy, qui vit avec son ma­ri Joël à VieuxVy-sur-Coues­non (35), découvre l’as­so­cia­tion Valentin Haüy. Elle se rend à l’an­tenne de Rennes pour y ap­prendre la mé­thode d’écri­ture in­ven­tée par Louis Braille en 1829. « L’ap­pren­tis­sage n’est pas fa­cile, il faut s’ac­cro­cher. Mais j’ai été très bien ai­dée. Laurence Rous­seau, ma pro­fes­seure et dé­sor­mais amie, m’a en­sei­gné l’al­pha­bet à points. Elle a le sens du don en elle ».

C’est peut-être cette ren­contre qui conduit Ch­ris­tine Har­dy à s’im­pli­quer da­van­tage. Une fois le braille maî­tri­sé, elle s’en­gage dans l’as­so­cia­tion et en­seigne, à son tour, le sys­tème d’écri­ture universel. « Je vou­lais m’en­tre­te­nir, il fal­lait que le Ch­ris­tine Har­dy, tra­duc­trice de livre en braille

braille reste sous le doigt », ex­plique-t-elle, mo­deste. Joël, son ma­ri, com­plète : « Elle se sen­tait re­de­vable du sou­tien et de tout ce que lui a ap­pris l’as­so­cia­tion ». L’as­so­cia­tion Valentin Haüy compte 600 bé­né­fi­ciaires à Rennes pour 180 bé­né­voles.

Entre-temps son état s’ag­grave. Les mé­de­cins lui pro­posent de l’opé­rer et une so­lu­tion se des­sine. « On m’a po­sé un stent dans la tête. Ça per­met d’agran­dir le ca­nal pour que le sang cir­cule mieux », dé­taille Ch­ris­tine. De­puis, sa vue se main­tient et l’es­poir est re­ve­nu : « Vous ne se­rez pas aveugle », lui ont confir­mé les mé­de­cins.

Un livre de ca­té­chisme pour une fillette

L’en­ga­ge­ment de Ch­ris­tine Har­dy va plus loin. Sa ma­chine Per­kins sous les doigts, elle trans­crit des livres en braille pour en­ri­chir la bi­blio­thèque de l’as­so­cia­tion à Rennes où 500 livres sont dé­jà dis­po­nibles. Un tra­vail qui re­pré­sente à ce jour une qua­ran­taine de poèmes et une di­zaine de ro­mans, des po­lars aux livres his­to­riques en pas­sant même par un livre de ca­té­chisme. « Ce­lui-là, c’était pour une pe­tite fille aveugle de 6 ans qui se sen­tait iso­lée pen­dant ses cours de ca­té­chisme qu’elle ne pou­vait pas suivre comme les autres en­fants », ra­conte Ch­ris­tine. Le braille, outre un fac­teur d’autonomie, est un réel en­jeu d’in­té­gra­tion so­ciale.

« Si le noir ar­ri­vait, je conti­nue­rais mal­gré tout ».

Concours de haï­kus

Avec son ma­ri, son sou­tien in­dé­fec­tible de­puis le dé­but, ils ont créé l’as­so­cia­tion La culture de l’art qui or­ga­nise un concours de haï­kus, ces tout pe­tits poèmes ja­po­nais. En bi­nôme, voyants et aveugles in­ventent un haï­ku et le trans­crivent avec une ma­chine Per­kins ou une ta­blette à poin­çons. Ch­ris­tine Har­dy, qui passe presque tout son temps libre à en­sei­gner, trans­crire ou sen­si­bi­li­ser sur le braille, ré­dige éga­le­ment le texte à points qui va ac­com­pa­gner le re­table de la ca­thé­drale de Rennes.

En ce mo­ment, elle tra­vaille sur « La tra­ver­sée ar­dente de la nuit » par Do­mi­nique Bo­din et Fran­çoise Co­ty, une bio­gra­phie d’An­gèle Van­nier, une poé­tesse de­ve­nue aveugle dans sa jeu­nesse mais qui a pour­sui­vi son oeuvre. Une trans­crip­tion évi­dente pour Ch­ris­tine Har­dy : « Si le noir ar­ri­vait, je conti­nue­rais mal­gré tout ».

Pho­to E.V.

Avec sa ma­chine Per­kins, Ch­ris­tine Har­dy trans­crit des livres en braille pour en­ri­chir la bi­blio­thèque de l’as­so­cia­tion Valentin Haüy, à Rennes

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