Un dif­fi­cile ap­pren­tis­sage

Le Télégramme - Carhaix - - FRANCE - Sté­phane Bu­gat

Sa dé­ter­mi­na­tion est in­tacte mais son sou­rire et son sens de la for­mule, dont elle sa­vait user avec dis­cer­ne­ment, ont dis­pa­ru. So­li­de­ment en­ca­drée par une es­couade de jeunes tech­nos ma­cro­nistes, Na­tha­lie Loi­seau a bien du mal à con­vaincre dans son nou­veau rôle de tête de liste aux élec­tions eu­ro­péennes.

Tout lui est dé­jà re­pro­ché : ses en­ga­ge­ments loin­tains, sa voix qui monte vite dans les ai­gus et qui manque d’am­pleur, son faible cha­risme. On ne s’im­pro­vise pas me­neuse de troupes et ba­te­leuse de tri­bunes. Le CV de Na­tha­lie Loi­seau ne ju­rait certes pas pour la mission qui lui in­combe au­jourd’hui. C’est pro­ba­ble­ment ce qui a dé­ter­mi­né le Pré­sident à la choi­sir pour dé­fendre ses cou­leurs, d’au­tant qu’il n’avait pas sous la main plé­thore d’al­ter­na­tives cré­dibles.

« Un vrai brio »

Après un pas­sage à Sciences Po et une brève escapade dans la mode, Na­tha­lie Loi­seau choi­sit la car­rière di­plo­ma­tique. Après plu­sieurs postes dans des am­bas­sades afri­caines, elle se re­trouve, en 1993, ben­ja­mine du ca­bi­net d’Alain Jup­pé, alors mi­nistre des Af­faires étran­gères. Ce qui lui vaut en­suite d’être nom­mée, à Wa­shing­ton, porte-pa­role de l’am­bas­sade de France. « Elle a du sang-froid », di­ra d’elle JeanDa­vid Le­vitte, qui fut alors notre am­bas­sa­deur aux États-Unis. Les re­la­tions avec Laurent Fa­bius, qui s’ins­talle au Quai d’Or­say en 2012, sont net­te­ment moins idyl­liques. Elle at­ter­rit à la di­rec­tion de l’Ena. Pas si fa­cile pour elle qui a échap­pé à ce cur­sus. Elle ne se laisse certes pas in­ti­mi­der par les jeunes pousses de notre in­con­tour­nable élite. « Ils sont intelligents, mais ce­la ne suf­fit pas à faire d’eux des ma­na­gers », ré­sume-t-elle. L’énarque Ma­cron ne lui en tient pas ri­gueur, qui coche son nom sur le quo­ta des jup­péistes du gou­ver­ne­ment et lui confie le por­te­feuille des Af­faires eu­ro­péennes. Ils ont ain­si l’oc­ca­sion de se voir fré­quem­ment. « Na­tha­lie a fait preuve d’un vrai brio pour se dé­brouiller dans le ma­quis ad­mi­nis­tra­tif et ins­ti­tu­tion­nel de Bruxelles », sa­lue un conseiller mi­nis­té­riel qui l’a vue à l’oeuvre.

Les cruau­tés de l’exer­cice

Elle ne dit pas vrai­ment ses mo­ti­va­tions pour la rup­ture de car­rière qu’im­plique cette can­di­da­ture. Si ce n’est que sa dé­ci­sion fut sur­tout spon­ta­née, ce que l’on peine à croire. Ce qui est cer­tain, c’est qu’elle a vite ap­pris les cruau­tés de l’exer­cice. Étrange, il est vrai, cette an­nonce faite lors d’une émis­sion té­lé­vi­sée ré­ser­vée à… Ma­rine Le Pen. Ma­la­droite, sa ré­ac­tion quand fut ré­vé­lée sa pré­sence sur une liste d’ex­trême droite lors d’élec­tions uni­ver­si­taires. Après avoir nié, elle a plai­dé l’er­reur de jeu­nesse, mais la cor­rec­tion d’image était dé­jà faite, et pas à son avan­tage. Dé­rou­tant, ce pro­gramme qui n’a été pu­blié que trois se­maines avant le scru­tin et qui pro­met « 1 000 mil­liards d’eu­ros pour la tran­si­tion éco­lo­gique » d’ici à 2024. Or, le budget to­tal de l’Union eu­ro­péenne est de 160 mil­liards d’eu­ros, et les in­ves­tis­seurs pri­vés n’ont pas dé­mon­tré leur mo­ti­va­tion sur cet ob­jec­tif. Na­tha­lie Loi­seau, pour ses mee­tings, a en­fin re­çu le ren­fort des ma­cro­nistes les plus ca­pés, à com­men­cer par le Pre­mier mi­nistre. Qu’im­portent les coups re­çus et l’épui­se­ment qui se lit sur ses traits ti­rés, elle ne cra­que­ra pas d’ici au 26 mai. Même si elle n’ignore pas qui se­ra la vic­time sa­cri­fi­cielle si, ce jour-là, sa liste est de­van­cée par celle du RN.

Pho­to AFP

Na­tha­lie Loi­seau a ac­cu­mu­lé les er­reurs et pei­né à s’im­po­ser lors de cette cam­pagne des eu­ro­péennes.

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