L’équi­ta­tion pour sur­mon­ter leurs obs­tacles

Le Télégramme - Carhaix - - CORNOUAILLE - Ca­mille Poil­vet

Des en­fants de 6 à 9 ans, ac­cueillis en hô­pi­tal de jour à Gour­me­len, ne man­que­raient sous au­cun pré­texte leur cours du jeu­di après-mi­di. Ils ont en ef­fet ren­dez-vous avec les po­neys shet­lands à l’UCPA de Quim­per. Un lien fort a com­men­cé à se for­mer entre eux.

Jeu­di, 14 h 30. Un mi­ni­bus de sept per­sonnes en pro­ve­nance de Gour­me­len ar­rive aux abords des prés de l’UCPA de Quim­per. Quatre shet­lands - Naïade, Cho­co­lat, Gas­pard et Snoo­py - at­tendent leurs pe­tits ca­va­liers avec qui ils tra­vaillent de­puis sept se­maines. So­len et Ma­rion, deux mo­ni­trices du club UCPA de Quim­per, ac­cueillent les en­fants dont l’ex­ci­ta­tion est pal­pable. L’un d’eux s’ap­proche et at­tend son bi­sou comme un ri­tuel. Puis, di­rec­tion le fond du do­maine pour s’équi­per. « J’avais un casque bleu, je m’en sou­viens ! », lance-t-il, avant qu’on ne lui tende une bombe… rose ! Les dis­cus­sions fusent dans la sel­le­rie. Pho­bie, hy­per­ac­ti­vi­té, an­goisses ou re­tard, les quatre bouts de chou sont en­ca­drés par trois aides-soi­gnantes. Ces pro­fes­sion­nelles, tou­jours at­ten­tives, savent comment ca­na­li­ser leurs dé­bor­de­ments. C’est pour ne pas per­tur­ber leurs re­pères qu’ils ne changent pas de po­ney. Au fil du temps, un lien fort s’est tis­sé entre mon­tures et ca­va­liers. Avec les se­maines, les pro­grès se font res­sen­tir. En monte mais aus­si dans le com­por­te­ment. « Ici, ils sont plus au­to­nomes », pré­cise Fran­çoise, l’une des en­ca­drantes.

Il faut main­te­nant mon­ter à che­val. Et c’est dans le pe­tit ma­nège ca­ché au fond du do­maine de 30 hec­tares, que la joyeuse troupe se di­rige.

Bra­ver ses peurs

Les quatre po­neys sont sa­ge­ment ali­gnés. Ils contrastent avec l’agi­ta­tion des en­fants qui courent, crient ou des­sinent dans le sable du ma­nège. Les mo­ni­trices et ac­com­pa­gna­trices ne sont ja­mais loin pour leur in­di­quer quoi faire ou comment se te­nir au­près des équi­dés. Pré­ve­nantes, elles les en­cou­ragent sou­vent.

Un des en­fants est pho­bique des ani­maux. Il lui a fal­lu de nom­breuses séances pour qu’il n’ar­rive à mon­ter sur son shet­land, Snoo­py. « J’ai bra­vé mes peurs ! », lâche-t-il fiè­re­ment à ses ac­com­pa­gna­trices une fois his­sé sur son po­ney.

Plu­sieurs ac­ti­vi­tés sont pro­po­sées comme des ba­lades ou de la ca­lèche mais au­jourd’hui c’est jeux. « On touche le pe­tit dra­peau ? », pro­pose So­len. Le jeu consiste à ef­fec­tuer un sla­lom en tou­chant les pe­tits dra­peaux. À pied et à che­val, ils ne sont pas les mêmes : plus calmes, apai­sés et concen­trés. Pro­po­ser l’équi­ta­tion comme thérapie était une idée du per­son­nel soi­gnant dont cer­tains membres avaient dé­jà ap­pré­cié les bien­faits de cette dis­ci­pline. L’ob­jec­tif est que les en­fants com­prennent le che­val, ses be­soins et ain­si, tra­vailler sur eux-mêmes. Leur pre­mière ex­pé­rience s’était dé­rou­lée dans un autre centre équestre pen­dant en­vi­ron dix se­maines.

Sans for­cer les en­fants

Les têtes blondes n’ont pas le temps de s’en­nuyer. Pe­tit pont, balles, cordes, exer­cices de dex­té­ri­té… de grands éclats de rire ré­sonnent ré­gu­liè­re­ment. Mais des cris et de l’ir­ri­ta­tion aus­si. Sou­vent lors­qu’un po­ney s’arrête pour brou­ter. « On voit vrai­ment les pro­grès pour cha­cun », ajoute So­len. Sans for­cer les en­fants à faire les exer­cices, les mo­ni­trices s’adaptent aux de­mandes, aux en­vies et sur­tout aux hu­meurs des jeunes ca­va­liers. Après seule­ment sept séances, ils ont dé­jà dé­pas­sé leurs limites. Le mo­ment le plus dur pour eux est cer­tai­ne­ment la fin de la séance. « En­core cinq mi­nutes », de­mande un jeune ca­va­lier. « J’ai en­vie de res­ter », ren­ché­rit un autre. Dif­fi­cile de par­tir mais la sé­pa­ra­tion se fait dans le calme. Une fois re­tour­nés dans la sta­bu­la­tion, les po­neys sont at­ta­chés. « Au re­voir Naïade ! À la se­maine pro­chaine ! », en­tend-on. Nou­vel échange de bi­sous et des câ­lins avec les mo­ni­trices. La confiance est bel et bien ins­tal­lée. Et les pro­grès vi­sibles.

Chaque jeu­di, les en­fants se rendent à l’UCPA de Quim­per pour retrouver leurs shet­lands. Le lien est plus fort de se­maine en se­maine.

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