« J’au­rais mieux fait de me tran­cher la gorge »

Le Télégramme - Carhaix - - QIMPER. TRIBUNAL - Lan­nig Ster­vi­nou

Lors de la Fête de la mu­sique, à Châ­teau­neuf­du-Faou, l’an pas­sé, un quin­qua­gé­naire avait com­mis des agres­sions sexuelles sur cinq fillettes âgées de 6 à 1 2 ans. Il a été condam­né, jeu­di, par le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Quim­per, à six mois de pri­son avec sur­sis.

Vi­si­ble­ment, l’homme de 55 ans qui se pré­sente à la barre du tri­bu­nal de Quim­per ce jeu­di n’est pas en pleine pos­ses­sion de ses ca­pa­ci­tés mentales. Quelques mi­nutes avant d’être ap­pe­lé, alors que la pré­si­dente entre dans la salle d’au­dience et que, se­lon le pro­to­cole, le pu­blic se lève, il fait le signe de croix. Mé­lan­geant les ins­ti­tu­tions sans doute. Il est convo­qué pour ré­pondre de faits d’agres­sions sexuelles sur cinq fillettes âgées de 6 à 12 ans et d’un ou­trage à une per­sonne dé­po­si­taire de l’au­to­ri­té pu­blique, en l’oc­cur­rence, un po­li­cier mu­ni­ci­pal. L’homme est sous la cu­ra­telle de sa soeur car il souffre d’un trouble psy­chique. D’em­blée, il lance à la pré­si­dence qui lui de­mande s’il re­con­naît les faits : « Je souffre d’amné­sie ». « Com­mode, dit-elle avec iro­nie. C’est très grave ce que vous avez fait là, vous vous en ren­dez compte ? » « J’ai fait une tape, juste sur les fesses. Si je n’ai plus le droit de m’amu­ser, je rentre à la mai­son et je ferme les vo­lets pour res­ter dans le noir ». La dis­cus­sion semble dif­fi­cile.

Des fillettes cho­quées

Le 23 juin 2018, la Fête de la mu­sique bat son plein sur la place de la Ré­sis­tance de Châ­teau­neuf-du-Faou. Les en­fants courent, les en­fants jouent et échappent aux re­gards de leurs pa­rents. Des fillettes, vi­si­ble­ment re­mon­tées et cho­quées viennent se plaindre, au po­li­cier mu­ni­ci­pal, des agis­se­ments d’un homme qui « leur fait des bi­sous et n’arrête pas de leur tou­cher les fesses ». Elles dé­si­gnent le quin­qua­gé­naire. Le po­li­cier dé­cide de mettre en place un stra­ta­gème pour conduire le pré­ve­nu dans un en­droit un peu plus dé­sert. « J’y suis al­lé cash. Je lui ai dit : "alors vous ai­mez bien jouer avec les pe­tites filles ?" » Pour seule ré­ponse, le pré­ve­nu lui ba­lance sa bar­quette de frites au vi­sage et lui fait un doigt d’hon­neur. « Comme je sa­vais qui c’était, je l’ai lais­sé par­tir car j’étais le seul po­li­cier pour as­su­rer la sé­cu­ri­té de la fête. De­puis les faits, quand je le croise, il me fait des doigts d’hon­neur ».

Onze jours dans le co­ma

La soeur du pré­ve­nu est ap­pe­lée à la barre. « J’ai été très sur­prise car il n’y a ja­mais eu de pro­blèmes avec les en­fants de la fa­mille », dit-elle, avant d’in­sis­ter sur une en­fance dou­lou­reuse, son père s’étant noyé sous ses yeux alors que lui avait été sau­vé de jus­tesse. « Je pense qu’il ne com­prend pas la gra­vi­té de ce qu’il a fait ». Une ex­per­tise psy­cho­lo­gique a été or­don­née. Le mé­de­cin y dé­clare qu’il a « un ni­veau in­tel­lec­tuel bas », mais qu’il est « en me­sure de com­prendre l’in­ter­dit ». Il note aus­si un han­di­cap post-trau­ma­tique suite à un ac­ci­dent de vé­lo­mo­teur qui l’avait conduit à res­ter onze jours dans le co­ma. « Il a l’âge men­tal d’un en­fant entre 7 et 10 ans, une sexua­li­té for­te­ment re­fou­lée et une al­té­ra­tion du dis­cer­ne­ment ». Le quin­qua­gé­naire a tra­vaillé pen­dant qua­rante ans dans un abat­toir. « J’ai tou­jours été seul. Je n’ai ja­mais eu d’amou­reuse », dit-il, ajou­tant qu’il n’a pas d’amis.

Ni pré­da­teur, ni per­vers

« Sans nul doute, il a une fra­gi­li­té, ce qui n’em­pêche pas que ces pe­tites filles aient su­bi une agres­sion », rap­pelle la pro­cu­reure Fa­tou Ma­no avant de re­qué­rir huit mois avec sur­sis et obli­ga­tion de soins. « Il n’avait au­cune in­ten­tion de por­ter at­teinte sexuel­le­ment à ces fillettes », af­firme Maître Isabelle Le Goc, avo­cate de la dé­fense. « Cet homme n’est pas un pré­da­teur sexuel, ni un per­vers », pour­suit-elle avant de sou­li­gner que les fillettes por­taient des jupes et que le pré­ve­nu « n’a pas eu la vo­lon­té de pas­ser la main en des­sous ». Le pré­ve­nu a le der­nier mot : « Si c’est un mal­heur ce que j’ai fait, j’au­rais mieux fait de me tran­cher la gorge », le geste ac­com­pa­gnant les mots. « Je vous en prie ne m’en­fer­mez pas dans le noir, je ne sur­vi­vrai pas ».

Le tri­bu­nal, après en avoir dé­li­bé­ré, le condamne à six mois de pri­son as­sor­ti in­té­gra­le­ment d’un sur­sis et son ins­crip­tion au fi­chier des dé­lin­quants sexuels.

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