« Un joint c’est comme une bouf­fée de bien-être »

Le Télégramme - Carhaix - - QIMPER. TRIBUNAL - L. S.

Le ser­pent se mord la queue. Pour apai­ser une schi­zo­phré­nie de type pa­ra­noïde, dé­cla­rée en rai­son d’un usage ex­ces­sif du can­na­bis lors de son ado­les­cence, un Con­car­nois de 38 ans fu­mait jus­qu’à 20 joints par jour. Il a été condam­né, jeu­di, à un an de pri­son avec sur­sis.

Le 2 fé­vrier 2018, à 11 h 45, lors d’un contrôle rou­tier à Concar­neau, le pré­ve­nu est ar­rê­té. Les forces de l’ordre re­lèvent que l’homme de 38 ans « ap­pa­raît très an­xieux, tremble, a les pupilles di­la­tées et trans­pire ». Ils dé­cident alors de le sou­mettre à un test sa­li­vaire pour dé­tec­ter une éven­tuelle consom­ma­tion de stu­pé­fiants. Il se ré­vèle po­si­tif et l’homme a en sa pos­ses­sion 0,47 gramme de ré­sine de can­na­bis. Il est pla­cé en garde à vue et les po­li­ciers pro­cèdent à une per­qui­si­tion de son do­mi­cile. Ils y trouvent 537 grammes de ré­sine de can­na­bis et 2 060 € en li­quide. Pour se dé­fendre, le pré­ve­nu an­nonce à la pré­si­dente du tri­bu­nal : « C’est lié à ma ma­la­die, je suis schi­zo­phrène et je consomme pour m’apai­ser ». Il af­firme avoir fu­mé jus­qu’à vingt joints par jour soit cinq grammes, mais que cette pé­riode est ré­vo­lue grâce un trai­te­ment neu­ro­lep­tique ef­fi­cace. « Un joint c’est comme une bouf­fée de bien-être », dit-il.

2 500 € par tri­mestre

« Cinq grammes par jour, c’est 500 grammes tous les trois mois. 500 grammes c’est 2 500 eu­ros, cal­cule la pré­si­dente. Comment vous fi­nan­ciez votre consom­ma­tion ? » Le pré­ve­nu per­çoit une al­lo­ca­tion adulte han­di­ca­pé de 800 € par mois. Ce que tente de lui faire dire la pré­si­dente, c’est qu’il re­ven­drait pour payer sa consom­ma­tion. Il concède à de­mi­mot. Il dit « dé­pan­ner des amis » en ven­dant à 5 € le gramme. « Vous êtes un très mau­vais ges­tion­naire, vous re­ven­dez à perte », note la pré­si­dente. Elle s’étonne du « ca­rac­tère im­pé­ra­tif d’al­ler la­ver sa voi­ture », alors qu’il « vient de fu­mer un joint » et qu’il « de­vient un dan­ger pour les autres ». L’homme a été diag­nos­ti­qué schi­zo­phrène à l’oc­ca­sion d’une hos­pi­ta­li­sa­tion sous contrainte en 2005. Dans les an­nées 2000, il a consom­mé des drogues de syn­thèse. Il a douze men­tions à son ca­sier pour des faits si­mi­laires mais aus­si des vols ag­gra­vés, des vio­lences avec armes.

Troubles d’adap­ta­tion so­ciale

Ex­per­ti­sé par un mé­de­cin, ce­lui-ci in­dique « une ré­vé­la­tion de la ma­la­die par usage ex­ces­sif du can­na­bis » et des « troubles d’adap­ta­tion so­ciale ». « Il va fal­loir se rendre à l’évi­dence. Est-ce que votre sup­po­sé bien-être est su­pé­rieur à la sé­cu­ri­té des gens ? La ré­ponse est non », af­firme la pro­cu­reure. Elle s’in­surge que le pré­ve­nu uti­lise l’al­lo­ca­tion adulte han­di­ca­pé pour ache­ter des stu­pé­fiants. « Ce que vous faites a un coût pour la so­cié­té car vous uti­li­sez l’ar­gent de la so­li­da­ri­té so­ciale à mau­vais es­cient », dit-elle. Elle re­quiert douze mois de pri­son dont six avec sur­sis. Maître Ber­ge­ron, l’avo­cate de la dé­fense consi­dère que « la si­tua­tion (du pré­ve­nu) est in­com­pa­tible avec une dé­ten­tion. La place de cet homme n’est pas en pri­son ». Elle as­sure qu’il n’y a « pas un élé­ment qui in­dique qu’il y a eu un bé­né­fice, un en­ri­chis­se­ment ». « Il cherche juste à soi­gner sa pa­tho­lo­gie ».

Après en avoir dé­li­bé­ré, le tri­bu­nal le condamne à un an de pri­son avec sur­sis avec obli­ga­tions de soins.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.