Ar­mel Ri­chomme. Re­con­nu ma­lade des pes­ti­cides

Le Télégramme - Carhaix - - TV - Emi­lie Veys­sié

Alors que les dé­pu­tés viennent de re­pous­ser à 2025 l’en­trée en vi­gueur de l’in­ter­dic­tion de fa­bri­quer sur le sol fran­çais des pes­ti­cides in­ter­dits par l’Union eu­ro­péenne, les vic­times se battent pour prou­ver le lien entre can­cers et pro­duits phy­to­sa­ni­taires. À l’image d’Ar­mel Ri­chomme, agri­cul­teur de Bourg­bar­ré (35) à la re­traite.

La re­con­nais­sance. En­fin. Après six ans de com­bat ad­mi­nis­tra­tif, Ar­mel Ri­chomme, at­teint d’un lym­phome non hodg­ki­nien lié aux pes­ti­cides, vient d’ob­te­nir le ver­se­ment d’une rente suite à la re­con­nais­sance de la cause pro­fes­sion­nelle de sa ma­la­die par la Mu­tua­li­té so­ciale agri­cole (MSA). Le lym­phome non hodg­ki­nien est un can­cer du sys­tème im­mu­ni­taire. Une ré­cente étude pu­bliée dans la re­vue In­ter­na­tio­nal jour­nal of epi­de­mio­lo­gy, ac­cuse deux in­sec­ti­cides et un her­bi­cide, le gly­pho­sate, d’aug­men­ter le risque de lym­phome pour les uti­li­sa­teurs pro­fes­sion­nels de ces sub­stances chi­miques.

Or, dès qu’il re­prend l’ex­ploi­ta­tion fa­mi­liale à Bourg­bar­ré (35), en 1981, Ar­mel Ri­chomme traite orge, blé et maïs avec son trac­teur sans ca­bine. « C’était en ma­jo­ri­té des her­bi­cides, dont le gly­pho­sate. Puis, des fon­gi­cides et des in­sec­ti­cides quand il y avait be­soin », se rap­pelle-t-il. En 1997, il en­tame une conver­sion en agri­cul­ture bio­lo­gique. « Heu­reu­se­ment, si­non j’au­rais conti­nué mon au­to-in­toxi­ca­tion in­vo­lon­taire », rap­porte Ar­mel.

Pro­cé­dure longue et com­pli­quée

Mais faire re­con­naître ce can­cer du sys­tème im­mu­ni­taire en ma­la­die pro­fes­sion­nelle est une pro­cé­dure longue et com­pli­quée. Les ma­lades ne bé­né­fi­cient d’au­cune in­for­ma­tion sur les dé­marches à ef­fec­tuer et ils doivent prendre l’ini­tia­tive de cette de­mande. Et ce n’est pas une mince af­faire. D’au­tant qu’en 2012, à l’époque du diagnostic éta­bli pour Ar­mel, le lym­phome non hodg­ki­nien dont il souffre n’est pas ins­crit dans le ta­bleau de dé­fi­ni­tion des ma­la­dies.

Or, c’est une condi­tion sine qua non de l’ob­ten­tion de la re­con­nais­sance. Les deux de­mandes de l’agri­cul­teur sont donc re­fu­sées par la MSA. C’est seule­ment en 2015, à la pu­bli­ca­tion du nou­veau ta­bleau sur les hé­mo­pa­thies, qu’Ar­mel de­vient l’un des pre­miers agri­cul­teurs à ob­te­nir la re­con­nais­sance pour un lym­phome.

« Ef­fet boule de neige »

Mais le com­bat n’est pas fi­ni. La re­con­nais­sance donne droit à une rente qui dé­pend du taux d’in­ca­pa­ci­té per­ma­nente par­tielle (IPP), ce que dé­ter­mine l’in­ci­dence de la ma­la­die sur le quo­ti­dien. Le mé­de­cin-conseil de la MSA éva­lue le taux d’IPP d’Ar­mel à 20 %, « alors que pour un lym­phome, le taux est à 67 % mi­ni­mum », s’in­surge Bri­gitte, son épouse qui se bat à ses cô­tés de­puis le dé­but. « Si nous avions été seuls, nous n’au­rions ja­mais pu en­ga­ger une telle pro­cé­dure. Mo­ra­le­ment, ce­la fait vrai­ment du bien d’être sou­te­nu et de pou­voir en par­ler », re­prend Bri­gitte, en parlant du Col­lec­tif de sou­tien aux vic­times des pes­ti­cides.

Ai­dé par cette as­so­cia­tion, le couple en­gage alors une pro­cé­dure de­vant le tri­bu­nal des af­faires de sé­cu­ri­té so­ciale. En oc­tobre 2018, il ob­tient gain de cause : le taux d’IPP est re­mon­té à 70 % par le tri­bu­nal.

« Cette dé­ci­sion va faire boule de neige », es­père Ar­mel Ri­chomme, qui té­moigne ré­gu­liè­re­ment lors des réunions du col­lec­tif. Jus­te­ment, der­niè­re­ment, deux agri­cul­teurs de Lou­vi­gné-de-Bais (35), eux aus­si at­teints d’un lym­phome, ont ob­te­nu, en un temps re­cord, la re­con­nais­sance de leur ma­la­die ain­si qu’un taux d’IPP correctement éva­lué par la MSA. Main­te­nant, Ar­mel et Bri­gitte Ri­chomme peuvent se concen­trer sur une autre ba­taille : celle contre la ma­la­die.

« Cette dé­ci­sion va faire boule de neige ».

▼ Pra­tique

Col­lec­tif de sou­tien aux vic­times des pes­ti­cides : vic­ti­me­pes­ti­cide-ouest.eco­so­li­daire.fr, Mi­chel Bes­nard, pré­sident : 06 73 19 56 07.

E.V.

Ar­mel Ri­chomme et son épouse Bri­gitte peuvent se concen­trer au­jourd’hui sur une autre ba­taille : celle contre la ma­la­die pro­fes­sion­nelle dont souffre le pro­duc­teur lai­tier re­trai­té de Bourg­bar­ré (35).Pho­to

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