1 174 SOI­GNANTS BRE­TONS TOU­CHÉS

Au­cun dé­compte glo­bal n’ayant été ef­fec­tué par les au­to­ri­tés, Le Té­lé­gramme a dé­nom­bré les per­son­nels soi­gnants qui ont été conta­mi­nés par le co­ro­na­vi­rus en Bre­tagne. Ils sont au moins 1 174 à avoir été tou­chés, prin­ci­pa­le­ment dans le sec­teur mé­di­co-so­cia

Le Télégramme - Châteaulin - - LA UNE - Her­vé Cham­bon­nière

Hô­pi­taux : « L’omer­ta », se­lon la CGT

Omer­ta. C’est le mot qui re­vient dans la bouche de tous les syn­di­ca­listes CGT San­té-ac­tion so­ciale in­ter­ro­gés sur la ques­tion des conta­mi­na­tions au sein du per­son­nel. « À Brest, il y avait, semble-t-il, l’in­ten­tion, pour la di­rec­tion, de ne pas créer de cli­mat an­xio­gène pour les agents, rap­porte Tho­mas Bou­rhis, se­cré­taire gé­né­ral CGT au CHU. Nous lui avons fait re­mar­quer que l’in­verse était tout aus­si vrai. Clai­re­ment, il y a sur­tout une vo­lon­té de pré­ser­ver l’image de l’éta­blis­se­ment. » Con­tac­tée par nos soins, la di­rec­tion n’a « pas sou­hai­té s’ex­pri­mer à nou­veau sur le su­jet ». Celle-ci avait dé­jà contes­té le point de vue de la CGT et in­di­qué que ces chiffres étaient don­nés lors des Co­mi­tés d’hy­giène, de sé­cu­ri­té et des condi­tions de tra­vail (CHSCT), et com­mu­ni­qués une fois par se­maine par voie in­terne. « C’est vrai, mais la di­rec­tion a fi­ni par le faire, contrainte et for­cée », rap­porte une source mé­di­cale du CHU.

Di­rec­tive de confi­den­tia­li­té : L’ARS « pas au cou­rant »

Par­fois, cer­tains éta­blis­se­ments se re­tranchent der­rière un cu­rieux « se­cret mé­di­cal », ou une di­rec­tive de confi­den­tia­li­té im­po­sée par le mi­nis­tère de la San­té ou l’agence ré­gio­nale de San­té. « Nous n’avons pas connais­sance d’une telle di­rec­tive », ré­pond L’ARS Bre­tagne, ma­ni­fes­te­ment em­bar­ras­sée, qui se rap­pelle sim­ple­ment

« de consignes na­tio­nales pas­sées au dé­but pour ne pas faire de tri en fonc­tion des ca­té­go­ries so­cio-pro­fes­sion­nelles ». Jeu­di, le CHU de Rennes a com­mu­ni­qué son chiffre of­fi­ciel, lors d’une confé­rence de presse. À Lo­rient, le 17 avril, la di­rec­tion du Groupe hos­pi­ta­lier de Bre­tagne Sud (GHBS) le dé­voi­lait éga­le­ment, re­ven­di­quant même, au pas­sage, « le taux d’agents dé­tec­tés po­si­tifs (O,41 %) le plus faible de tous les éta­blis­se­ments de la ré­gion ». Preuve qu’elle connais­sait aus­si les taux des autres éta­blis­se­ments !

T Au­cun soi­gnant conta­mi­né en ré­ani­ma­tion mé­di­cale au CHU de Brest. L’in­for­ma­tion, li­vrée au cours d’un re­por­tage pu­blié dans nos co­lonnes le 24 avril der­nier au CHU de Brest, a fait bon­dir cette mère d’une in­fir­mière d’un autre ser­vice de ré­ani­ma­tion du même éta­blis­se­ment. « Ma fille est cou­chée de­puis quinze jours avec le Co­vid-19, et plu­sieurs de ses col­lègues sont ma­lades éga­le­ment, nous écrit-elle quelques jours plus tard. Quant au ma­té­riel qui semble si abon­dant dans votre ar­ticle, ce­la aus­si, c’est un men­songe. »

Agence ré­gio­nale de San­té : in­for­ma­tion « in­con­nue »

L’in­for­ma­tion n’a pas échap­pé non plus à la CGT du CHU bres­tois, qui monte éga­le­ment au cré­neau : « Ce­la laisse à pen­ser qu’il n’y au­rait ici pas de conta­mi­na­tions d’agents, puisque le ser­vice le plus ex­po­sé n’en dé­nombre pas. C’est évi­dem­ment faux ».

De­puis le dé­but de la crise sa­ni­taire, com­bien d’agents des éta­blis­se­ments de san­té ont-ils été conta­mi­nés à Brest, Vannes, Rennes, Saintb­rieuc… ? Dif­fi­cile d’avoir ac­cès à ces chiffres, que les hô­pi­taux, par exemple, re­fusent gé­né­ra­le­ment de com­mu­ni­quer (lire ci-contre).

À l’agence ré­gio­nale de San­té (ARS) Bre­tagne, l’in­for­ma­tion n’est… « pas connue ». Au­cune don­née non plus pour la mé­de­cine de ville, les in­fir­miers li­bé­raux, ou les aides à do­mi­cile. Cette ab­sence de ther­mo­mètre of­fi­ciel sur­prend, et in­ter­roge, alors que le di­rec­teur gé­né­ral de L’OMS avait lan­cé, dé­but mars, cette alerte de bon sens aux gou­ver­ne­ments : « Nous ne pour­rons pas vaincre le Co­vid-19 sans pro­té­ger d’abord les agents de san­té ».

Deux fois plus tou­chés que le reste de la po­pu­la­tion

Au ni­veau na­tio­nal, une vaste étude lan­cée par la fé­dé­ra­tion San­té-ac­tion so­ciale de la CGT per­met d’ap­por­ter une pre­mière éva­lua­tion. Dans la ré­gion, le syn­di­cat a ré­pon­du pré­sent dans 24 éta­blis­se­ments et rap­por­tait, au 27 avril, 104 agents conta­mi­nés (dont 66 au CHU de Rennes). Se­lon le syn­di­cat, les pro­fes­sion­nels de san­té se­raient ici au moins deux fois plus at­teints que le reste de la po­pu­la­tion. « C’est 24,5 fois plus dans la ré­gion Grand Est, et 23 en Île-de-france », pré­cise Phi­lippe Cré­pel, res­pon­sable na­tio­nal CGT San­té-ac­tion so­ciale. Se­lon le dé­compte du Té­lé­gramme (voir notre infographi­e), for­cé­ment in­com­plet, au moins 243 sa­la­riés d’éta­blis­se­ments de san­té ont été conta­mi­nés en Bre­tagne. Bonne nou­velle : au­cun dé­cès ne se­rait à dé­plo­rer.

Au ni­veau na­tio­nal, l’étude de la CGT pointe 11 900 cas. Les au­to­ri­tés sa­ni­taires dé­livrent aus­si une in­for­ma­tion, qu’il faut al­ler dé­ni­cher dans les points épi­dé­mio­lo­giques heb­do­ma­daires de San­té Pu­blique France. Au 7 mai, ce­lui-ci re­le­vait, sans in­di­ca­tions ré­gio­nales, 21 142 conta­mi­na­tions, confir­mées et pro­bables, par­mi le per­son­nel de san­té hos­pi­ta­lier pu­blic et pri­vé.

Mé­di­co-so­cial : 931 cas

Autre réa­li­té à prendre en compte : celle des éta­blis­se­ments mé­di­co-so­ciaux (Eh­pad et ré­si­dences au­to­no­mie/se­nior, struc­tures d’ac­cueil et de prise en charge de per­sonnes han­di­ca­pées, foyers de vie/d’hé­ber­ge­ment pour adultes). Pour ce sec­teur, un bi­lan ré­gio­nal of­fi­ciel est éga­le­ment édi­té chaque se­maine, via San­té Pu­blique France. Dans ce­lui du 7 mai, il est fait état de 931 agents conta­mi­nés, dont 281 confir­més (tes­tés po­si­tifs au Co­vid-19), soit 11,12 % du nombre to­tal de cas confir­més au 7 mai en Bre­tagne, et 650 « cas pos­sibles » (pré­sen­tant des symp­tômes com­pa­tibles Co­vid-19, mais non tes­tés). Pre­mier constat : les éta­blis­se­ments ou ser­vices cen­sés être en pre­mière ligne n’ont peut-être pas été, au fi­nal, les plus tou­chés. « Pour ceux-là, le ni­veau de pro­tec­tion et de for­ma­tion était meilleur, parce qu’on sa­vait que le vi­rus était au contact. Ailleurs, ce n’était pas for­cé­ment le cas », ana­lysent les syn­di­ca­listes CGT sol­li­ci­tés. À no­ter qu’en Bre­tagne, 58 % des per­son­nels de san­té son­dés dans l’étude de la CGT dé­plo­raient en­core, le 27 avril der­nier, un manque d’équi­pe­ment de pro­tec­tion in­di­vi­duelle (71,3 % dans les deux ré­gions les plus tou­chées, 59 % dans les autres ré­gions). Se­cond constat : le nombre de « cas pos­sibles » au sein des éta­blis­se­ments mé­di­co-so­ciaux bre­tons conti­nue de pro­gres­ser, et plus vite que les cas confir­més, ce qui in­dique qu’à la veille du dé­con­fi­ne­ment, le dé­pis­tage n’est tou­jours pas sys­té­ma­tique en cas de sus­pi­cion de cas Co­vid. Au fi­nal, le bi­lan est plu­tôt lourd et confirme sans réelle sur­prise que le per­son­nel qui s’est trou­vé en pre­mière ligne a payé un lourd tri­but dans la lutte contre l’épi­dé­mie : au bas mot, 1 174 agents ont été conta­mi­nés en Bre­tagne de­puis le 1er mars.

L’ab­sence de ther­mo­mètre of­fi­ciel sur­prend, et in­ter­roge.

Les éta­blis­se­ments ou ser­vices cen­sés être en pre­mière ligne n’ont peut-être pas été, au fi­nal, les plus tou­chés.

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